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Baisse des rémunérations en vue chez Aéroport de Paris, où des salariés ont fait grève en juillet contre la baisse ou suppression de leurs primes.

Retour de l'inflation : pour qui la note ?

3 min
À retrouver dans l'émission

3% d'inflation au mois d'aout dans la zone euro, du jamais vu depuis 10 ans. Mais rassurez-vous, les salaires ne devraient pas augmenter...

Baisse des rémunérations en vue chez Aéroport de Paris, où des salariés ont fait grève en juillet contre la baisse ou suppression de leurs primes.
Baisse des rémunérations en vue chez Aéroport de Paris, où des salariés ont fait grève en juillet contre la baisse ou suppression de leurs primes. Crédits : GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP

Au blues de la rentrée, s'ajoute en 2021 le blues de l'inflation qui revient après des années d'atonie.   

3% d'augmentation des prix en aout dans la zone euro. Du jamais vu depuis près de 10 ans. 3%, c'est au dessus des 2% d'inflation que cible la Banque Centrale Européenne, mais celle ci ne compte pas intervenir, car cette inflation est temporaire nous dit-elle.   

Ce sont en effet les prix du pétrole et du gaz qui font l'essentiel de cette hausse (15% d'inflation sur un an). Les biens industriels, l'alimentation, les services n'augmentent eux pas plus de 2%.   

A écouter : Entendez vous l'éco: Inflation, la rançon de la croissance  

De plus, nous dit encore la BCE et avec elle, la plupart des économistes interrogés sur le sujet, aucune spirale inflationniste n'est à redouter, car il n'y a plus de boucle prix salaire. Comprenez, ce n'est pas parce que les prix augmentent, que les salaires, eux suivront.   

OUF ! Mais sommes nous pour autant rassurés ?   

Tant pis pour les salariés, c'est eux qui prendront le choc ! C'est eux en quelque sorte qui nous protègent de l'inflation, anticipe un brin ironique Henri Sterdyniak, économiste associé à l'OFCE et signataire du Manifeste des économistes Atterrés.   

Ce qui rassure les banquiers centraux, d'un point de vue macro économique n'a en effet pas de quoi réjouir les salarié.es qui vivent eux et elles au niveau micro économique.   

A une époque, les deux étaient liés. Dans les années 70, années d'inflation galopante après les deux chocs pétroliers de 1974 et 1979, quand les syndicats se réunissaient avec les employeurs, la question n'était pas seulement : combien d'augmentation pour les salaires, mais combien, en plus de l'inflation ?   

La mesure de l'inflation suscitait alors autant de controverses qu'aujourd'hui, voire plus. La CGT alla même jusqu'à créer son propre indice des prix à la consommation et sa propre collecte des données dans les magasins en 1972, raconte l'économiste Florence Jany-Catrice dans L'indice des prix à la consommation. Le logement y comptait alors pour 16%, contre moins de 5% dans l'indice officiel (cet indice qui nécessitait une collecte autonome de celle de l'Insee a été abandonné en 1998).   

En Argentine, pays où l'inflation oscille autour de 40% par an, cela fonctionne encore ainsi. Des accords par secteur prévoient plusieurs hausses de salaires par an pour compenser les hausses de prix, ce qui pousse les entreprises à augmenter les prix pour financer ces hausses et ainsi de suite...   

Magazine à  écouter : Argentine : vivre avec 50% d'inflation 

Cette boucle inflationniste tournait très bien en France fin 70 début 80, au point que le Premier ministre d'alors, Raymond Barre parlait de double tyrannie : celle de l'indice des prix à la consommation, et celle de l'indexation des salaires.   

Cette tyrannie n'a plus court, et on ne le doit pas à Raymond Barre, homme de droite, mais Pierre Mauroy, Premier ministre de gauche. 13 juin 1982, l'ancien maire de Lille annonce, à l'ouverture du Congrés de la CGT, le blocage des prix et des salaires.   

Les patrons sont incités à bannir les clauses d'indexation, les salaires deviennent obligatoirement négociés entreprises par entreprises. C'est l'un des aspect de ce qu'on a appelé le tournant de la rigueur (raconté dans cet article de l'Expansion).   

Quand l'inflation à deux chiffres disparait, personne ne le déplore (à part, mais c'est un autre sujet, les personnes ou pays endettés).   

Inflation pouvoir d'achat et élection  

Depuis quelques mois néanmoins, l'inflation repart modérément, mais elle repart tout de même. En France, les prix ont augmenté de 1.9% au mois d'aout selon l'INSEE, moins que dans la zone euro, mais il y a un an, c'était 0.2%. Le pouvoir d'achat a rebondi au deuxième trimestre alors qu'il avait baissé au premier.  

Année électorale oblige, le refrain : il ne faut pas oublier les salariés et mieux les rémunérer, reprend néanmoins de la vigueur mais personne n'a changé de partition.    

Bruno Le Maire suggère aux patrons du privé d'augmenter la rémunération des salariés, mais l'Etat-employeur dont il gère les finances continue de geler le point d'indice qui relie la paye des fonctionnaires à l'inflation.   

Des hausses significatives auront sans doute lieu l'année prochaine dans les secteurs en tension, estime le patron du Medef, mais, gare au retour de la boucle alerte Geoffroy Roux de Bezieux lors des journées du Medef.   

Si vous augmentez le salaire d'un employé de Mac Do ou de la restauration, cela veut dire que le prix du burger va augmenter... Geoffroy Roux de Bezieux., Président du Medef, le 26 août 2021

Autre possibilité, que ne mentionne pas le patron des patrons, les entreprises pourraient aussi réduire leur marge. Toutes ne le peuvent pas, mais au niveau macro, le taux de marge des entreprises non financières se porte très bien selon l'Insee : il est au dessus de 35%, bien au dessus des 30% d'avant pandémie, et des 26% de 2017.   

Quant aux syndicats reçus cette semaine à Matignon, les plus revendicatifs appellent à manifester le 5 octobre, notamment pour les salaires, et rappellent à l'ETAT qu'il y a bien toujours un bouton sur lequel appuyer pour augmenter les bas salaires, la revalorisation du SMIC au delà de l'inflation.   

Nous ne sommes pas pour un retour de l'indexation des salaires sur les prix, ce que nous demandons, c'est l'augmentation des salaires. Ce serait bon pour le pouvoir d'achat, l'attractivité de certains métiers, et les organismes sociaux dont les cotisations dépendent des salaires. le gouvernement nous répond que l'heure n'est pas à une augmentation générale des salaires, et qu'il compte sur l'épargne accumulée pour payer la note de l'inflation, mais c'est oublier que 70% de l'épargne est concentrée dans 20% des ménages. Yves Veyrier, secrétaire général de FO.  

Le salaire minimum, comme les aides sociales et les retraites, est toujours indexé sur l'inflation, mais depuis 2012, il n'a connu aucun coup de pouce en plus. Du coup, les salaires proches du SMIC stagnent, ce qui concerne beaucoup des métiers jugés si utiles quand une partie de l'économie était à l'arrêt.   

On a constaté que les accords de branches qui se négocient pour la plupart en janvier se calent sur ce qui est décidé pour le SMIC. En maintenant l'augmentation du SMIC au niveau de l'inflation comme c'est le cas depuis plusieurs années, on contribue au tassement des salaires vers le bas. Au niveau macro-économique, il y a bien une augmentation de la masse salariale, mais elle est inégalement répartie. Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision à l'OFCE.   

En mars, le gouvernement a donné aux entreprises de verser une prime exonérée de cotisation sociale allant jusqu'à 2000 euros, mais on ne sait pas combien de ces salariés l'ont finalement touché.     

C'est pour eux, et elles, qui n'ont pas forcément pu épargner pendant les confinements que la note risque d'être la plus douloureuse... et la complainte de BB King la plus adaptée, mais sera-t-elle écoutée ?    

Marie Viennot

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