LE DIRECT
49% de la pate à papier importée en France vient du Brésil, l'eucalyptus y pousse en 7 ans, contre 13 ans en Europe du Sud.

Du bois au livre: halte au gaspillage!

3 min
À retrouver dans l'émission

Quid du développement durable dans la filière du livre? Quand un quart (voire plus) de la production part au pilon, il y a des questions à se poser.

49% de la pate à papier importée en France vient du Brésil, l'eucalyptus y pousse en 7 ans, contre 13 ans en Europe du Sud.
49% de la pate à papier importée en France vient du Brésil, l'eucalyptus y pousse en 7 ans, contre 13 ans en Europe du Sud. Crédits : NELSON ALMEIDA - AFP

Si vous en avez un à portée de main, prenez un livre. Un livre de poche ou un grand mais un livre en noir et blanc. A la dernière page, vous trouverez le lieu d'impression, mais savez-vous quel bois vous avez entre les doigts, quelle essence, et où elle a poussé?

Non, vous ne le saurez pas. Au mieux vous trouverez un logo "imprim vert, FSC ou un logo représentant trois arbres sur un livre et attestant les fibres certifiées de l'ouvrage". Mais comme tous les labels, ceux là ont aussi leur défaut, et on les trouve de plus en plus rarement sur les livres, remarque un libraire selon qui les éditeurs ont du se dire que la gestion durable des forêts n'était finalement pas un argument de vente.

30 cartons de 20 kilos par semaine

Des cartons remplis de livres comme celui qu'on entend dans la chronique parlée, ce petit libraire en reçoit 30 par semaine. 20 kilos en moyenne. Octobre est le mois le plus chargé, car on est encore dans la rentrée littéraire. Or celle de cette année a dépassé toutes les précédentes. Presque 600 romans publiés.

Inonder le marché, remplir les rayonnages (quitte à en détruire après plus d'un quart), c'est la stratégie de l'édition, une stratégie de l'offre.

En période de rentrée littéraire, c'est même 80% des sorties qui partent au pilon, selon un éditeur, mais de chiffres officiels sur cette destruction vous ne trouverez pas. Le syndicat national de l'édition ne les donne pas dans son rapport 2016.

Ce qui est certain, c'est que cette logique de surproduction a un cout, environnemental et sociétal, mis en lumière par un rapport publié cet automne qui fait le lien entre le livre que vous avez dans les mains, et le bois qui est sa matière première.

Car avant d'être livre, le livre que vous avez entre mes mains était papier, avant d'être papier, pâte à papier, et avant cela encore, mélange de bois, le plus souvent, eucalyptus, acacia et pin.

Nous sommes maintenant dans une forêt d'Eucalyptus que l'on scie. L'eucalyptus c'est la touche blanche du papier, et c'est depuis 15 ans ans devenu l'or vert du Brésil... La bas, il faut seulement 7 ans pour qu'il arrive à maturité. Ceux d'Europe du Sud mettent 13 ans, eux, à pousser.

Eucalyptus, le nouvel or vert du Brésil

Les couts de transports maritimes étant toujours plus bas, l'eucalyptus brésilien est devenu un composant majeur du livre dans le monde entier et en France en particulier. C'est un phénomène récent, difficilement mesurable, l'institut BASIC qui a écrit le rapport estime que 49% de la pâte à papier importée en France est brésilien.

Or si en France, les 10 usines qui en fabriquent encore ont amélioré leur impact environnemental en limitant leur consommation d'eau et leurs rejets, au Brésil, le contrôle est beaucoup plus laxiste. Et c'est ce laxisme que nous importons aussi.

  • Le Brésil est le premier pays du monde à avoir autorisé l'usage commercial de l'eucalyptus transgénique.
  • Il utilise du glyphosate pour le faire pousser plus vite.
  • Ses grands groupes utilisent des terres qui servaient à l'agriculture nourricière pour étendre leurs plantations, ce qui participe in fine à la déforestation.
  • Indirectement donc, la culture de l'eucalyptus contribue à la déforestation, ceux qui n'ont plus de terre à cultiver se reportant sur la forêt amazonienne.

Il y aurait encore de terribles choses à dire sur le sujet, mais votre livre potentiellement brésilien transgénique et "glyphosaté" vous est déjà tombé des mains... et vous vous dites peut-être, comme l'a fait le syndicat national de l'édition à la publication de cette étude, qu'il ne faut pas accabler le livre de tous les maux. 1 parce qu'il n'est responsable que de 5% de la consommation de papier en France, et 2 parce que le livre n'est pas un produit comme les autres.

"la littérature ne représente que 30 % de la production de livres, qui elle-même ne pèse que 5 % de la consommation papier en France », a réagit le syndicat national de l'édition écrit Télérama.

Comme les autres non, mais il n'en a pas moins une empreinte physique, carbone notamment. Or c'est la dernière mauvaise nouvelle de cette chronique, l'eucalyptus émet plus de carbone qu'il n'en récupère... ce qui n'est pas une excuse pour les couper, comme le dit cette chanson.

Marie Viennot

L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......