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82 pays ont fait appel en urgence au FMI depuis mars 2020 et le début de la pandémie. Le FMI leur a prêté 102 milliards de dollars (au 11 novembre)

Faillites des pays pauvres : la crise qui vient

4 min
À retrouver dans l'émission

Les pays du G20 annoncent une solution commune pour la restructuration de la dette des pays les plus pauvres dont les finances se sont encore détériorées avec la crise du covid. Insignifiant au regard des besoins dénoncent les ONG. Revue du verre à moitié plein, et à moitié vide.

82 pays ont fait appel en urgence au FMI depuis mars 2020 et le début de la pandémie. Le FMI leur a prêté 102 milliards de dollars (au 11 novembre)
82 pays ont fait appel en urgence au FMI depuis mars 2020 et le début de la pandémie. Le FMI leur a prêté 102 milliards de dollars (au 11 novembre) Crédits : FMI

Cette semaine encore, les Angolais ont manifesté contre la pauvreté et la corruption étatique. Pacifique mais interdit pour des raisons sanitaires, le rassemblement a été dispersé par la police angolaise qui a tiré à balles réelles. 

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L’Angola est un pays riche en ressources minières et pétrolières. La majorité de la population vit avec moins de 700 dollars par an (2 dollars par jours). Pourtant, quand on calcule le Produit intérieur Brut du pays par habitant, on trouve 2800 dollars, 4 fois plus. 

C’est un pays très endetté aussi. Comme 45 autres pays, l’Angola a demandé à bénéficier du moratoire accordé par les pays du G20 aux pays les plus pauvres en avril, ce qui lui permet de suspendre ce qu’il doit à ces pays pendant un an. 

Ce dispositif nommé DSSI n’est pas une annulation de dette, et son effet sera très limité a calculé une ONG européenne EURODAD dans un document intitulé : L’Initiative de suspension du service de la dette du G20 : écoper le Titanic avec un seau ?

L’Angola a aussi touché le plus gros prêt d’urgence débloqué par le FMI depuis la crise sanitaire. Et il négocie en ce moment avec la Chine, qui est son principal créditeur. 

On ne sait rien sur ces négociations, mais il y a, si on regarde le verre à moitié plein, un espoir qu’elles ne ressemblent pas aux précédentes. 

Un accord historique

Les pays du G20 viennent de s’accorder sur un cadre commun pour les restructurations de dette à venir, et même la Chine a accepté ce cadre. 

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Il impose notamment aux pays qui demandent à renégocier leur dette de mettre tous leurs créanciers sur un pied d’égalité, pour qu’aucun ne fasse plus de concession qu’un autre. On appelle cela "une clause de comparabilité". 

Finis, possiblement, les accords bilatéraux douteux, par lequel un créancier peut exiger un port, une concession minière, un marché, des taux d’intérêts prohibitifs… en échange d’un rééchelonnement de dette.  

Voilà pourquoi, l’accord trouvé par les pays du G20 est historique, s’enthousiasme Bercy. Jusque-là, il n’y avait que le Club de Paris, un groupe de 22 pays créanciers à s’être mis d’accord sur des règles communes. Or depuis la création de ce club totalement informel en 1956, le monde a bien changé. 

La Chine est devenue le premier créancier des pays pauvres, et de l’Afrique en particulier. Entre 2000 et 2017, 143 milliards de dollars partis de Chine ont financé via les « routes de la soie », des ponts, stades, hôpitaux africains, dans des conditions opaques. Aujourd’hui, la Chine concentre 63% des dettes dues aux pays du G20 selon la Banque mondiale. 

Que Pékin s’associe à d’autres capitales alors qu’une crise de la dette se profile pour les pays du Sud, c’est une avancée. Mais cela parait presque trop beau pour être vrai. 

Quoi ?  Dorénavant, les négociations pour rééchelonner une dette seraient transparentes ? Les paramètres discutés conjointement ? Tous les créditeurs informés des discussions que mène un pays aux abois avec ses autres créanciers, le privé compris ? 

On jugera sur pièce, si on y arrive. D’ici là, il y a déjà de quoi voir aussi le verre à moitié vide. 

Liste des 82 pays qui ont fait appel au FMI depuis mars 2020
Liste des 82 pays qui ont fait appel au FMI depuis mars 2020 Crédits : FMI

… mais un accord limité et non contraignant

D’abord tous les pays surendettés ne sont pas concernés par le cadre du G20. Seulement les plus pays les plus pauvres, les 73 déjà éligibles au moratoire d’avril. Exclus, le Soudan, l'Érythrée, le Zimbabwe et la Syrie car ils ne sont pas à jour de leurs paiements au FMI. Exclus aussi les pays à revenus intermédiaires, même s’ils frôlent déjà la faillite, comme l’Argentine et le Liban. Avoir besoin de ressources financières, ce n’est donc pas le premier critère. 

A lire / écouter : Argentine, Liban, Brésil, Iran... quand la crise du covid s'ajoute à la crise

Ensuite, le texte de l’accord lui-même soulève des doutes. On y lit que le document qui recensera les paramètres clés du cadre commun, sera non contraignant juridiquement. Alors de quel engagement parle t-on ? 

The key parameters will be recorded in a legally non-binding document, named “Memorandum of Understanding” (MoU), to be signed by all participating creditors and by the debtor country. (TRAD) Les paramètres clés seront enregistrés dans un document juridiquement non contraignant, nommé «Memorandum of Understanding» (MoU), à signer par tous. Extrait de l’accord du G20.

Troisième limite, on ne sait pas encore qui suivra les accords passés par les pays du G20 avec leur créditeurs pour vérifier que le cadre commun est respecté. La coordination affichée n’a pas de coordinateur pour le moment. Elle est en outre temporaire, limitée à la durée de la crise sanitaire.  

Première faillite covid : la Zambie

Quant aux créanciers privés, ils détiennent la majorité de la dette du pays du sud, qu’ils soient associés au cadre commun annoncé par le G20, c’est une nécessité, mais est-ce possible de le leur imposer ? 

Un gouffre risque de séparer les annonces de la réalité. Depuis le début de la crise sanitaire, les créanciers privés se sont montrés peu enclins aux concessions. Ils viennent d’ailleurs de refuser les demandes de moratoire que leur avait fait la ZAMBIE, et le pays est officiellement en défaut de paiement. 

500 organisations font campagne depuis la mi octobre pour que la dette des pays du sud soit annulée. 

On parle de 3000 milliards de dollars de dette pour 135 pays, or depuis le début de la crise sanitaire les pays riches ont débloqué 11 000 milliards en urgence. 3000 milliards, c’est 2% des créances mondiales. Ce n'est pas un obstacle insurmontable. La dette n’est pas un sujet économique, mais politique. Milan Rivé du CADTM (le Comité pour l’Abolition des Dettes Illégitimes). 

Et de plaider pour que si coordination internationale il doit y avoir sur ce sujet, ce soit plutôt l'ONU que le G20 qui s'en empare. "La dette écrit un militant dans une vidéo postée sur la campagne suscitée, est une pandémie qui tue les pauvres (à voir ici). 

S'il y avait urgence avant, que dire dorénavant...

Marie Viennot

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