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Airbus est partenaire du chinois Avic pour assembler des A320 en Chine depuis 2008, en 2017, il a ouvert une usine pour des A330. Airbus détient 49% du marché chinois mais au prix de quels transferts de technologie?

Guerre commerciale : quand la Chine respectera ses partenaires ...

4 min
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Les Etats-Unis ont lancé les hostilités, et menacent de déclencher une guerre commerciale, dit-on. Mais il y a beaucoup plus à craindre de la Chine, qui en 17 ans à l'OMC n'a pas suivi le chemin espéré.

Airbus est partenaire du chinois Avic pour assembler des A320 en Chine depuis 2008, en 2017, il a ouvert une usine pour des A330. Airbus détient 49% du marché chinois mais au prix de quels transferts de technologie?
Airbus est partenaire du chinois Avic pour assembler des A320 en Chine depuis 2008, en 2017, il a ouvert une usine pour des A330. Airbus détient 49% du marché chinois mais au prix de quels transferts de technologie? Crédits : Zheng shuai - AFP

Alors que tous les éléments d'une guerre commerciale se mettent en place, les Chinois ont déjà engagé la bataille depuis quelque temps. Il y a trois ans, ils ont lancé la stratégie Made In China 2025.    

2025, c'est l'horizon que s'est fixé la Chine pour devenir, plus qu'elle ne l'est déjà, l'atelier du monde. Made in China 2025, c'est le nom de cette stratégie, qui comme toutes les autres a été mise en chanson par le pouvoir Chinois pour faire passer le message en Mandarin, et en anglais.    

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La Chine est déjà un géant manufacturier, mais sa supériorité elle l'a au départ assise sur des produits plutôt bas de gamme. L'objectif de Made In China 2025, c'est de surpasser tous les autres pays, États-Unis en tête dans 10 secteurs stratégiques,  

  1. les nouvelles technologies de l'information 
  2. les machines-outils à commande numérique et les robots,  
  3. les équipements aéronautiques,  
  4. les équipements d’ingénierie océanique et les navires high-tech,  
  5. les équipements ferroviaires,  
  6. les économies d’énergie et les véhicules à énergie nouvelle,  
  7. les équipements liés à la production d’énergie,  
  8. les nouveaux matériaux,  
  9. la médecine biologique et les instruments médicaux,   
  10. les machines agricoles   

Surpasser est d'ailleurs un peu faible comme mot, écraser serait plus à propos, notamment pour les batteries électriques de voiture où la Chine ambitionne de détenir à terme 100% du marché.   

Vous avez aimé "les panneaux solaires chinois réduisent la filière photovoltaïque européenne à peau de chagrin", vous adorerez peut être "les voitures électriques chinoises sont les seules que vous pouvez acheter désormais".    

Une volonté hégémonique qui passe mal

Cette volonté d'hégémonie affichée et mise en œuvre tranquillement mais surement inquiète les Européens et les Américains.   

Au point que les autorités chinoises auraient interdit aux médias chinois de mentionner Made In China 2025 dans leurs récents articles.

Officiellement, l'Union Européenne dit n'être en guerre avec personne, mais elle a déposé le 1er juin une plainte contre la Chine auprès de l'OMC pour des transferts de technologie forcés. Le même jour, où elle a déposé une plainte contre les américains pour leurs taxes sur l'acier et l'aluminium.   

Car c'est ainsi que procède les Chinois pour concrétiser la stratégie Made in 2025.   

Pour produire en Chine et avoir accès à son marché, une entreprise étrangère est obligée de faire alliance avec une entreprise chinoise sous forme de Joint Venture. Puis, l'entreprise chinoise oblige par contrat l'entreprise étrangère devenue sa partenaire à transférer sa technologie, ce qui revient à ne pas lui reconnaitre de droits de propriété intellectuelle, un droit pourtant protégé par les règles de l'OMC.   

Cela fait des années que le Japon, les Etats-Unis et l'Union Européenne veulent porter plainte auprès de l'OMC à ce sujet. Si cela a autant tardé, c'est parce que pour déposer plainte, il faut citer des cas concrets, or aucune entreprise victime de ces transferts forcés de technologie n'osait témoigner, de peur de se couper de ce marché colossal d'un milliards 400 millions habitants.   Bonne nouvelle, il y a eu quelques courageuses parmi les entreprises européennes, et la plainte a donc pu être déposée. On ne connaitra cependant pas leur nom.  Mais question angoissante... n'est-ce pas trop tard?   

Transfert de technologie forcé, dumping, subventions...

Que la Chine ne joue pas le jeu du libre échange mondial, qu'elle subventionne massivement ses entreprises, érige des barrières non-tarifaires, écoule sa surproduction à des prix de dumping, tout cela n'est pas nouveau.   

Quand la Chine est rentrée dans l'OMC en 2001, les pays qui lui ont ouvert les portes ne pensaient pas qu'on en serait là 17 ans plus tard. Au contraire, ils espéraient qu'intégrer le commerce mondial fasse évoluer la Chine, aussi bien dans sa gouvernance que dans son approche de l'économie. 

Aujourd'hui, il est donc temps de faire un constat d'échec, et de constater qu'au contraire, le régime chinois est de plus en plus autoritaire, et sa stratégie commerciale, Made In China 2025, Route de la soie, plus expansionniste que jamais. Ici vous trouverez une analyse très éclairante d'un think tank allemand sur les Routes de la Soie (en anglais).    

A Lire/ Réécouter : Mythes et réalités des nouvelles routes de la soie (billet économique mai 2017)   

La vraie nouveauté en fait, c'est l'attitude des Etats Unis, et le fait qu'ils ne tolèrent plus l'anti-jeu chinois. Le président américain semble prêt à un bras de fer qu'il n'est pas sûr de gagner et qui pourrait anéantir 50 ans de diplomatie commerciale.   

Good cop ou Bad Cop ?

L'attitude de Donald Trump inquiète l'Union Européenne, officiellement, mais finalement qu'il joue le "bad cop", le mauvais flic, face aux Chinois permet aux diplomates européens de mettre la pression sur la Chine, en disant: revoyons les règles notamment de subventions, rebâtissons l'OMC ensemble, sinon les Américains vont faire voler en éclat le système dont vous êtes les grands gagnants.  A ce jour, l'Union Européenne n'imagine pas d'autres moyens de pression pour faire évoluer la Chine.   

Parler, négocier, dialoguer, c'est mieux que faire la guerre, mais si les Chinois s'engagent à faire changer les règles de l'OMC dans un sens qui remettra totalement en cause leur modèle économique (subventions publiques, transfert de technologie, investissement étrangers encadrée), nous n'auront sans doute pas d'autres choix que de croire une nouvelle fois en leur parole.  

Marie Viennot  

Et pour cette dernière bulle (last or least, I don't know) une chanson d'amour...  

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