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Manifestation des restaurateurs marseillais devant l'hopital Timone où s'est déplacé le ministre de la Santé pour justifier les mesures de restrictions imposées. Vendredi 25 septembre 2020

Crise sanitaire versus prévisions budgétaires

4 min
À retrouver dans l'émission

A l'heure de présenter son budget, le gouvernement a fait une hypothèse majeure : il n'y aura pas de reconfinement en 2020 ni 2021. Les nouvelles restrictions imposées cette semaine font planer un doute.

Manifestation des restaurateurs marseillais devant l'hopital Timone où s'est déplacé le ministre de la Santé pour justifier les mesures de restrictions imposées. Vendredi 25 septembre 2020
Manifestation des restaurateurs marseillais devant l'hopital Timone où s'est déplacé le ministre de la Santé pour justifier les mesures de restrictions imposées. Vendredi 25 septembre 2020 Crédits : NICOLAS TUCAT - AFP

Si on continue à ce rythme donc si des mesures ne sont pas prises, vous voyez là, j’ai mis le 13 octobre, ça y est, les capacités de réanimation chez vous sont atteintes par les malades Covid. Jean Castex, Premier Ministre, le 24 septembre dans « Vous avez la parole » sur France 2.

Graphique cartonné entre les mains, le Premier ministre justifie sur France 2 les mesures de restrictions prises pour les Bouches-du-Rhône, courbes à l’appui. 

Courbes qu’il faut aplatir, aplanir, infléchir. Ces courbes épidémiologiques ont envahi le débat public depuis des mois.

A l’heure de présenter le budget pour l’an prochain, elles conditionnent aussi les courbes des économistes qui font des prévisions. 

Ces prévisions sont indispensables à la gestion publique. De la croissance du PIB en 2021, dépendent les recettes que l’Etat percevra, ce qui conditionne ses dépenses, et ses emprunts. Or les prévisions n’ont jamais été aussi incertaines. 

Comment on rentre la crise Covid dans un modèle de prévisions ? C’est une très bonne question, parce qu’on n’a pas une équation « contamination ». On n’a pas un modèle épidémiologique dans le modèle Opale.
Agnès Bénassy-Quéré, chef économiste à la direction du Trésor à Bercy.

La direction du Trésor est celle qui fournit au Ministère des finances les prévisions pour le budget et Opale c'est le nom du modèle macro-économique qui lui permet de faire ses prévisions (pour info, Mésange, c’est le nom du modèle qui permet de faire des simulations. Je lui ai déjà consacré une bulle).  

A lire/ écouter : Quand Mesange prédit l’avenir de nos finances 

En temps normal, les incertitudes les plus grandes pour les prévisionnistes sont l’environnement international (le prix du baril de pétrole, la croissance des autres pays) le comportement des ménages et des entreprises. 

Aujourd’hui, la crise sanitaire écrase tout. Jamais le brouillard n’a été aussi épais. 

"Le plus sage serait de ne pas faire de prévisions", écrit Agnès Bénassy-Quéré dans un billet intitulé "La croissance au bout du tunnel" publié cette semaine, mais faire sans, ce serait naviguer à vue en pleine tempête. 

Les prévisionnistes du Trésor ont donc entré, à la main dit-elle, des hypothèses de précaution dans le modèle (épargne, attentisme), et ils ont dû partir d’une hypothèse majeure et elle aussi très incertaine : il n’y aura pas de reconfinement ni en 2020, ni en 2021. 

Cette décision dépendant du gouvernement, on peut se dire qu’il la maîtrise. Ou plutôt la maîtrisait. 

La courbe que le Premier ministre a montré pour les Bouches du Rhône cette semaine, en disant "c'est une projection implacable", comment éviter qu’elle ne devienne valable pour la France entière ?  Aujourd’hui, la question se pose. 

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Le gouvernement n’a pas beaucoup de levier d’action. A court terme, il n’en a qu’un : jouer sur les interactions sociales. 

Ces interactions sont l’une des variables du modèle épidémiologique sur lequel s’appuie l’Institut Pasteur qui a fourni la courbe au Premier ministre. 

Susceptible Infecté Retiré

Ce modèle, nommé SIR, a été utilisé pour éradiquer la variole il y a un siècle. Il n’est donc pas tout jeune, mais il a prouvé son efficacité. Ici un article qui le décrit

Son point de départ, très simple, divise la population en trois catégories : 

  • S : susceptible d’être infecté,
  • I : infecté, 
  • R : removed en anglais ou retiré, car immunisé ou décédé. 
  .
. Crédits :

S I et R évoluent en fonction du taux de rémission, et du taux de transmission. En l’absence de solution médicale reconnue, à court terme, le gouvernement ne peut qu’agir sur le taux de transmission… qui dépend des interactions sociales. 

Modèle SIR adapté à la crise du Covid 19.
Modèle SIR adapté à la crise du Covid 19. Crédits : Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques

L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques a consacré à ce modèle 14 pages faciles à lire dans une note publiée en avril. Le problème de ce modèle, écrit cet office, c'est qu'il « mésestime la complexité des interactions entre les individus ». 

Dès qu’on modélise les comportements humains, il y a un risque. Pendant le confinement, c’était facile de prévoir les interactions sociales, elles étaient limitées à leur strict minimum. A la sortie, on est passé en terrain inconnu.
Laurent Dumas, professeur de Mathématique à Versailles qui a étudié le modèle SIR appliqué au Covid 19, dans cet article et la vidéo ci-dessous

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Comment prévoir si les gestes barrières et les distanciations sociales seraient par tous et toutes, et tout le temps respectés ? Si vivre avec le Covid-19 nous rendraient précautionneux ou imprudentes ? 

On a plus de recul aujourd’hui, plus de connaissances sur le Covid-19, et les courbes produites par le modèle SIR sont donc plus implacables qu’elles ne l’étaient auparavant, mais à Marseille, clairement, la réponse graduée ne passe pas. 

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La police municipale a d'autres missions que celle de verbaliser des commerçants qui n'ont fait de mal à personne. C'est un soutien fort aux restaurateurs qui sont en souffrance, en détresse. Je n’appelle pas à la désobéissance. J’appelle tout simplement à la résistance civique. Samia Ghali, maire de Marseille

A toutes les incertitudes déjà mentionnées, vient dorénavant s’en rajouter une autre pour le gouvernement : l’acceptation sociale et politique de ses mesures de restrictions. 

L’ironie de la situation, c’est que c’est au nom de la sauvegarde de l’économie, qu’élus et restaurateurs marseillais contestent le seul levier d’action dont dispose le gouvernement pour limiter la propagation de l’épidémie, alors que le gouvernement prend ces décisions limitées dans l'espoir d'éviter un confinement généralisé et donc un chaos économique national. 

Dire qu’il se retrouve sur la corde raide au moment de présenter son budget, n’a jamais été aussi vrai. 

Marie Viennot

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