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Producteurs de fèves de cacao en Côte d'Ivoire

Cacao : la reprise en main des producteurs ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Le 12 juin dernier, la Côte d'Ivoire et le Ghana, les deux plus gros producteurs de cacao mondiaux, ont annoncé suspendre leur vente. Ils veulent fixer un prix minimal d'achat pour soutenir leurs producteurs.

Producteurs de fèves de cacao en Côte d'Ivoire
Producteurs de fèves de cacao en Côte d'Ivoire Crédits : ZHAO YINGQUAN - Maxppp

Le 12 juin dernier, deux pays qui produisent à eux deux 70% du cacao mondial, ont annoncé qu'ils ne vendraient plus leur production en deçà de 2 300 euros la tonne (2 600 dollars). 

Une décision "historique" selon les gouvernement ivoiriens et ghanéens. Désormais, se félicitent-ils, ce sont les producteurs qui fixeront le prix d'achat, pas les acheteurs. Mais les deux Etats vont-ils gagner ce bras de fer qui les oppose désormais aux acheteurs, traders et autres industriels ?  

Crédits : Visactu

Protéger les revenus des petits producteurs

Pour bien comprendre il faut revenir quelques années en arrière : la Côte d'Ivoire et le Ghana, pays frontaliers et concurrents, ont en commun d'avoir déjà tenté de maintenir des prix fixes pour leurs producteurs. 

La Cote d'Ivoire a inauguré en 2012, puis modifié en 2015, un mécanisme de prix garanti pour son cacao. Le Ghana lui, avait pendant la grande crise de 2016-2017 (crise de surproduction, les cours mondiaux du cacao avaient dévissé, faisant perdre 30 à 40% de revenus aux producteurs) mis la main à la poche pour compenser la perte de revenu de ses producteurs. 

Des outils plus ou moins efficaces qui ont souffert de l'instabilité politique de ces deux pays, et qui n'ont pas suffi à enrayer la pauvreté des nombreux producteurs de cacao, éclatés, réunis en petites coopératives et qui n'ont pas la possibilité de peser en amont de la filière.

Par ailleurs, comme beaucoup de marchés de matières premières agricoles, celui du cacao est cyclique : il alterne les cours hauts, qui entraînent souvent une surproduction, qui entraînent à leur tour un effondrement des prix. D'où la volonté des Etats de tenter de garantir des revenus stables à leurs producteurs. Pour faire pression, les deux Etats ont suspendu la vente de leurs récoltes prévues en  2020-2021, ce qui aura mécaniquement pour effet de faire monter les cours.

Les organisations internationales et nationales qui gèrent et observent le marché (Le Conseil du Café Cacao en Côte d'Ivoire, le Cocoa Board au Ghana, l'ICCO basé à Abidjan) sont toutes d'accord pour dire que les prix du cacao sont structurellement trop bas, et que 2 300 euros la tonne, au minimum, ce n'est pas irréaliste.

Beaucoup ont vu, en outre, dans cette décision ghanéo-ivoirienne un calcul électoral : les deux pays ont des élections présidentielles en 2020, or le cacao fait vivre beaucoup d'habitants.

Une filière fragile

L'ONG Public Eye, qui observe annuellement les marchés agricoles du point de vue de leur soutenabilité,  observe que sur 100 milliards de dollars générés tous les ans par la vente de chocolat_destination principale du cacao_ seuls 6% atterrissent dans la poche des cultivateurs. L'équivalent, sur une tablette, d'un demi carré. 

Ce baromètre estime par ailleurs  que les variations des cours du cacao, qui a des conséquences importantes sur les revenus des producteurs, n'en n'a presque pas sur les marges des grands groupes qui transforment le cacao : en France le groupe Cémoi, le suisse Nestlé ou l'américain Mars. Les variations les plus importantes des cours, ce sont les deux bouts de la chaîne qui les subissent : le consommateur quand les prix montent, le producteur quand ils baissent. 

Le marché du cacao sur lequel, en outre, plane la menace du réchauffement climatique : la saison sèche en Afrique de l'ouest dure de plus en plus longtemps, au Ghana des maladies liées aux cochenilles déciment les cacaoyères. Malgré cela la production augmente, dont la plus grosse partie est illicite puisqu'elle s'est implantée, illégalement, dans des forets classées. Des chiffres non officiels estiment que 30 à 40% de la production ivoirienne viennent de ces forêts, ce qui pose un problème évidemment écologique. Bref, si la décision_ forte_ prise par la Côte d'Ivoire et le Ghana peut avoir des impacts sur les revenus des cultivateurs de cacao, elle n'est pas le seul facteur qui pourra redonner de l'air et des conditions de vie décente aux producteurs. 

Sans compter que la concurrence de l'Asie du Sud-Est et des l'Amérique Latine pourrait rebattre les cartes. C'est peut-être, comme souvent, le consommateur qui détient les clés de l'amélioration des revenus de la filière. Dans le cacao en effet, comme dans le café, une filière équitable solide commence à se développer.

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