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Quand Facebook a dévoilé son projet Libra, il prévoyait qu'il serait opérationnel au premier semestre 2020, mais il y a peu de chance que la Libra (si elle voit le jour) soit disponible dans six mois

Facebook / Libra : un grand coup de pied dans la fourmilière monétaire

3 min
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Avec son projet de crypto-monnaie, Facebook oblige les autorités monétaires à faire évoluer leurs régulations, se coordonner, et même reconnaître les défaillances du système actuel. Merci Facebook ?

Quand Facebook a dévoilé son projet Libra, il prévoyait qu'il serait opérationnel au premier semestre 2020, mais il y a peu de chance que la Libra (si elle voit le jour) soit disponible dans six mois
Quand Facebook a dévoilé son projet Libra, il prévoyait qu'il serait opérationnel au premier semestre 2020, mais il y a peu de chance que la Libra (si elle voit le jour) soit disponible dans six mois Crédits : SYLVIE CAMBON - Getty

C'est une courte vidéo. Fax, premier ordinateurs, connexion antique à Internet... c'était le monde d'avant, explique Facebook pour présenter Libra, sa crypto monnaie.     

La technologie a révolutionné le monde, dit la vidéo mais elle n'est pas allée jusqu'au bout.    

Pourquoi est-ce si simple d'envoyer des photos dans le monde entier et pas de l'argent ?  

La question est simplissime, pertinente et justifiée.   Aujourd'hui si on veut transférer de l'argent dans un autre pays, il faut passer par des intermédiaires patentés, ce qui coûte, et prend du temps. Aujourd'hui tout le monde n'a pas accès à des services financiers.   

A lire / écouter : Blockchain :  comprendre ce que pourrait changer cette révolution numérique

Grâce aux nouvelles technologies s'appuyant sur la blockchain, LIBRA veut être : "une nouvelle monnaie mondiale pour un monde digital", pour que l'argent "marche pour tout le monde" poursuit la vidéo. Ici, le Livre Blanc tel qu'il a été publié en juin 2019 pour présenter Libra.  

S'il faut bien évidement douter des intentions philanthropiques du patron de Facebook Mark Zuckerberg, en revanche, personne ne peut lui rétorquer, "non, non, tout va bien dans le système monétaire actuel".  

Le rapport que vient de rendre Benoit Coeuré, l'ancien numéro 2 de la BCE, sous l'égide de la Banque des Règlements Internationaux cette semaine à Washington, admet, qu'il faut améliorer la gestion des paiements internationaux, promouvoir "l'inclusion financière", et améliorer la coordination. Ce groupe de travail appelle à un "haut niveau de coordination et de collaboration des ministres de finance, des banques centrales, des organisations internationales", mais il ne recommande pas de rejeter d'emblée la Libra, ou tout autre projet semblable.

Alors pourquoi tant d'inquiétudes dans les hautes sphères financières et monétaires ?  

1600 crypto-monnaies 1 la Libra

Les autorités ne découvrent pas les crypto-monnaies, mais depuis 10 ans qu'elles existent, leur usage est resté confidentiel. Libra, c'est autre chose, car derrière, il y a les 2 milliards et demi d'utilisateurs de Facebook. D'un coup on change d'échelle. Libra est un potentiel concurrent, non pas du bitcoin, mais du dollar et de l'euro.  

En plus, Libra n'est pas une vraie crypto-monnaie. Contrairement au Bitcoin, son algorithme ne serait pas au début ouvert à tous et toutes mais administré par un consortium d'entreprises privées. Elles sont 21 aujourd'hui, Libra vise 100 membres à terme. On est loin d'un projet open source, décentralisé et potentiellement désintéressé. 

A ce stade, Libra fait de l'ouverture de sa blockchain un objectif affiché, mais son livre blanc ne dit pas quand, et comment on passera d'une blockchain "avec permission" à une "blockchain ouverte. Les afficionados des crypto-monnaies sont aussi très sceptiques, et ont déjà lancé un contre projet à Libra, nommé Open Libra.     

Enfin, Libra se veut une monnaie numérique stable. Sa valeur serait indexée sur un panier de devises existantes, Libra prévoit donc d'accumuler des réserves dans diverses monnaies pour maintenir un taux de change stable. Très dangereux pour le ministre des finances français.  

Il suffira que Facebook décide d'avoir plus d'euros ou plus de dollars pour avoir un impact sur le niveau de change de l'euro ou du dollar et donc un impact direct sur le commerce, l'industrie, les Etats qui ont comme monnaie de référence l'euro ou le dollar. Bruno Le Maire, ministre des finances depuis Washington le 18 octobre.

Moins volatile que le bitcoin, la Libra pourrait être utilisée comme moyen de paiement et même comme monnaie de réserve.   

Que deviendraient les banques centrales, elles qui peinent déjà à avoir un effet sur l'économie réelle, si une grande partie de la masse monétaire mondiale se retrouvait sous gestion de Facebook et son consortium ?  Quid de la lutte contre le blanchiment d'argent ? De la collecte des taxes ? De la gestion des crises ? Quid de la sécurité des données financières ? Du droit à la vie privée... et à l'oubli ???     

Les autorités monétaires au pied du mur

"Beaucoup de drame est fait autour de notre projet Libra en public, explique Mark Zuckerberg à ses salariés dans un enregistrement qui a fuité, mais en réalité, les discussions que nous avons avec les régulateurs, celles qui ne se passent pas devant les caméras, sont beaucoup plus substantielles, or c'est là que les détails sont discutés". Ici le lien vers la fuite diffusée par The verge.    .   

The public things, I think, tend to be a little more dramatic. But a bigger part of it is private engagement with regulators around the world, and those, I think, often, are more substantive and less dramatic. And those meetings aren't being played for the camera, but that's where a lot of the discussions and details get hashed out on things. Mark Zuckerberg, en réponse à des questions de salariés de Facebook

Ces discussions, Libra les mène d'abord avec les autorités suisses. C'est à Genève qu'a été créée cette semaine l'association regroupant ses membres fondateurs, et c'est à Bern, à l'autorité de régulation des marchés helvétiques, la Finma, qu'elle a présenté son projet pour un premier avis. Pour la Finma, Libra pourrait être considérée comme un système de paiement, mais avec des risques additionnels, et donc des exigences additionnelles. Ce n'est qu'une évaluation préalable, pas un agrément.      

Libra a le mérite de mettre les régulateurs monétaires au pied du mur : à projet mondial, réponse mondiale, or cette approche fait cruellement défaut pour les crypto-monnaies. Les pays du G7 sont surtout d'accord sur un principe : pas d'autorisation tant que la régulation n'est pas adaptée aux risques.    

Mais parmi eux, il y a la France, l'Italie, et l'Allemagne qui disent ouvertement : la Libra est une atteinte à notre souveraineté monétaire, elle n'est pas la bienvenue chez nous. Le ministre des finances français s'expose d'ailleurs tout particulièrement sur ce dossier. Il a publié cette semaine une tribune dans le Financial Times.     

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Dans les pays du G7, il y a aussi la Grande Bretagne, qui par la voix de son banquier central Mark Carney trouve au contraire que la Libra, ou tout autre projet de monnaie stable numérique, pourrait être une alternative à la domination internationale du dollar.    

Les Etats Unis pour le moment auditionnent les cadres dirigeants de Libra. Mercredi prochain 23 octobre, Mark Zuckerberg témoignera devant la commission des finances de la Chambre des représentants.   

Il est normal que les régulateurs soient attentifs, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous avons annoncé le projet Libra un an avant son lancement, nous avions bien conscience qu'il fallait travailler avec les régulateurs. Mais si, par exemple, la Banque centrale européenne nous refuse malgré tout le droit d'opérer en Europe, nous ne nous y déploierons pas, nous n'avons pas vocation à jouer les pirates, nous respectons la législation. Bertrand Perez, directeur général de l'association Libra lancée par Facebook dans une interview à l'AFP en septembre 2019.

Un éléphant dans le bac à sable

Benoit Coeuré, l'ancien numéro 2 de la BCE qui a coordonné le groupe de travail qui a rendu son rapport à Washington sur "l'impact des monnaies stables numériques mondiales", reconnait que "jusqu'à maintenant, les régulateurs ont eu une approche bac à sable de ces innovations financières, car elles étaient à une petite échelle. On pouvait donner sa chance à un projet, et se dire qu'on saurait réagir s'il était porteur de risque. Maintenant, nous avons un éléphant dans le bac à sable, cette approche ne marche plus".    

Que faire de l'éléphant Libra ? Quelles contraintes lui imposer ? Faut-il l'arrêter ? Est-ce possible ? Voilà encore un sujet qui requiert une coordination mondiale, les autorités monétaires mondiales en sont-elles capables ?   

Marie Viennot

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