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Les bitcoins sont créés dans des “fermes à bitcoin” remplies de serveurs, dans lesquelles des « mineurs » résolvent des équations. Ici, au Sechuan, en 2017. La Chine est leader pour le minage de bitcoins.

Bitcoin : +220% en 2020, et mieux encore…

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Sorte de monnaie virtuelle, le bitcoin se veut une alternative au système monétaire centralisé et sa politique de "planche à billets". L’année 2020, qui a vu les banques centrales déverser des milliers de milliards de $, £ et €, lui donne raison sur de nombreux points. Le début de la notabilité ?

Les bitcoins sont créés dans des “fermes à bitcoin” remplies de serveurs, dans lesquelles des « mineurs » résolvent des équations. Ici, au Sechuan, en 2017. La Chine est leader pour le minage de bitcoins.
Les bitcoins sont créés dans des “fermes à bitcoin” remplies de serveurs, dans lesquelles des « mineurs » résolvent des équations. Ici, au Sechuan, en 2017. La Chine est leader pour le minage de bitcoins. Crédits : LIU XINGZHE - Maxppp

Ils sont nombreux à prédire qu’un jour le Bitcoin ne vaudra rien. Mais pour le moment la crypto-monnaie poursuit son ascension fulgurante. 

90 dollars en 2013, 9000 début 2020, plus de 40 000 dollars cette semaine (ici pour suivre son cours actuel), 146 000 dollars à long terme parie la banque JP Morgan après avoir longtemps dénigré la première des crypto-monnaies. 

Pourquoi une telle envolée ? Spéculation pure avancent tous ceux qui considèrent que le bitcoin est une pyramide de Ponzi qui finira par s’effondrer. Ici la récente intervention à ce sujet de Jean Claude Trichet, l'ancien président de la BCE. 

Qu’il y ait moyen de spéculer avec le Bitcoin ne fait pas de doute, mais on ne peut le réduire à ce seul attrait, surtout après l’année que l’on vient de passer. 

Avec le bitcoin, ils ne peuvent pas faire marcher la planche à billet et donner nos dollars à leurs amis. Extrait du clip sur le Bitcoin ci-dessus.

Comme l’illustre cette prise de parole lors d’une manifestation de Black Lives Matter aux Etats Unis, le Bitcoin séduit aussi parce qu’il représente une alternative aux yeux de ceux et celles qui accusent les institutions monétaires de favoriser Wall Street au détriment du peuple de Main street.  

Décentralisé, et limité en nombre

Le Bitcoin est né en 2009, en pleine crise financière. Développé par un ingénieur anonyme, Satoshi Nakamoto, plus surement par un groupe de génies de la technologie à l’esprit libertaire, sa quantité est limitée.

Aucune institution, aucun politique, aucune crise ne pourra rien y changer, c’est écrit dans son programme informatique. 

Il y aura 21 millions de Bitcoins en tout, pas un de plus et ce sera autour de 2140. On est aujourd’hui à un peu plus de 18 millions (que l'on peut néanmoins diviser à l'infini, contrairement à l'or...). 

Tous les 4 ans environ, la production de Bitcoin est diminuée de moitié, et c’est en pleine crise du covid que cette réduction a eu lieu (le halving dans le jargon).

Jusqu’au 11 mai 2020, 12,5 Bitcoins étaient créées toutes les 10 minutes dans les "mines" de bitcoins qui sont des hangars à serveurs (voir photo associée à la bulle) qui résolvent des équations, ce qui à la fois sécurise la Blockchain (technologie sur laquelle s’appuie le bitcoin et d’autres crypto-monnaies), et créé les Bitcoins. Depuis le 12 mai, c’est 6,25 toutes les 10 minutes. 

Au même moment, les banques centrales des pays riches faisaient tourner la planche à billets pour injecter les milliers de milliards manquants aux Etats pour financer leurs dépenses covid. 

Antagonisme total, et validation de l’un des arguments phare pro-bitcoin : les politiques monétaires expansionnistes tirent les taux vers le bas, investir en dollar ou en euro ne rapporte plus rien, le cours du dollar chute (ce qui explique aussi en partie que le bitcoin, libellé en dollars augmente), si vous voulez mettre votre argent à l’abri, achetez des bitcoins, c’est, comme l'or, une réserve de valeur disent ses adeptes, notamment dans cet article Bitcoin : Réserve de valeur ou simple courgette monétaire ? 

Le bitcoin, un or numérique ? De plus en plus d’institutions financières adhèrent à cette idée (ici ou encore ici), et c’est leur arrivée sur ce marché qui tire aussi le Bitcoin vers le haut. 

"Tout comme la volonté de ceux qui en ont de les garder", affirme affirme Xavier Fenaux, coach sur les marchés financiers pour Interactive Trading. Moins de vendeur, plus d’acheteurs, c’est logique que cela grimpe. 

Une goutte d'eau dans l'océan des marchés financiers

Rassurez vous, si le Bitcoin s’effondre, cela ne ruinerait que ceux qui en ont. Le Bitcoin n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des marchés financiers. Il ne pose aujourd’hui aucun risque systémique. Sa valorisation totale est inférieure à 1000 milliards de dollars alors qu’à titre de comparaison, il s’échange 6000 milliards de dollars de devises chaque jours sur les marchés. 

Mais plus le nombre de ses adeptes grandit, plus ils sont gros, plus la domination des monnaies centrales s’érode. 

En octobre, Paypal a annoncé que ses clients pourraient aussi payer en Bitcoin en 2021, ce fut le début de l’envolée des cours. Micro Strategy, un éditeur de logiciel a dit placer ses excès de trésorerie en Bitcoin, confirmant son attrait comme valeur de réserve.

Black Rock, le plus grand gestionnaire d’actif au monde, dont le PDG Larry Fink disait il y a 3 ans à peine…"Le bitcoin est juste un indice du blanchiment d’argent…" depuis décembre dernier, considère que le Bitcoin peut être "un placement alternatif pour se prémunir du risque d’inflation". 

Ils vont tous y venir, peu importe dans quel ordre. Malgré la propagande anti-Bitcoin qui reste importante, je suis serein, car tout ce que j’avais prédit se réalise. L’adoption progresse, la technologie progresse. C’est comme pour le Web, l’adoption ne s’est pas faite en un jour, c’est un marathon, pas un sprint. Pierre Noizat, un des historiques de l’éco-système Bitcoin en France.

Vous pouvez l’entendre dans ce reportage de 2013 que j’avais consacré à la montée du Bitcoin (il était alors à 90 dollars !)

A écouter (4 minutes) : Bitcoin : une monnaie internationale et virtuelle

Même les régulateurs sont en train de s'adapter. 

En France l'Autorité des Marchés Financiers agrée depuis un an des opérateurs en bitcoin.   

Certains prestataires de services relatifs aux crypto-actifs doivent désormais se faire agréer ou enregistrer auprès de l’AMF, depuis la loi PACTE, complétée par le décret n° 2019-1213 du 21 novembre 2019. Extrait du rapport de l’AMF sur une cartographie des risques financiers.

Elle met aussi régulièrement en garde "contre les activités de plusieurs acteurs qui proposent, en France, sans y être autorisés, par la voie de leur site internet, des investissements sur le Forex et sur des produits dérivés sur crypto-actifs".   

L’Union européenne a demandé à tous les régulateurs de répondre à un questionnaire sur les cryptomonnaies. Ici la réponse de l’Autorité des Marchés financiers dans laquelle on lit notamment : "Outre le risque de perte de valeur, les crypto-actifs sont également soumis aux risques opérationnels. L’entreprise américaine de cybersécurité Cipher Trace estime ainsi que les vols, piratages et escroqueries liés aux crypto-actifs se sont élevés, au niveau mondial, à 4,5 milliards de dollars en 2019".

Aux Etats Unis, les banques vont pouvoir faire des paiements en Bitcoins, mais aussi en Ethereum, et d'autres cryptomonnaies au nom de leurs clients. 

Plus que de sa chute, l’année 2021 pourrait être pour le Bitcoin le point de départ vers la notabilité.

Monnaie centrale versus monnaie décentralisée, le débat existe déjà en version bataille de rap dans le clip ci-dessous (très pédagogique mais en anglais), la question est désormais sérieusement posée. 

NB : cette chronique n’est pas une incitation à investir en Bitcoin mais un  article qui ne fait la promotion d’aucun produit financier. 

Marie Viennot

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