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Nord Stream 2 couvre 12 000 kms, et passe par les eaux territoriales de la Russie, la Finlande, la Suède, le Danemark, et débouche en Allemagne.

Gazoduc Nord Stream 2: peut-on faire confiance à l'Allemagne pour défendre les intérêts européens ?

3 min
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Après des années de division, les 28 se sont mis d'accord pour que l'Allemagne mène seule les négociations avec la Gazprom sur le gazoduc Nord Stream 2. La dépendance de l'Union Européenne à la Russie est en jeu.

Nord Stream 2 couvre 12 000 kms, et passe par les eaux territoriales de la Russie, la Finlande, la Suède, le Danemark, et débouche en Allemagne.
Nord Stream 2 couvre 12 000 kms, et passe par les eaux territoriales de la Russie, la Finlande, la Suède, le Danemark, et débouche en Allemagne. Crédits : Jens Buettner - Maxppp

Nord Stream 2 est le projet piloté par Gazprom pour acheminer le gaz de Russie vers l'Europe par les voies maritimes. Le chantier avance de trois kilomêtres par jour, il est censé rejoindre l'Allemagne à la fin de l'année. Dans la bulle parlée, vous entendrez la voix d'un ingénieur russe qui explique, dans l'une des nombreuses vidéos de propagande mises en ligne sur le site de Nord Stream 2,   que ce gazoduc ne sera pas une menace pour l'environnement et la mer Baltique.    

Nord Stream 2, surnommé le "pipeline de Poutine" est un sujet de discorde majeur dans l'Union Européenne.  Ici un très bon résumé. Majeur, mais discret. Depuis trois ans, ce gazoduc joue sa partition souterraine dans toutes les négociations, y compris avec les Américains. Lors de la réunion de l'OTAN l'été dernier, Donald Trump a déclaré qu'avec ce gazoduc l'Allemagne était «prisonnière de la Russie».     

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Cette semaine, l'Union Européenne a trouvé un accord avec les Allemands, car c'est eux qui en Europe jouent cavalier seuls sur ce dossier. (A la mise en ligne de ce papier, le document n'est pas disponible sur le site de la commission).    

A lire et écouter : Entre la Russie et l'Europe, du gaz dans l'eau 

Nord Stream 2, vous allez dire, et le 1 alors? Nord Stream 1 fonctionne depuis 2011, il passe aussi par la baltique, et n'a pas suscité autant de divisions... mais c'était avant l'annexion de la Crimée, l'assassinat de l'ex-espion Russe Skripal à Londres, et les ingérences répétées de Moscou dans les élections américaines et autres...   Bref, la Russie n'est plus un partenaire aussi fréquentable. Mais elle reste un partenaire obligé, car l'Union Européenne lui achète 30% de ses besoins en gaz.

En jeu : l'indépendance de l'UE vis à vis de Gazprom

Disons le tout de suite, l'enjeu n'est pas la sauvegarde de la bio-diversité de la mer Baltique. 

L'enjeu c'est l'indépendance de l'Union Européenne vis à vis de la Russie. Ni plus, ni moins, c'est un enjeu colossal, il est dorénavant officiellement entre les mains des Allemands.   

Les responsables politiques outre-Rhin jurent depuis le début que Nord Stream 2 est un projet purement commercial et qu'étant le point d'entrée du tuyau en Europe, c'est à eux de négocier avec Gazprom. Ainsi en sera-t-il, les 27 autres États de l'Union ont accepté, mais la commission européenne aura un droit de regard sur les négociations et leur résultat.   

L'Union Européenne est déjà dépendante du gaz russe qui couvre 30% de ses approvisionnements et elle le sera de plus en plus car les gisements de Norvège, des Pays Bas et du Royaume Uni sont sur le déclin. Ici une étude récente sur les besoins en gaz de l'UE.  

Le risque avec Nord Stream 2, c'est qu'elle devienne dépendante d'un seul producteur : Gazprom.   La première chose que doit négocier l'Allemagne, c'est la possibilité pour des entreprises tiers d'utiliser le gazoduc Nord Stream 2 et d'y faire passer leur gaz.   

La deuxième c'est la transparence des prix. Gazprom étant à la fois propriétaire et utilisateur du gazoduc, il peut fixer un prix global, sans dire combien c'est pour le gaz, et combien pour son transit, ce qui est risqué pour le consommateur final (c'est à dire nous).  

Selon les textes européens, Gazprom ne peut être à fois gestionnaire du réseau et utilisateur.... mais il y a des possibilités d'exemption à cette règle. Qui en décidera? Le régulateur allemand qui mènera les négociations avec Gazprom. Peut-on lui faire confiance?   

Le doute est permis car depuis le début de ce projet, les intérêts européens n'ont pas fait le poids face aux intérêts allemands.   

A lire : La bataille ouverte du gaz naturel en Europe 

Avec Nord Stream 2, les Russes veulent pouvoir acheminer leur gaz en Europe sans passer sous l'Ukraine. Finis les accords de transit, fini les droits de passage à payer, finie la dépendance à Kiev pour la vente du gaz aux européens. N'ayant plus rien à négocier avec Kiev, Moscou pourra aller au bout de ses ambitions hégémoniques.   

L'Union Européenne ne soutient pas cette stratégie, les Etats-Unis non plus, comme l'a rappelé Mike Pompeo, le secrétaire d'Etat américain lors d'une visite en Pologne.    

Nord stream 2 n'est pas dans l'intérêt de la sécurité des européens, Mike Pompeo.

Régulièrement; les Américains menacent de sanctionner les entreprises européennes  qui ont accepté de co-financer ce projet au côté de Gazprom. Parmi elles Engie, qui a publié cette vidéo pour dire tout le bien qu'il fallait penser de Nord Stream 2.

Crise diplomatique larvée entre les pays de l'Est et l'Allemagne

Tous les pays de l'ancien bloc communistes sont fâchés, et pour longtemps avec l'Allemagne, car Nord Stream 2 va les priver des rentrées économiques liées au passage du gaz russe sous leur sol, et de la protection implicite qui va avec.   

Or tout cela n'a eu jusqu’à maintenant aucun effet. Pour compenser la la réduction du nucléaire et du charbon qu'elle s'est fixée dans sa stratégie énergétique, l'Allemagne a besoin du gaz russe. C'est le moins cher du marché, ce qui est un atout pour les industriels allemands. Qu'il n'y ait pas "d'aléa ukrainien" pour le transport de ce gaz, oui, l'Allemagne y a tout intérêt.   

Mais quand on est si intéressé, a-t-on les moyens de négocier ?  

Autrement dit, l'Allemagne est-elle vraiment en capacité d'arracher des concessions à Gazprom comme l'espèrent les européens ?   

Comment se comporteront les négociateurs allemands quand ils seront face à l'ancien chancelier Gérard Schröder qui aujourd'hui défend les intérêts de Nord Stream 2 ?   

Quels engagements Gazprom demandera à l'Allemagne lors de ses négociations ? Seront-ils publics ?   

Finalement, dans quel camp joue l'Allemagne sur ce dossier et d'autres ? Le sien, celui des Russes ou de l'Union Européenne ?   

Que ces questions soient légitimes, c'est un vrai problème pour la cohésion de l'Europe, car quelle que soit la réponse, le doute agit déjà comme un poison entre les européens. Avant même que ce gazoduc ne soit opérationnel, avant même les négociations qui s'ouvriront sur son statut juridique, il a réussi à diviser durablement l'Union Européenne.    

Marie Viennot

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