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L'usine de La Souterraine en mai 2017

"Ceux qui trop supportent", récit d'une lutte : la parole des anciens salariés de GM&S

3 min
À retrouver dans l'émission

Quatre ans après le licenciement d'une partie des salariés de l'équipementier automobile GM&S, l'écrivain Arno Bertina publie un récit documentaire consacré à leur combat pour défendre leur entreprise et leur travail.

L'usine de La Souterraine en mai 2017
L'usine de La Souterraine en mai 2017 Crédits : Pascal Lachenaud - AFP

Pour les "ex-GM& S", l’histoire n’est pas finie. Le conflit social chez cet ancien équipementier automobile situé à la Souterraine, dans la Creuse, avait marqué le début du quinquennat.
En 2017, après dix mois de lutte, pour sauver leur usine, placée en redressement judiciaire puis rachetée, 157 des 277 employés avaient été licenciés.  Quatre ans plus tard, la moitié d’entre eux n’a pas retrouvé de travail.
Et pour certains, la bataille continue aussi sur le plan judiciaire. A la fin du mois de septembre dernier, le conseil des prud'hommes de Guéret a donné raison à 58 d’entre eux : ils toucheront des indemnités pour licenciement illégal, en fonction de leur ancienneté et du préjudice subi.
Cette décision arrive à la suite de celle du Conseil d’Etat : en janvier 2020, il avait confirmé l’annulation du plan social, ouvrant la porte à une meilleure indemnisation des salariés licenciés.
Et les 120 salariés restés sur le site, désormais propriété du groupe GMD, s'inquiètent eux de la mauvaise santé économique de l'usine.

Si l’histoire se poursuit, c’est aussi à travers plusieurs oeuvres et récits, récemment parus. Il y a eu Sortie d’usine, une bande dessinée de Benjamin Carle et David Lopez, publiée en mars dernier chez Steinkis. Elle retrace l’histoire de l’usine de La Souterraine depuis sa création, ses rachats successifs et le combat des salariés pour sauver leurs emplois. “On va tout péter",  le documentaire du réalisateur polonais Lech Kowalski, avait amené les ex-salariés de GM&S sur les marches de Cannes en 2019. Ce mois-ci, ils soutiennent un appel à précommandes pour financer un DVD du film et un livret.
Pendant quatre ans, l'écrivain Arno Bertina s’est rendu à la Souterraine pour écouter les salariés de l’usine GM et S et les suivre dans leur combat. Il en fait un récit documentaire, Ceux qui trop supportent [le combat des ex-GM&S (2017-2021)], paru ce mois-ci aux éditions Verticales

Dans les récits contemporains du travail, ces combats d’usine tiennent une place toute particulière. Cela draine un imaginaire ainsi que toute une tradition littéraire et documentaire. Ne serait- ce qu'en raison de que cela offre de dramaturgique : le combat de la dernière chance, la solidarité entre les hommes, la trahison, la survie ou la mort...

Mais il faut bien le dire, ces combats collectifs rendent aussi visible de façon assez exemplaire un certain nombre de choix économiques  - à l’oeuvre aussi dans d’autres secteurs-  et les conséquences de ce que l'’on désigne aujourd'hui sous le terme de capitalisme financier. Ce qui se traduit notamment, dans le cas de l’usine de la Souterraine, par ses rachats successifs.

Et on trouve d’ailleurs tout au long du livre d’Arno Bertina le récit de ces changement de propriétaires, des aides mais aussi des manquements de l’Etat, des engagements non tenus, de l’évolution du rôle des différents patrons.

Les salariés de GM&S s'organisent (24 juillet 2017)
Les salariés de GM&S s'organisent (24 juillet 2017) Crédits : Pascal Lachenaud - AFP

En recueillant ces paroles et ces voix des travailleurs, l’écrivain fait surtout exister, et consister par le récit, une communauté, un collectif de travail. Il donne à entendre l’attachement à un métier et une solidarité qui s'organise.  Mais aussi une expertise politique acquise par la pratique et une grande connaissance des mécanismes politiques et économiques à l'œuvre.

Les dix mois de conflit et d'occupation se solderont par un plan de licenciement -  ce que l’on nomme désormais “plan de sauvegarde de l’emploi”.
Or précisément, ce que met aussi- et peut-être surtout- en lumière ce livre, c'est que le conflit a aussi lieu sur le terrain du langage. Dans la façon de nommer ce qui arrive.  
Depuis 1989, le site de Le Souterraine a changé douze fois de nom : Socomec, Sepesa, Euramec, SER.... jusqu'à GM & S puis aujourd'hui GMD. Ce sont certes des changement de propriétaire - pour un même site. Mais c'est aussi une manière, écrit Arno Bertina de "_désactiver le langage". Car dès que "ce capitalisme-là"_ est "en cause, à travers la personne d'un dirigeant ou d'un financier, hop il disparaît en effaçant ses traces. Le nom poudroie et ne dit plus rien. "
Ceux qui trop supportent fait lui entendre le récit des salariés concernés et, en creux, la place prise dans le récit des événements économiques, par les "éléments de langage”.
Il rappelle que ce qui se joue dans les choix politiques et économiques passe aussi par une bataille de voix et de mots.

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