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Récolte de betteraves à sucre.

La crise du sucre

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La fin des quotas sucriers en Europe a plongé les betteraviers et les industriels du sucre dans la crise. Une crise de surproduction qui a mis en exergue les faiblesses structurelles de la production européenne.

Récolte de betteraves à sucre.
Récolte de betteraves à sucre. Crédits : BELPRESS/MAXPPP - Maxppp

En avril 2015,  l'une des mesures phares de la PAC, la Politique Agricole Commune disparaissait : les quotas laitiers. Mis en place en 1984 pour éviter les phénomènes de surproduction, il était pourtant à prévoir que leur fin entraînerait à nouveau ce phénomène. Ça n'a pas manqué, la chute brutale et d'ampleur des cours du lait a causé la crise qu'on connaît. En 2017 pourtant, la Commission Européenne actait la fin des quotas européens du sucre. 

Fin des quotas sucriers

Les mêmes causes allaient elles produire les mêmes effets? Réponse : oui. Avec cette différence notable que contrairement au lait, la production européenne de sucre n'est pas capable de déstabiliser le marché mondial, elle est en plutôt dépendante. 

Quoiqu'il en soit  de 2015 à 2017, le cours du sucre atteignait des sommets; poussant l'industrie sucrière européenne à développer sa croissance en rachetant des concurrents par exemple ou en nouant des partenariats à l'étranger. La fin des quotas, pensait-on avec un excès d'optimisme certain,  allait permettre de produire plus et de gagner plus d'argent. L'idée d'une surproduction possible n'effleurait pas, semble t-il les esprits.

Crise de surproduction

Il a suffi d'une excellente mousson sur la canne à sucre Indienne, d'une très bonne récolte au Brésil et d'une arrivée en fanfare sur le marché de la Thaïlande_ favorisée dans les cas indien et thaïlandais par une politique agricole volontariste d'aides aux producteurs_ pour que l'argent du sucre s'envole en fumée.

Cette surproduction que beaucoup n'avaient pas voulu anticiper a bien eu lieu. Le cours du sucre s'est effondré,et il est toujours en berne. Malgré la demande mondiale, toujours orientée à la hausse, et malgré la forte volatilité du cours de cette matière première très soumise aux aléas notamment météorologiques. Conséquences en France : les principaux industriels du sucre font face à des restructurations douloureuses. A moins, estiment certains, que cette mauvaise santé du marché mondial ne serve de fenêtre d'opportunité pour justifier des décisions qui étaient dans l'air depuis longtemps. L'allemand SudZucker, qui détient la marque Saint Louis, annonçait il y a quelques semaines la fermeture de ses deux sites français du Calvados et de la Somme.  Chez Tereos, qui détient les marques Beghin Say et La Perruche, cette conjoncture défavorable a fait plonger les résultats et éclater une crise interne dans laquelle la coopérative se débat toujours. Enfin le groupe Cristal Union a annoncé la fermeture de 2 de ses 10 sites français. Le tout après avoir investi des dizaine de millions d'euros pour augmenter ses capacités de production, des investissements qui, pour les trois groupes, se sont rapidement transformé en dette 

Dépit chez les betteraviers français

Et puis il y a les betteraviers français : plusieurs de leurs acheteurs ont décidé que les prix d'achat de leurs betteraves ne seraient plus garantis. Or ces prix ont été fixés dans des contrats, noués lorsque les cours étaient au plus haut. Ces betteraviers que l'on avait incité à semer plus de betteraves devront manger leur pain noir en attendant que les prix se redressent. Même s'ils se redéploient sur des cultures céréalières, les cours mondiaux des céréales sont eu aussi en pleine dépression.

Quand est-ce que se redresseront les prix du sucre ? Les plus optimistes parient sur la fin de l'été :  ils comptent sur une récolte brésilienne moins importante que prévu, mais aussi sur une hausse des cours du pétrole. Car lorsque le prix du pétrole augmente, le Brésil préfère transformer une partie de sa production de sucre en éthanol, autre carburant. Ce qui fait mécaniquement monter les cours du sucre à destination alimentaire.

Mais à l'heure qu'il est, ce sucre laisse à ceux qui le produisent, un gout amer.

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