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En dépit de l'intervention surprise de la Fed (Banque centrale américaine) mardi, les marchés financiers restent inquiets et volatils. Ici la Bourse de New York.

Coronavirus : les banques centrales à la rescousse ?

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À retrouver dans l'émission

Que peut la politique monétaire pour limiter l'impact économique de l'épidémie de coronavirus ? Après avoir sorti le "bazooka monétaire" pour relancer la croissance, ce qu'on a nommé le QE, les banquier.es centraux envisageront-ils la possibilité d'un drone monétaire ? Explications.

En dépit de l'intervention surprise de la Fed (Banque centrale américaine) mardi, les marchés financiers restent inquiets et volatils. Ici la Bourse de New York.
En dépit de l'intervention surprise de la Fed (Banque centrale américaine) mardi, les marchés financiers restent inquiets et volatils. Ici la Bourse de New York. Crédits : David Dee Delgado - AFP

A chaque crise, les regards se tournent vers les banquiers centraux. 

En début de semaine, "les marchés américains hurlaient à la réserve fédérale d'agir", pour reprendre les termes utilisés sur Bloomberg par l'expert que l'on entend dans le podcast. 

Agir, la banque centrale américaine l'a fait, en réduisant son taux directeur d'un seul coup de 50 point de base. C'est à dire que le taux qui guide les autres taux d'intérêt est passé de 1.75 à 1.25.   

La banque du canada a fait de même le lendemain, celles d’Australie et de Malaisie l'avaient déjà fait auparavant.  La BCE n'a pas bougé encore. Sa réunion du 13 mars prochain sera donc très attendue. 

NOTA BENE : Je ne traite pas dans cette chronique de la politique particulière de la Banque centrale chinoise, qui a aussi beaucoup agi pour limiter les paniques et les répercussions économiques du coronavirus en Chine. 

Que peuvent 50 point de base contre l'épidémie de coronavirus et ses conséquences économiques ?   

Dans un premier temps, cela rassure les marchés financiers mais force est de constater que ce fut de courte durée. Après un rebond, les bourses américaines, européennes et asiatiques sont reparties dans une spirale baissière. L'incertitude sur l'avancée de l'épidémie reste entière, et c'est cela qui nourrit la volatilité des cours.   

La réserve fédérale n'exclut pas d'agir à nouveau dans les prochaines semaines. Mais que peuvent 50 points de base quand une chaîne de montage est à l'arrêt parce qu'il manque un composant made in china ? 

Deux chocs économiques en même temps

Ce qui rend, l'épidémie de coronavirus inédite dans ces conséquences économiques, c'est qu'elle crée deux chocs en même temps. Un choc d'offre, et un choc de demande.  

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Le choc d'offre, c'est du côté de la production. C'est un choc mondial car les entreprises ont organisé leur ligne de production pour réduire les couts au maximum, le retard de livraison d'une pièce peut bloquer toute la production en aval, or la Chine a dans ce système une part prépondérante. Les secteurs automobiles et électroniques sont particulièrement touchés, mais aussi le textile, et l'agro alimentaire. Combien de temps vont durer les perturbations ? Nul ne sait, car ce n'est pas l'économie qui commande cette fois, mais le virus, et la durée de l'épidémie.   

Part des biens intermédiaires produits en Chine selon la région du monde
Part des biens intermédiaires produits en Chine selon la région du monde Crédits : Bloomberg

Le choc de demande, c'est du côté de la consommation. Inquiets, les consommateurs ne vont plus dans les magasins, les restaurants, ils annulent leurs voyages, leurs réservations d'hotels. Les mesures de sécurité prise par les autorités amplifient encore cette contraction de la demande... via les mesures de quarantaine, ou la limitation des rassemblements. 

Spectacle vivant, hôtellerie, commerces, pour beaucoup de professionnels, les pertes seront sèches. Il n'y aura pas de rattrapage quand ça ira mieux. Le chiffre d'affaire perdu le sera définitivement... ce qui peut conduire à des licenciements... et accentuer encore le choc de la demande.   

Dans ce contexte incertain, une chose est sure, la croissance mondiale va ralentir, plus que prévu, or elle était déjà en phase de ralentissement. 0.5 point de croissance en moins, si l'épidémie atteint bientôt son pic et reflue, c'est le scénario optimiste de l'OCDE, ce sera 1.5 point de moins, si la crise sanitaire s'amplifie.  En tout état de cause, la croissance mondiale ne devrait pas dépasser les 2.4% en 2020, soit le niveau le plus bas depuis la crise de 2008

Ce qui est sûr aussi, c'est que les banques centrales ont un rôle à jouer, mais comme l'a répété à plusieurs reprises la chef économiste de l'OCDE Laurent Boone en présentant ses estimations de croissance le 2 mars. 

Ce n'est pas une crise qui pourra être réglée par les banques centrales (...) Ce n'est pas un choc que les banques centrales pourront résoudre seules. Laurence Boone, économiste en chef de l'OCDE. 

Ce qu'il faut, ce n'est pas seulement irriguer les marchés avec des liquidités, ce qu'il faut, c'est de l'argent sonnant et trébuchant : pour aider les entreprises, les salarié.es, soigner les malades et contenir l'épidémie.   

La balle est donc dans le camp des Etats et de leurs budgets... souvent contraints. Les montants à mobiliser sont colossaux, on parle de plusieurs dizaines de milliards d'euros. 

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Dans la zone euro, cette relance budgétaire parait hors de portée (même si Bruno Le Maire a plaidé en ce sens cette semaine), car il y a les contraintes de Maastricht. La zone euro peut-elle s'en affranchir pour le coronavirus ?   

Du bazooka monétaire au drone monétaire ?

Si ce n'est pas le cas, c'est sûr, les regards vont se tourner vers la Banque Centrale Européenne. Or la BCE a des marges limitées pour agir. Ses taux directeurs sont déjà à zéro. Les descendre en territoire négatif pourrait encore plus inquiéter les marchés, et l'effet économique ne serait pas forcément positif pour contrer les effets de la crise. 

Peut être que la BCE devra encore faire un pas vers les solutions dites non conventionnelles, comme elle l'a fait, sous Mario Draghi, en menant une politique d'injection de liquidité (qu'on a nommé d'ailleurs "bazooka monétaire"). 

Alors pourquoi ne financerait-elle pas directement les entreprises et les particuliers, elle qui peut battre monnaie de façon illimitée ?   

Ce serait inédit, mais pas infaisable estiment les économistes qui plaidaient déjà pour cette solution nommée "monnaie hélicoptère" ou plus récemment "drone monétaire".  Ici une note rédigée par l'économiste Jezabel Coupey Soubeyran sur le drone monétaire

Plus que le conseil des gouverneurs de la BCE qui se réunit le 13 mars prochain, c'est la propagation de l'épidémie qui sera clef pour ce choix. Si la situation empire,  les considérations sanitaires auront peut être alors raison des doctrines monétaires.

Marie Viennot

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