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La fusion Alstom-Siemens sur la mauvaise voie

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De fortes menaces pèsent sur la fusion d' Alstom-Siemens en raison des réticences de Bruxelles à donner son aval, malgré les appels de Paris et Berlin en faveur de la création d'un géant européen du rail pour résister à la Chine.

Crédits : Philipp Schulze - Maxppp

Voilà 18 mois que le français Alstom et l'allemand Siemens préparent leur mariage mais la commissaire européenne chargée de la concurrence Margrethe Vestager n'a pas encore donné son feu vert et les signaux négatifs s'accumulent. Bruxelles s'inquiète de la position dominante de la nouvelle entité , qui risquerait de faire grimper les prix et de freiner l'innovation et le développement du ferroviaire dans l'Union européenne. C'est le risque de monopole et c'est le rôle de la commission d'y veiller. Avant de rendre son avis, elle consulte , elle enquête auprès des clients , des concurrents ou encore des consommateurs et tous à ce jour rejettent cette fusion. 

Les autorités de la concurrence britanniques , néerlandaises , belges , espagnoles et même allemandes sont contre. Les régulateurs nationaux s’inquiètent pour la fourniture de matériel roulant à très grande vitesse pour des trains tels que l'Eurostar et le Thalys. L'association européenne des gestionnaires de réseaux ferroviaires ont appelé également la commission à rejeter la fusion. Même chose du côté des syndicats français, belges et allemands , ils dénoncent un mauvais projet purement financier , une fuite en avant , qui a terme menacerait l'emploi. L'accord entre les deux groupes promet pourtant le maintien pendant quatre ans des 12 sites d'Alstom dans l’hexagone et la stabilité des effectifs. Des promesses de papier pour les syndicats français qui se souviennent douloureusement de celles non tenues lors de la vente de la branche énergie d'Alstom à GE en 2014.

La menace chinoise 

Le ministre de l'économie Bruno Le Maire est monté au créneau début janvier agitant le chiffon rouge de la menace chinoise. Et dans le rail le monstre chinois a un nom : CRRC , en chiffre cela donne la production de 230 trains à grande vitesse par an quand Alstom et Siemens en produise 35...le chiffre d'affaire des deux européens réunis c'est la moitié du chiffre d'affaire du géant chinois. Mais la réalité de la "menace chinoise" fait aussi débat. Bombardier, le grand rival canadien d'Alstom et Siemens dont les activités ferroviaires sont basées à Berlin, soutient notamment que la concurrence de CRRC n'est pas si terrible. 

Pour lutter sur le marché mondial les gouvernements français et allemand sont pourtant déterminés à défendre la création de poids lourds industriels européens. Ce que la commissaire à la concurrence Margrethe Vestager ne conteste pas d'ailleurs, elle qui reste la figure de proue de la croisade anti Gafa et qui a su infliger une amende record de plus de 4 milliards à Google n'est pas connue pour être ni faible ni naïve. Elle aussi veut voir émerger des champions européens mais pas au mépris des règles établies. Des règles qui si elles devenaient plus élastiques pourraient se retourner contre les européens rappelle la Commission qui examine aussi les fusions des entreprises américaines installées sur notre sol.  "Il faut défendre les droits de la concurrence de l'Union Européenne qui encourage les bons champions européens" martèle Margrethe Vestager.

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Des règles de la concurrence obsolètes ?

A six mois des élections européennes le dossier est de toute évidence très politique. La fusion d'Alstom et Siemens est une façon de renforcer les liens entre Paris et Berlin en montrant la volonté commune d'incarner la puissance économique de l'Union Européenne. Mais une fusion ne fait pas pour autant une stratégie industrielle et c'est bien ça qui manque aujourd'hui cruellement en France, l'absence de vision à long terme. Car les fusions elles se multiplient , en dix ans Bruxelles en a autorisé plus de 3000 et bloqué seulement 7,  sans que l'on ait vu émerger de réelles filières leaders et champions européens. Alors mieux que des fusions , l'Europe de demain devrait miser sur la coopération et le partenariat de ses champions nationaux , recette qui a d'ailleurs fait le succès d'Airbus. Si la Commission rend un avis négatif d’ici le 18 février, ce ne sera pas forcement la fin de l’aventure. En voulant fusionner , les deux concurrents ont déjà dû échanger leurs secrets. Alstom et Siemens affichent aujourd'hui de bons résultats , les carnets de commandes sont pleins...ce qui donne peut être le temps de mettre en place une véritable stratégie pour la filière ferroviaire au niveau européen , plus ambitieuse.  En attendant pour contrer les appétits chinois , l'Union Européenne a déjà évolué en décembre dernier le Parlement votait, dans le cadre d’un projet de règlement, une esquisse d'un Buy European Act visant à promouvoir les industries qui produisent en Europe dans l’accès aux financements et l'imposition de règles strictes en matière d'appel d'offre sont sur les rails.

Annabelle Grelier

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