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Le pétrole : toujours subventionné et toujours rentable

Énergies fossiles : le monde d'après c'était avant

3 min
À retrouver dans l'émission

Les pays du G7 vont se retrouver la semaine prochaine au Royaume-Uni pour parler de climat, alors qu'un rapport révèle que les subventions aux industries dépendantes des énergies fossiles ont été plus élevées que pour les énergies renouvelables pendant la crise sanitaire.

Le pétrole : toujours subventionné et toujours rentable
Le pétrole : toujours subventionné et toujours rentable Crédits : Odilon Dimier - Maxppp

Souvenez vous, c'était il y a seulement un an : chroniqueurs, analystes, économistes et surtout politiques, juraient qu'on ne les y reprendraient plus : la crise sanitaire était aussi une crise environnementale, et elle avait prouvé qu'il fallait changer beaucoup plus vite notre fusil d'épaule si l'on voulait, sinon réparer la planète, du moins l’empêcher de se dégrader trop vite. Et les plans de relance lancés dans la foulée promettaient de laver plus vert.  

Un an avant, c'était il y a longtemps

Un an plus tard qu'en est il ? On s'en doutait un peu, les nations composant le G7 , qui se réunit la semaine prochaine sur le sujet, ont dépensé plus de milliards d'euros dans les énergies fossiles que dans les énergies renouvelables. Précisément : 189 milliards de dollars injectés  dans le pétrole, le gaz et le charbon contre 147 milliards dans les énergies propres Et ce entre Janvier 2020 et mars 2021, c'est à dire pendant tout le temps de la pandémie. 

C'est en tout cas ce que pointe un rapport publié par trois ONG anglosaxonnes : Tearfund,  l'International Institute for Sustainable Development et l'Overseas Development Institute. Leur analyse  démontre qu'en plus du fait d'avoir fourni bien plus d'aides aux secteurs très dépendants et utilisateurs d'énergies fossiles, ces aides ont été fournies le plus souvent sans garanties ou conditions de réduction de leurs émissions. Toujours selon ces ONG, sur 10 dollars dépensés pour ces industries, 8 étaient données sans conditions. Exemple le plus frappant : l'argent dépensé pour l'aéronautique et l'automobile : 115 milliards de dollars distribués à ces deux industries par les pays du G7. Des renflouements sans conditions ou presque pour Air France, British Airways, Ryanair, easyJet, Lufthansa, Japan Airlines, Alitalia, Renault Honda...qui tous promettent de se verdir dans les années à venir, en demandant simplement qu'on leur fasse confiance.

Quant au Canada et aux Etats-Unis, leurs aides directes au secteur du pétrole et du gaz s'est accompagné d'un allégement des contraintes environnementales.

Toutes mesures confondues, le Royaume Uni est le plus mauvais élève, malgré les récentes décisions prises par le gouvernement, de cesser tout financement d'énergie fossile à l'étranger. L'étude pointe par ailleurs que les pays du G7 ainsi que les quatre autres nations invitées pour le prochain somme (L'Inde, l'Australie, la Corée du Sud, l'Afrique du Sud) représentent 10% de la population mondiale....mais un quart des émission de CO2.

Le moment ou jamais

Alors est-il encore temps de redresser la barre, la crise sanitaire s'éloignant ? Les ONG misent sur la réunion du G7 en Cornouailles la semaine prochaine, pour se repencher sur le sujet. Les organisateurs de ce G7 constatent d'ailleurs eux même que -je cite- le monde se trouve à « un moment critique » et que cette réunion représente« un dernier espoir » dans la lutte pour préserver le climat.  

Nul doute que les États font faire assaut de belles paroles à ce sujet. Mais leurs multinationales les plus polluantes sont elles dans le même état d'esprit ? Rien n'est moins sûr...

Un seul exemple, mais il est parlant : la semaine dernière l'Agence Internationale de l’Énergie, estimait que si l'on voulait ne serait ce qu'espérer limiter le réchauffement climatique à 1,5 degrés, il fallait renoncer immédiatement à tout nouveau projet d'exploration pétrolière ou gazière. Quelques jours après l'une des quatre majors les plus polluantes de la planète, la française Total, faisait voter en Conseil  d'administration une résolution soi disant verte, actant la conduite de plusieurs projets d’extraction pétrolière et gazière (Nigeria et Arctique notamment). "C'est pour financer l'investissement dans le renouvelable", plaidait Total qui se faisait du même coup renommer Total Energie. L'illustration criante du fossé béant, et qui ne semble cesser de s'agrandir, entre les paroles et les actes, entre ce qu'il faudrait faire et ce qui est fait.  

Bref le monde d'après...c'était avant.  

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