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Des 9 millions de maisons saisies aux Etats Unis entre 2009 et 2012, beaucoup avaient été achetées par des investisseurs spéculateurs, pas par des ménages américains "trop pauvres" pour être propriétaires.

Crise financière de 2008 : un récit alternatif

3 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi cette crise ? Parce que trop de prêts immobiliers "subprimes" ont été accordés aux ménages pauvres américains. Ça, c'est l'histoire qu'on vous a racontée, mais elle n'est qu'à moitié vraie.

Des 9 millions de maisons saisies aux Etats Unis entre 2009 et 2012, beaucoup avaient été achetées par des investisseurs spéculateurs, pas par des ménages américains "trop pauvres" pour être propriétaires.
Des 9 millions de maisons saisies aux Etats Unis entre 2009 et 2012, beaucoup avaient été achetées par des investisseurs spéculateurs, pas par des ménages américains "trop pauvres" pour être propriétaires. Crédits : SPENCER PLATT - AFP

Dans la nuit du 14 au 15 septembre, la banque Lehman Brother se déclarait en faillite. Après des heures de négociations, aucune banque de Wall Street ne voulu la racheter, et les autorités américaines refusèrent de la sauver.  

Au 4e étage de la tour située sur la 7e avenue, dans la salle de marché pareille à celle dont vous entendez l'ambiance dans la bulle parlée, là où s'achetaient et se vendaient les produits financiers qui auront causé la chute de Lehman, le bruit cessa, et l'économie mondiale plongea dans une crise semblable à celle de 1929.    

Comment en est-on arrivé là ? Depuis 2008, beaucoup a été dit à ce sujet. Aujourd'hui qu'on a 10 ans de recul, de nouveaux récits, de nouveaux narratifs (comme on dit maintenant) émergent.    

La crise n'a pas eu lieu parce qu'on a trop prêté à des gens pauvres, avec le recul, je peux vous l'assurer. Ce sont les plus riches qui sont responsable. Tina Tamboer, analyste du marché immobilier à Phoenix.

On a beaucoup dit de cette crise qu'elle avait été causée par les crédits immobiliers faits à des ménages américains trop pauvres pour devenir propriétaires. Trop pauvres, ce n'est pas tout à fait la vérité.  Pauvre n'est pas le bon terme. Le vrai terme, vous le connaissez, c'est "subprime", un mot intraduisible, car il n'a pas d'équivalent chez nous.     

Subprime, ça veut dire quoi ?

Un crédit subprime, c'est un crédit fait à un ménage dont l'histoire financière, le crédit score en anglais, n'est pas bon : soit parce que ce ménage est jeune et n'a pas encore d'histoire financière, soit parce qu'il a déjà fait défaut sur des crédits, remboursé en retard, etc...   

Les crédits subprimes n'existent pas que pour l'immobilier. Il y en a toujours et pour tout aux Etats-Unis : voiture, carte de crédit, prêt étudiant. Considérés comme plus risqués, ces prêts ont des taux d'intérêt plus élevés que les crédits "prime" (faits aux autres ménages).   

Qui dit risque, dit rendements plus élevés. Voilà pourquoi les banques du monde entier avaient tant d'appétit pour ces crédits subprimes, qu'elles mélangeaient à d'autres crédits et vendaient "repackagés" à des investisseurs peu regardants sur les risques qu'ils prenaient, les agences de notations donnant de très bonnes notes à ces produits structurés qu'elles aidaient parfois elles-mêmes à fabriquer, sans que tout cela ne soit le moins du monde surveillé par les autorités américaines. Voilà résumée à gros trait une partie de l'histoire de la crise, c'est celle que vous avez déjà lue ou vue dans les films et documentaires qui ont refait le film de la crise de 2008. 

A ECOUTER: Wall Street : qu'as tu appris de la crise ? 

A la base de cette histoire, il y a l'idée maintes fois énoncée que tout cet édifice a vacillé quand les ménages subprimes ont commencé à ne plus pouvoir payer leurs crédits. Or ils n'étaient pas les seuls. 

La loi du "Rêve Américain"

Les crédits immobiliers subprimes ont, c'est vrai, beaucoup augmenté dans la période pré-crise. De 5% en 2000, ils sont passés à 20% en 2006.   

Evolution de la proportion des nouveaux crédits immobiliers subprimes entre 1993 et 2007.
Evolution de la proportion des nouveaux crédits immobiliers subprimes entre 1993 et 2007. Crédits : State of The Nation's housing report 2008 - Harvard

Faciliter l'accès à la propriété, c'était en effet un objectif fédéral formalisé dans une loi nommée AMERICAN DREAM DOWN PAYMENT ACT (en gros, la loi qui permet d'accéder au Rêve Américain), votée en 2003 dans les années Bush.  L'objectif était louable, moins louables furent les moyens employés pour l'atteindre.  

Moyens que l'on peut résumer à un mot : DEREGULATION.   

La "loi du rêve américain" a permis d'emprunter sans aucun apport, et elle a institué une surveillance quasi nulle sur ceux qui prêtaient, les conditions dans lesquelles ils le faisaient et le profil des acquéreurs. Ainsi naquirent les prêts ninja, faits à des ménages sans revenus, sans emplois et sans capital, mais aussi prêts alternatifs, exotiques, et même "sans document".   

Mais les ménages américains modestes ne furent pas les seuls à en bénéficier. Le manque de contrôle a aussi arrangé ceux qui voulaient profiter de la bulle immobilière, acheter, et revendre plus cher, témoigne aujourd'hui Tina Tamboer.   

Notre crise a été causée par ceux qui n'avaient pas besoin de crédit immobilier mais ont gagné des fortunes dans cette période. Ils pouvaient emprunter sans apport, et ont acheté 5, 6, 15, 20 maisons. La crise ne les a pas affectés puisqu'ils n'avaient pas mis un sou dans ces maisons, et qu'ils n'y vivaient pas. Quand elles ont été saisies, ils avaient déjà gagné beaucoup d'argent. Tina Tamboer.

40% des défauts = les spéculateurs

Quel fut l'impact de ces investisseurs-spéculateurs sur la crise? Une récente étude américaine a fait le calcul. Et trouvé qu'en 2006, ces investisseurs représentaient 15% des défauts immobiliers alors qu'en 2009, ils représentaient 40%.    

Autrement dit, ceux qui n'ont pas réussi à rembourser leur crédit immobilier ne sont pas QUE les ménages subprimes, et pourtant c'est cette histoire qui a eu la primeur, au point d'appeler cette crise, crise des subprimes.   

Pour aller plus loin encore, on peut se demander pourquoi tant de ménages américains sont subprimes. N'est ce pas parce que les salaires ne permettant plus de vivre, le crédit est devenu la béquille indispensable à la paix sociale?     

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La déconnexion grandissante entre salaire et productivité, la captation de la valeur créée dans les entreprises par le capital financier sont alors des éléments d'explications régulièrement documentés aussi.    

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Ceci est une autre histoire, c'est même une on-going story, une histoire toujours d'actualité. Les raisons profondes qui ont causé la grande crise financière sont encore là, et bien là.   

Marie Viennot

Ambiances utilisées dans la bulle (sorties de mes armoires...)

  • salle des marchés de Goldman Sachs à Londres 
  • 5ème avenue, New York, mendiant qui fait de la musique en tapant sur des poubelles 
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