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La bourse de Milan a chuté de quasi 40% en un mois. Les valeurs des banques italiennes sont particulièrement orientées à la baisse.

Coronavirus : quand les bourses plongent, est-ce grave docteur ?

3 min
À retrouver dans l'émission

L’incertitude sur les répercussions économiques du coronavirus rend les cours de bourses très volatils. Qui est affecté quand le CAC 40 perd 12% en une séance ? L’économie “réelle” en pâtira-t-elle ?

La bourse de Milan a chuté de quasi 40% en un mois. Les valeurs des banques italiennes sont particulièrement orientées à la baisse.
La bourse de Milan a chuté de quasi 40% en un mois. Les valeurs des banques italiennes sont particulièrement orientées à la baisse. Crédits : Maurizio Maule - Maxppp

C’est la bourse de Milan qui a le plus plongé jeudi 12 mars. 17% de baisse à Milan. 12% à Paris, la pire chute du cac 40 en une journée. 10% à Wall Street, 14% à Madrid, 12% à Francfort, 10% à Londres, là aussi une baisse historique en cette journée qu’on ne se risquera pas à appeler jeudi noir. 

Variation du CAC 40 sur 5 jours
Variation du CAC 40 sur 5 jours Crédits : Boursorama

Coronakrach, c’est le terme que l’on trouve maintenant parfois utilisé pour désigner le yoyo des places boursières depuis l’expansion du coronavirus. 

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Vendredi 13 mars, toutes les bourses sont reparties à la hausse, mais la tendance reste clairement à la baisse, comme l'ont illustré les journées de la semaine suivante. 

NB : Cette chronique a été écrite et diffusée (dans sa version audio) le 14 mars. Elle est toujours d'actualité car les mécanismes qu'elle décrit sont pérennes. Je l'ai réactualisé aujourd'hui 19 mars pour tenir compte des nouvelles décisions de la Banque Centrale Européenne. 

Cette quasi panique boursière qui affecte-t-elle ? 

Les actionnaires qui conservent leurs actions ne perdent pas d’argent. Leurs pertes, ne sont que potentielles, et il faut souligner que les bourses étaient au plus haut depuis des mois. De nombreux observateurs soulignaient d’ailleurs la déconnexion des cours de bourse avec les résultats des entreprises. 

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Pour les actionnaires qui possédaient des actions et les ont vendues à la baisse, la perte n’est pas non plus systématique, tout dépend du prix auquel ils ou elles les avaient achetées. 

Un impact moins fort en France qu'aux USA

Contrairement aux Etats Unis, où 14% des ménages possèdent des actions en direct, et 52% dépendent des marchés boursiers via leur retraite par capitalisation et les fonds de pension, en France, 8,8% de la population a un patrimoine relié à la bourse (selon des données de 2018), ce qui limite l’effet macro-économique des yoyos boursiers. Ici une étude qualitative de l’AMF

C’est plus problématique pour les entreprises dont le cours chute brusquement, car cela les expose à des OPA hostiles. Le risque est réel, et Bercy a promis d’intervenir, quel que soit le prix. Bruno Le maire. 

Nous aiderons toutes les entreprises dans lesquelles l’Etat a des participations, Air France, Renault, et qui sont chahutés sur les marchés boursiers. Quoi qu’il en coûte, nous serons à leur côté. Bruno Le Maire, ministre des finances, vendredi 13 mars, sur RMC.

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Hormis ce risque d’OPA, la baisse des cours de leur action n’empêche pas les entreprises de fonctionner normalement. Ce qui va les en empêcher, ce sont des problèmes d’approvisionnement ou de débouchés. Ce sera encore plus dur pour les petites et moyennes entreprises, qui ne sont pas cotées en Bourse. 

Il y a aussi un autre danger quand les actions dégringolent, cela met à risque une partie du portefeuille d'actifs des banques, et cela accroît les craintes que, de la crise boursière, on passe à la crise bancaire... Les banques étant l'un des vecteurs de financement de l'économie, elles sont vues comme clefs pour limiter les faillites en cascades et participer à la reprise de l'économie, une fois la crise passée. Voilà pourquoi les autorités nationales et monétaires sont si sensibles aux évolutions de la Bourse. La vidéo ci-dessous (très pédagogique) vous explique notamment ce mécanisme. (Avis aux âmes sensibles : avant la vidéo peut être verrez vous une publicité pour apprendre comment gagner de l'argent pendant cette crise !)

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La crise part de l’économie réelle, pas de la bourse

Le risque, il est d’abord et avant tout dans l’économie réelle, c’est la grande différence avec la crise de 2007-2009, et si les marchés font le yoyo, c’est une réaction à ce risque covid-19 auquel ils ne savent pas donner un prix. 

Le prix du risque étant inconnu, « on assiste à une salve de risk off », explique dans son jargon un analyste des marchés. 

L’appétit pour le risque n’est plus là, le retournement menace, et le marché action n’est pas le seul à être incertain. Que vont devenir les ETF ? Ces indices qui reproduisent mécaniquement des indices boursiers ? Quid des produits dérivés, dont les montants se comptent en trillions ? 

Même l’or a connu une chute historique cette semaine, ce qui peut paraître incompréhensible, mais indique que certains acteurs financiers ont cruellement besoin de liquidités et vendent, même l’or.

Les marchés, au secours des Etats ? 

Dans ce climat, la grande question, c’est le pli que prendront les marchés obligataires, ceux qui financent notamment les dettes des Etats via l’achat de bons du trésor. 

Dans les mois qui viennent ces émissions de dettes vont être massives. Les plans de relance annoncés se comptent en dizaine de milliards d’euros. Des milliards que beaucoup des Etats qui les promettent (notamment l’Italie et la France) n’ont déjà pas dans leur caisse. Or ils en auront encore moins dans quelques mois, car moins de consommation, ce sera moins de TVA, moins d’entreprises en bonne santé, ce sera moins d’impôt sur les sociétés. 

Les marchés financiers financeront-ils ce nouvel afflux de bons du trésor ? Possible que OUI, s’ils considèrent que les Etats sont toujours moins à risque que d’autres produits financiers. 

Et sinon, que se passera-t-il ? 

La BCE peut agir, elle achète toujours des obligations d'Etat de la zone euro sur les marchés secondaires (c'est à dire après leurs émissions).  

Lors de sa réunion du 12 mars, la Banque Centrale Européenne a d'ailleurs annoncé que son programme de rachat d'obligation serait augmenté de 120 milliards d'ici décembre, mais lors de la conférence de presse, Christine Lagarde avait précisé que c'était surtout pour les obligations d'entreprises, et qu'il n'y aurait rien de spécifique pour l'Italie (ce qui a contribué à faire chuter la bourse jeudi).

Même pas une semaine plus tard, dans la nuit de mardi à mercredi, voyant les taux auxquels empruntent les pays de la zone euro diverger (entre pays surs, comme l'Allemagne, et pays à risque comme l'Italie), et voyant que les bourses continuaient de paniquer, la BCE a décidé de créer un nouveau programme d'achat (le programme d'achat d'urgence pandémique), de tout type de produits financiers (obligations, actions, options) pour un montant allant jusqu'à 750 milliards d'euros. 

Cette décision, prise en pleine nuit, or toute réunion habituelle du conseil des gouverneurs montre que les marchés obligataires sont bien devenus une préoccupation.

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C’est cette incertitude générale qui nourrit la tendance baissière des marchés boursiers, or dans les moments de crise, la bourse devient comme un thermomètre. 

Ce qu’elle entend depuis quelques jours, c’est risque de récession mondiale… et nous qui entendons parler de krachs, de plongeons, de panique et de chute historique, cela oriente nos comportements économiques, plutôt à la baisse aussi, même si on ne possède pas d’actions. 

Et nous voilà reliés, économie réelle, économie boursière, dans une spirale, qui malheureusement n’est pas vertueuse. 

Marie Viennot

Vous trouverez sans doute cette chronique déprimante, mais certaines prévisions de l’avenir sont encore pires, comme celle de l'économiste-philosophe Frédéric Lordon publiée le 13 mars. 

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