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Produire mieux ou moins : quel développement économique face à l'urgence climatique

4 min
À retrouver dans l'émission

Faut-il verdir notre modèle de développement, l’adapter aux limitations des ressources ? Ou alors l’abandonner ? Cette grande ligne de fracture divise acteurs économiques, penseurs de l’écologie et politiques.

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. Crédits : Nicolat Tucat - AFP

"Plusieurs transitions majeures bouleversent nos industries à commencer par la transition écologique. Nous devons investir massivement dans l'innovation." C’était début septembre, Jean Castex s’exprimait à Lyon devant un parterre d’entrepreneurs. Pour entre autres les inviter à développer l’hydrogène, les batteries ou encore les technologies vertes. En somme, créer de nouvelles filières (pour concilier compétitivité et écologie). C’est l’un des objets du plan de relance, engagé il y a un an. Et dans l’attente d’un nouveau plan d’investissement annoncé, le gouvernement et tous les services de l’Etat sont mobilisés ces jours-ci pour en assurer le service après- vente. 100 milliards d’euros, pour faire repartir l’économie d'après crise, mais aussi préparer la France de 2030.   Les sommes sont sans précédent, mais leurs effets attendus sur l’environnement restent discutés. En décembre une évaluation du Haut Conseil pour le climat estimait que si ce plan rapproche la France de ses objectifs, il reste « insuffisant » pour enclencher une rupture à long terme.

Il faut dire que ce qui caractérise l’axe politique choisi et revendiqué par le gouvernement, c’est précisément de conserver le modèle de développement. De miser sur l’innovation, mais en y intégrant les limitations de l’Anthropocène.
Cela ne suffira pas, estime toute une partie de la pensée écologique, pôur qui les oxymores de type “ croissance verte “ (ou le plus récent et obscur “écologie de production” prononcé par Emmanuel Macron en juillet dernier)  témoignent d’une trajectoire inchangée.

Faut-il verdir notre modèle de développement ou l’abandonner?

Cette grande ligne de fracture divise acteurs économiques et penseurs de l’écologie. Elle traverse aussi l’ensemble de spectre politique, y compris la famille écologiste en son sein même, comme l’ont montré les débats pour la primaire à la présidentielle. 

Et notamment les désaccords sur l’idée de décroissance, défendue par Sandrine Rousseau et  Delphine Batho. Eric Piolle a préféré prendre ses distances avec ce terme, aux effets politiques encore mitigés quand Yannick Jadot s’inscrit lui plutôt dans une perspective de verdissement de l’économie.  De ces lignes de fractures stratégiques et macro économiques découlent un tas de questions concrètes. 

Hériter

"Apprendre à désinnover." C’est la voie que tracent trois chercheurs de l’école de Management de Clermont Ferrand (Emmanuel Bonnet, Diego Landivar et Alexandre Monnin ) dans un court essai Intitulé « Héritage et fermeture » (Editions Divergences).

«S_i nous ne parvenons pas à traduire les alertes climatiques et écologiques en actes concrets à la hauteur de ces enjeux, c’est parce que nous n’arrivons pas à « fermer les choses », e_stiment-ils. En somme, il s’agit non pas seulement limiter les effets - en verdissant- ou d’empêcher de nouvelles installations - comme le font par exemple les ZAD (zones à défendre) . Mais de s’atteler à ce qui est déjà là ; ou plutôt de démanteler ce qui pose problème.

"Redirection écologique"

Car il n’y a pas seulement les forêts, les océans et autres bien communs utiles à la survie de l’humanité qu’il s’agirait de sauver. Nous héritons aussi en partage de ce que les auteurs appellent des « communs négatifs » Des déchets, des centrales nucléaires, des sols pollués, ainsi que des réalités plus immatérielles , comme des modèles économiques, des chaînes logistiques, des règles de droits. Ils ont ceci de paradoxal : ils assurent la survie à court terme, d’un monde qu’ils tuent à moyen terme.

Or s’atteler collectivement à ces réalités déjà là, éventuellement les fermer, très concrètement, ce n’est pas facile.
D’abord parce que politiquement, il reste encore plus porteur politiquement de promouvoir l’idée d’ouverture ou d'innovation. Ensuite parce qu’il faut aussi savoir techniquement démanteler - des infrastructures comme des technologies. Enfin, parce que cela fait vivre des centaines de milliers de personnes. Il suffit de prendre l’exemple d’un “micro-dossier de la transition” comme écrivent les auteurs :  les piscines individuelles. La réduction de leur nombre est un enjeu au regard de l’épuisement des nappes phréatiques. Or elles font travailler des milliers d’installateurs, de plombiers, de jardiniers, d’installateurs, de réparateurs, d’aménageurs, d’architectes, mais aussi un certain nombre de techniques.  Quelle protection sociale pour les salariés de secteurs amenés à s'arrêter ?
Tout cela ouvre un champ de questions très concrètes et de choix politiques encore très peu discutés dans le débat public. C'est pourtant de cela que dépendront les changements à venir.

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