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Habituellement, la lettre annuelle de BlackRock aux entreprises dont il est actionnaire est diffusée à l’occasion du forum de Davos, mais cette année Larry Fink n’y est pas intervenu. Il était au « Davos Saoudien ».

Climat : fausses leçons de BlackRock, vraies leçons du Covid-19

4 min
À retrouver dans l'émission

Larry Fink, PDG de BlackRock demande aux entreprises d’aller vers la neutralité carbone en 2050. Concept en vogue, mais en 2020, c’est la pandémie qui a fait chuter les émissions de CO2 dans les proportions compatibles avec les Accords de Paris.

Habituellement, la lettre annuelle de BlackRock aux entreprises dont il est actionnaire est diffusée à l’occasion du forum de Davos, mais cette année Larry Fink n’y est pas intervenu. Il était au « Davos Saoudien ».
Habituellement, la lettre annuelle de BlackRock aux entreprises dont il est actionnaire est diffusée à l’occasion du forum de Davos, mais cette année Larry Fink n’y est pas intervenu. Il était au « Davos Saoudien ». Crédits : FABRICE COFFRINI - AFP

Dans cette lettre, je demande aux entreprises de déclarer leur chemin vers zéro émission nette en carbone. Larry Fink, PDG de BlackRock, sur CNBC le 26 janvier 2021.

Zéro émission nette de carbone, c’est le nouveau fétiche, le nouveau cri de ralliement mondial en faveur du climat. Et Larry Fink, le PDG de BlackRock y est lui aussi favorable. 

Mieux que cela. Dans la lettre qu’il envoie chaque année en janvier aux entreprises dont il est actionnaire, il leur demande de déclarer leur chemin vers cette neutralité carbone. 

Explication par The Shift Project de la neutralité carbone à l'échelle de l'entreprise
Explication par The Shift Project de la neutralité carbone à l'échelle de l'entreprise Crédits : The Shift Project

Neutralité carbone ne signifie pas 0 émissions de carbone, mais "équilibre entre les émissions de CO2 anthropiques et les absorptions de CO2 anthropiques", comme l’explique Carbone 4, cabinet de conseil indépendant spécialisé dans la stratégie bas carbone et l’adaptation au changement climatique.. 

La pandémie de Covid-19 nous a plongé dans une crise existentielle, elle a exposé nos fragilités, et nous pousse à affronter plus énergiquement la menace mondiale du changement climatique. Larry Fink, PDG de BlackRock dans sa lettre annuelle.

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Que le patron du plus grand gestionnaire d’actifs au monde, pas loin de 9000 milliards de dollars sous gestion, ne soit pas un climato-sceptique, c’est déjà ça de pris. Ce n’est pas suffisant bien évidemment pour empêcher la planète de se réchauffer de 3 degrés voire plus d’ici la fin du siècle, mais cet appel à la neutralité carbone, que font aussi 126 pays dont la France, peut-être bientôt les Etats Unis, n’est-ce pas en réalité contre-productif ? Une perte de temps, et une façon de noyer le poisson de notre inaction? 

Tant qu’il n’y aura pas de sanctions comptables et financières associées à ces engagements, je pense qu'on n’avancera pas. Vous pouvez mentir sur les chiffres de votre comptabilité carbone, il ne se passe rien. C’est en outre extrêmement complexe pour une entreprise de quantifier ses émissions pour elle-même, et en aval les effets induits des produits qu’elle vend. Michel Lepetit, vice président du Shift Project, et chercheur au Laboratoire Interdisciplinaire des Energies de Demain.

Aucun contrôle, aucune sanction, aucune méthodologie encore à ce jour aboutie ne force à transformer les promesses en action, et BlackRock est à ce titre, quelle ironie, exemplaire. 

Des engagements sans contrainte (comme toujours...)

Après s’être engagé dans sa lettre de 2020 à réorienter ses investissements vers des entreprises ESG compatible, E comme Environnement S comme social, et G comme Gouvernance, Black Rock a voté, contre 88% des résolutions sur le climat qui lui ont été présentées en tant qu’actionnaire. Plus qu’en 2019, selon Reclaim finance qui a consacré un rapport sur le verdissement supposé de BlackRock

Share action, une plateforme de lobbying américaine qui dresse le palmarès des gestionnaires d’actifs en fonction de leur vote en assemblée générale sur les sujets climatiques et sociaux, classe BlackRock en 47ème position en 2020. 

Pourcentage de résolutions en faveur de climat votées par les plus gestionnaires d’actifs analysés par Share Action.
Pourcentage de résolutions en faveur de climat votées par les plus gestionnaires d’actifs analysés par Share Action. Crédits : Share Action

BlackRock s’est opposée lit-on à une résolution d’actionnaires demandant à Duke Energy, un électricien américain, de cesser ses activités de lobbying anti-climat. BlackRock a rejeté une résolution exigeant d’un grand distributeur qu’il identifie et prévienne les risques d’atteinte aux droits humains dans sa chaîne logistique. 

Dans 17 cas, regrette Share action, l’assentiment de BlackRock et des 2 autres plus grands gestionnaires américains aurait été déterminant, vu leur poids en tant qu’actionnaire.

Ce n’est pas tout. Même si BlackRock changeait radicalement d'attitude en 2021, 65% des fonds qu'il place pour le compte des retraités américains, de collectivités locales ou de grandes fortunes sont gérés de manière passive. Autrement dit aucune décision humaine n'intervient dans les choix d’allocation, et donc aucune considération climatique.

La finance sincèrement inquiète par le changement climatique

Si Black Rock est plus que mal placé pour donner des conseils aux entreprises sur leur politique climatique, n’empêche, la préoccupation des financiers pour le sujet est réelle, de plus en plus étendue, et disons-le, même sincère. Elle ne date pas du Covid-19. Le premier à avoir sonné l’alerte est Mark Carney, l’ancien patron de la Banque d’Angleterre en 2015. 

A réécouter (2015) pour lire le discours de Mark Carney : La finance s’intéresse au climat

A lire/ écouter : La finance et les green bonds, sauver le climat ??!!

Pour la finance, le changement climatique est classée "incertitude radicale" car il est impossible de prévoir et modéliser enchaînement des catastrophes. 

Les régulateurs monétaires alertaient avant la pandémie de Covid-19, sur le risque de « Cygne Vert », (ici le rapport de la Banque des Règlements Internationaux) à savoir, un événement inattendu, financièrement perturbateur débouchant sur une crise systémique. 

Le Cygne Vert est un concept dérivé du Cygne Noir, formule inventée par Nicolas Taieb pour désigner un événement imprévisible peu probable, mais aux conséquences dévastatrices.
Le Cygne Vert est un concept dérivé du Cygne Noir, formule inventée par Nicolas Taieb pour désigner un événement imprévisible peu probable, mais aux conséquences dévastatrices. Crédits : BIS

Ils se demandent aujourd’hui si la pandémie n’est pas l’un de ces «Cygne Vert », son origine étant peut être liée à la dégradation des éco-systèmes résultant du changement climatique. Ici le rapport de la Banque de France

Par exemple, le changement climatique peut accélérer la perte de biodiversité (IPBES, 2019). À ce titre, la crise due au Covid‑19 semble bien correspondre à un « Cygne Vert ». Bien qu’il convienne d’être prudent sur les origines de la pandémie, de nombreux experts estiment que (de même que de nombreuses maladies infectieuses ayant surgi ces dernières décennies) le Covid‑19 serait dû à la dégradation de nos écosystèmes. Banque de France, juin 2020.

Cartographie des risques climatiques associés à différents changements de température.
Cartographie des risques climatiques associés à différents changements de température. Crédits : Banque de France

A lire absolument : Covid-19 : l'OMS percera-t-elle le mystère de l'origine du virus ?

Un Cygne Vert, qui a fait chuter les émissions de gaz à effet de serre de  7% l’an passé. Tant mieux pour le climat (même si l’effet est limité sur le réchauffement climatique), mais qui n’espère pas que l’année 2020 et ses confinements successifs ne restent à jamais une parenthèse ?  

Le covid-19 nous a permis d’éprouver l’ampleur du choc d’une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre pour nos économies. L’Onu veut croire que c’est tournant et qu’une reprise post-covid 19 faible en carbone est possible. 

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Dans son  Rapport 2020 sur l'écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions, l’ONU constate que le virage n’est pas encore pris. Les pays du G20 (qui comptent pour 80% des émissions de gaz à effet de serre) allouent toujours plus d’argent public aux énergies fossiles qu’aux énergies propres : ils ont annoncé 234 milliards de dollars d'argent public en faveur des énergies fossiles, et seulement 151 milliards pour les énergies propres

L’effet de leur plan de relance, fussent-il verts, est incertain. L’écart entre ce qu’il faut faire pour contenir le réchauffement climatique en dessous de 2 degrés, et ce qui est seulement annoncé, continue de grandir.      

Si le Covid-19 nous donne une leçon de climat, il nous montre aussi que changer de logique reste toujours aussi difficile. Et le prochain Cygne Vert, de déployer sans doute ses ailes, à l’ombre des lettres annuelles de plus en plus vertes de Black Rock, et des chiffres et des formules censées nous rassurer sur le sérieux de nos engagements climatiques. 

Marie Viennot

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