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Le commissaire européen à l'économie Pierre Moscovici et le Ministre des finances italien Giovanni Tria, un économiste réputé pro-euro lors de la rencontre de l'Eurogroupe le 5 novembre qui a donné raison à Bruxelles dans son rejet du budget italien.

Budget italien : comment sortir du dialogue de sourd

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Gare à la contagion. L'UE et l'Italie s'opposent sur le budget italien, avec comme arbitres, les marchés financiers et comme victimes potentielles, toutes les autres économies de la zone euro. Il y aurait bien une solution, mais aucun dirigeant européen ne l'évoque.

Le commissaire européen à l'économie Pierre Moscovici et le Ministre des finances italien Giovanni Tria, un économiste réputé pro-euro lors de la rencontre de l'Eurogroupe le 5 novembre qui a donné raison à Bruxelles dans son rejet du budget italien.
Le commissaire européen à l'économie Pierre Moscovici et le Ministre des finances italien Giovanni Tria, un économiste réputé pro-euro lors de la rencontre de l'Eurogroupe le 5 novembre qui a donné raison à Bruxelles dans son rejet du budget italien. Crédits : Emmanuel DUNAND - AFP

Le ministre de l'intérieur n'a pas peur des marchés financiers. Mattéo Salvini le dit dans cet interview...

Ceux qui pensent pouvoir spéculer avec les taux italiens, ils trouveront un pays prêt à répondre, on ne reculera pas d'un seul pas, on ne reviendra pas sur nos décisions.  Matteo Salvini

Or qui pourrait spéculer? On pense aux fonds spéculatifs, c'est leur spécialité, et ils le font d'ailleurs, mais possible que Matteo Salvini pense aussi à la commission européenne.  

Oui, la commission, car dans le bras de fer qui s'est engagé entre Rome et Bruxelles sur le budget italien, les marchés financiers sont les arbitres. Plus le bras de fer sera long et tendu, plus les marchés financiers s'inquièteront et plus la dette italienne sera chère à refinancer.  Si la commission fait ce pari, c'est un pari risqué car si les marchés s'inquiètent trop, cela aura un effet sur la croissance italienne, et potentiellement sur toute la zone euro. 

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Le mécanisme est le suivant : quand les taux d'intérêt d'un pays augmente, la valeur des bons du trésor de ce pays baisse. Comme ce sont les banques italiennes qui, au deux tiers possèdent la dette italienne, plus les taux augmentent, moins leur bilan est bon et moins elles ont les moyens de prêter. Or si les banques prêtent moins, la croissance italienne ralentira.  

Plus de stress dans les milieux financiers, ce sera donc moins d'activité dans l'économie réelle, une croissance atone, elle l'est déjà en Italie, donc plus de difficulté à se désendetter... d'où un stress supplémentaire dans le milieu financier et ainsi de suite.  Le cercle vicieux, le voilà, il menace réellement l'Italie et la zone euro entière. 

Pour l'éviter, Rome et Bruxelles doivent se mettre d'accord, mais c'est très compliqué car ce n'est pas l'objectif qui les oppose, mais les moyens d'y parvenir et la mesure des progrès pour y arriver.   

D'accord sur l'objectif mais pas sur les moyens

Oui, la commission européenne et l'Italie ont le même objectif, réduire la dette italienne qui est la plus élevée du monde derrière le Japon, la Grèce et le Liban.   

Le ministre des finances italien Giovanni Tria est moins audible que le ministre de l'intérieur sur ce sujet, ce qui est soit dit en passant une incongruité, mais il l'a dit à plusieurs reprises : réduire la dette publique italienne est aussi son objectif.  Un pays qui veut se désendetter a deux possibilités : Réduire ses dépenses ou augmenter sa croissance. 

C'est là que Bruxelles et Rome divergent.   

La commission européenne, préconise la réduction des dépenses budgétaires, l'austérité en somme, et le gouvernement italien croit au contraire en une relance keynésienne. L'augmentation des dépenses publiques fera repartir la croissance, ce qui réduira au final le ratio dette sur croissance.   Vous ne découvrez pas ce débat. Il revient sans cesse et les économistes ne sont pas tous d'accord sur ce sujet.   

La potion administrée à la Grèce prouve que l'austérité n'aide pas toujours un pays déjà en difficulté à se désendetter... mais il faut aussi regarder dans le détail les dépenses proposées par le budget italien pour savoir si oui ou non elles pourraient avoir un effet sur la croissance.   

Le deuxième sujet de désaccord est encore plus difficilement réconciliable. C'est au sujet du déficit structurel italien pour les années à venir. Le déficit structurel, c'est schématiquement le déficit qui reste quand on retire tous les facteurs conjoncturels. Cela permet de tenir compte des efforts faits par un État, même si ces efforts sont anéantis par une crise venue d'ailleurs.     

C'est du bon sens et c'est une avancée du pacte de stabilité en 2013, mais pour le calculer, il faut partir d'un niveau de croissance potentielle (celle qui aurait eu lieu sans la mauvaise conjoncture) or pour la mesurer, il faut aligner beaucoup d'hypothèses. Au final, ce déficit structurel  est donc un calcul technocratique difficilement compréhensible et facilement critiquable.     

L'Italie conteste les calculs faits par la commission, et elle a de bonne raisons de le faire, la commission elle conteste les prévisions de croissance du budget italien, à raison aussi.  

Au final, un dialogue de sourd, qui pourrait être évité si on remplaçait les règles budgétaires du pacte de stabilité par des règles simples. De plus en plus d'économistes font des propositions en ce sens, y compris des économistes allemands, mais aucun dirigeant européen ne les a encore reprises. Pas touche au pacte de stabilité. Au risque de déclencher une crise italienne dommageable pour tous les pays de la zone euro.

Marie Viennot

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