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Conséquence du Brexit, l'orchestre des jeunes de l'Union Européenne (EUYO) a quitté Londres pour Rome et Ferrara cette année.

Culture et Brexit: déjà des effets (mais le pire est à venir)

3 min
À retrouver dans l'émission

Le vote en faveur du Brexit a déjà eu des effets dans le domaine culturel outre-manche. Des orchestres sont partis, des projets ont été abandonnés, des collaborations annulées... Rien cependant à côté de ce qui risque d'arriver après 2020, date ultime de départ des britanniques de l'UE.

Conséquence du Brexit, l'orchestre des jeunes de l'Union Européenne (EUYO) a quitté Londres pour Rome et Ferrara cette année.
Conséquence du Brexit, l'orchestre des jeunes de l'Union Européenne (EUYO) a quitté Londres pour Rome et Ferrara cette année. Crédits : ALESSANDRO DI MEO - Maxppp

S'il est un milieu dans lequel on ne voulait pas du Brexit outre manche, c'est bien celui de la culture.   

La Fédération des industries créatives britanniques rappelle régulièrement ce chiffre: 96% de ses membres voulaient rester dans l'Union Européenne. 

Dans un épais rapport, cette Fédération (qui représente aussi le jeux vidéo, la publicité, l'architecture, le design) liste 4 avantages à être dans l'Union européenne.   

  1. la liberté de mouvement des talents et des compétences
  2. l'accès aux subventions européennes
  3. les règles commerciales et d'investissement
  4. le cadre réglementaire (règle de copryright, lutte contre le piratage)

Les parlementaires britanniques ont eux aussi sondé l'impact du Brexit sur le secteur culturel (ainsi que le numérique et le tourisme), mais deux ans après le vote LEAVE, il est encore trop tôt pour connaitre les contours de la coopération culturelle à venir entre la Grande Bretagne et l'Union Européenne.   

Tout va dépendre de négociations qui n'ont pas encore commencé. Pour la culture et les arts (comme pour les autres domaines), le Brexit n'a pas eu lieu, mais le vote du 23 juin 2016 a quand même déjà eu des effets bien concrets.   

L'intox Game Of Throne

Pour commencer, dissipons un doute. Contrairement à ce qui avait été annoncé par The Independant à deux jours du vote, la série Game Of Thrones ne quittera pas l'Irlande Du Nord. Les producteurs américains devront sans doute renoncer aux aides qu'ils recevaient de l'Union européenne, mais peu leur importe, ils l'ont déjà dit. Et pour eux, le vote en faveur du Brexit a même eu l'avantage de faire chuter la livre, ce qui a réduit le cout de leur tournage nord-irlandais.      

A l'inverse, la baisse de la livre sterling a renchéri tous les programmes et spectacles achetés pour être distribués en Grande Bretagne.   

On a du négocier les contrats en tirant les cachets vers le bas pour boucler nos budget. Depuis la crise financière, il y a de moins en moins d'argent public pour la culture, alors ça n'aide pas. Karine Decorne, créatrice de migrations.uk, une organisation qui fait venir des spectacles du monde entier au Pays de Galles.

Austérité oblige, le budget "Culture-médias", qui en Grande Bretagne est commun au budget Sport n'a fait que baisser outre manche. Ironie du sort, le budget consacré à négocier le Brexit est aussi important (1.5 billions pounds).  Les crédits alloués par l'Etat à la culture, aux médias et au sport pèsent moins de 0.5% du budget britannique.  C'est 1% en France (si on ajoute aussi le budget de la culture à celui du sport).   

Dans ce contexte, comment le secteur culturel britannique pourra-t-il se passer des aides versées par l'Union Européenne?   

Ces aides prennent diverses formes: des subventions versées par différents programmes: Creative Europe, Horizon 2020, les fonds européens de développement régional, le fond social européen, et la fondation européenne pour la culture.  Leeds, Belfast, Nottingham, Dundee ont déjà du renoncer à leur espoir d'être choisie comme Capitale européenne de la culture en 2023.    

Divers rapports rendent compte de l'importance des crédits alloués par l'Union Européenne à la Grande Bretagne dans le secteur de la création.  

Entre 2014 et 2016, Creative Europe a financé 283 organisations et médias britanniques et aidé la distribution de 115 films britanniques dans d'autres pays européen. Avec 57 millions d'euros touchés entre 2014 et 2016, la Grande Bretagne représente 11% des crédits alloués jusqu'à maintenant.    

Un autre rapport donne lui le chiffre de 40 millions de livres par an versé en moyenne entre 2007 et 2016. Cela peut paraitre peu, mais ces financements servent souvent d'amorce pour récupérer d'autres financements, et établir des partenariats.    

Les petites structures qui proposent un accès gratuit à de nouvelles formes d'art, non officiel, moins élitiste, sont celles qui ont le plus à perdre, et avec elles les centaines de milliers de personnes qui assistaient à leur spectacle, mais si le pire est à venir, ce n'est pas à cause du manque d'argent.   

Retour à une culture insulaire?

Pour le moment, que l'on vienne donner un concert unique, 10 spectacles de danse ou travailler en permanence outre manche, aucun visa de travail n'est nécessaire quand on est européen. De la même façon, les artistes et compagnies britanniques peuvent s'exporter sur tout le continent sans contrainte.  A l'avenir, il faudra faire des demandes de visa individuels, payer ces visas, passer des heures à remplir des papiers. Cela va prendre plus de temps et couter beaucoup plus cher. La compagnie de cirque de Cardiff a calculé qu'une tournée aux USA, lui coutait, pour cette raison, 53 000 euros de plus qu'une tournée en Europe.   

L'orchestre que vous entendez dans la version radio de la bulle, le European Union Baroque Orchestra a lui carrément quitté la Grande Bretagne l'an dernier pour s'installer en Belgique. Pour justifier ce départ, la direction de l'orchestre évoque avant tout, les restrictions à venir à la liberté de circulation entre la GB et le continent.  

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Un autre orchestre l'a suivi cette année, mais pour une autre raison. Composé de 120 musiciens sélectionnés dans les pays de l'UE, le "European Union Youth Orchestra" a été créée en 1976 pour incarner l'idéal européen et favoriser les échanges entre jeunes musiciens.  C'est un Britannique qui a eu l'idée de le créer, et depuis 40 ans l'orchestre était à Londres. Depuis cette année, bye bye London, bonjourtalie. L'orchestre et tout son personnel viennent de déménager à Ferrara et Rome. Bientôt, l'orchestre n'accueillera plus de jeunes britanniques.     

Si un festival allemand hésite entre un spectacle anglais ou estonien, demain, il aura tout intérêt à choisir l'estonien. Les coopérations vont être plus difficiles. Nous allons nous refermer sur nous même. Judith Knight, directrice de Artsadmin.

Quid du passeport européen audiovisuel

Spectacle vivant, art visuel, design, jeux vidéos, cinéma, publicité, média, le désastre post-brexit est annoncé dans tous les secteurs de la création. Le site freemovecreate met en ligne de très nombreuses études sur les conséquences du Brexit au fur et à mesure de leur publication. Il y aurait de quoi faire de très nombreuses autres bulles économiques!     

L'un des secteurs les plus menacés par la sortie de l'Union Européenne, c'est le secteur audiovisuel. Comme pour la finance, la Grande Bretagne est la porte d'entrée de centaines de chaines extra-européennes qui diffusent ensuite librement leur programme dans toute l'Europe.  

Ce passeport européen audiovisuel, la première ministre britannique veut le conserver à l'avenir, mais les capitales continentales qui lorgnent discrètement sur ce marché ne se laisseront pas faire. La bataille du passeport européen audiovisuel n'a pas encore été annoncée, mais elle aura bien lieu.    

Marie Viennot

Ci-dessous, la vidéo d'une installation que Migrations.uk a fait venir au Pays de Galles. 

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