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300 000 personnes sans domiciles fixes en France selon la Fondation Abbé Pierre

Au-delà de l’urgence, quelle réponse à la crise sociale ?

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Le gouvernement a proposé une série d'aides exceptionnelles à destination des plus précaires. Pour eux, la situation était déjà critique avant l'arrivée de la pandémie.

300 000 personnes sans domiciles fixes en France selon la Fondation Abbé Pierre
300 000 personnes sans domiciles fixes en France selon la Fondation Abbé Pierre Crédits : THOMAS COEX - AFP

Ce qui frappe d’abord, c’est le contraste. Sur les 100 milliards du plan de relance, seuls 800 millions sont consacrés aux plus pauvres.. 

Et encore 500 millions ont servi à augmenter  la prime de rentrée scolaire, or moins de 40 % de ses bénéficiaires vivent sous le seuil de pauvreté. 

Si la pandémie a bousculé beaucoup de choses, elle n’a pas infléchi la ligne économique du gouvernement, à savoir une politique de l’offre, et l’idée qu’il faut soutenir d’abord les entreprises et la création d'activités. Pendant la crise, l'un des objectifs était d’éviter les faillites et licenciements. Le chômage partiel s’est ainsi avéré un soutien puissant. Seulement voilà, par définition, cela ne profite qu’aux salariés, et essentiellement ceux en cdi. Non pas aux personnes sans emploi, ni à celles, de plus en plus nombreuses, qui enchaînent contrats courts et chômage. Ce n’est que cette semaine que le gouvernement a proposé, pour 4 mois et à certaines conditions ( avoir travaillé 60 % du temps en 2019 et toucher aujourd’hui moins de 900 euros par mois), une aide de 900 euros pour ces “permittents”, comme on les appelle désormais. Les allocataires du RSA ont touché hier une aide de 150 euros supplémentaires par enfant .

Des difficultés durables

Des mesures ponctuelles, comme toutes les autres jusque-là. Sur le terrain social, comme ailleurs, l'exécutif a choisi une réponse d’urgence, des aides dites exceptionnelles limitées dans le temps. Faisant le pari d’une amélioration de l’activité économique au printemps. 

A n’en pas douter, ces aides sont nécessaires et il y a bien urgence. Si l’on ne mesure pas encore, au sens statistique, les effets de la crise, de nombreux  indicateurs le montrent. L’augmentation vertigineuse des demandes d’aide alimentaire dont témoignent toutes les acteurs de terrain  les associations et les Centres communaux d’action sociales (CCAS)

Ou encore les hausses à deux chiffres du nombre de bénéficiaires du RSA dans les départements. De plus en plus de gens arrivent aux minima sociaux, de moins en moins peuvent en sortir. Tous les acteurs de la solidarité demandent une hausse de leur montant. Et une ouverture du RSA au moins de 25 ans, qui aujourd'hui n’ont rien. Mais le gouvernement y reste opposé.

L’une des questions que tout cela pose, c’est que peuvent des mesures conjoncturelles, alors que s’installe pour les plus fragiles une crise durable. Mi-novembre, l’Unedic soulignait que  20% des demandeurs d’emploi recherchent des emplois dans les métiers les plus fortement impactés. Hôtellerie, tourisme, restaurations. Des secteurs ou les offres ont baissé de 50 % ou plus.
C’est particulièrement difficile pour les jeunes qui commencent à travailler. Or avant leur crise la situation était critique "La précarité du travail n'est pas généralisée, elle repose essentiellement sur les épaules des plus jeunes", rappelle le rapport de l’Observatoire des inégalités, publié ce jeudi. Ce sont eux qui occupent le plus les emplois les plus précaires et les jobs non salariés. Si bien qu'entre 2002 et 2018 le taux de pauvreté des 18-29 ans a déjà progressé de près de plus de 50%, Il est passé de 8 % à près de 13%. C'est-à-dire deux fois plus que la moyenne française."

Politiques contradictoires 

Ces jeunes sont d’ailleurs au coeur des discours de l’exécutif, présentés comme une priorité. 

Pour autant,  ils seront les premiers pénalisés par deux réformes du gouvernement. Celle, maintenue au 1er janvier, des APL, les aides personnalisées au logement  Elles seront à l’avenir calculées en fonction des revenus de l’année en cours, et non plus des années précédentes. Ceux qui commenceront à travailler en 2021 verront donc leur allocation baisser rapidement.
L’autre grande réforme, aux effets eux, très durables, c’est celle de l'Assurance-chômage, imaginée par Muriel Pénicaud. Elle prévoit des critères d'accès plus restrictifs : il faut avoir travailler 6 mois en deux ans pour être éligible à l'indemnisation. Plus difficile en période de crise. 

Le Conseil d’Etat a annulé cette semaine un autre aspect majeur de la réforme, le nouveau calcul du salaire de référence, il pénalisait fortement les personnes en emploi discontinu. Mais le gouvernement, qui dit ne pas vouloir renoncer à l’esprit de la réforme et surtout veut toujours faire des économies de ce côté là, travaille à une autre manière, conforme au droit,  de modifier les règles d'indemnisation chômage.
De nombreux observateurs craignent les effets d’exclusion pour des dizaines de milliers de personnes qui seraient sortis  de la l'indemnisation. Ils basculeraient alors aux minima sociaux s’ils ne retrouvent pas d‘emploi. 

L’Observatoire des inégalités plaide pour la création d’un revenu minimum unique (RMU) de 900 euros mensuels pour les plus précaires. 

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