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Atelier de confection au Bangladesh: Le textile est l'un des secteurs le plus surveillé pour les conditions de travail et pourtant il ne coche pas les cases du travail décent.

Le travail décent ne s'oppose pas aux profits

4 min
À retrouver dans l'émission

Le 7 octobre est la journée mondiale du travail décent. C'est un jour pour manifester, organiser des tables rondes, parler du travail décent. Le travail décent est en vogue, le promouvoir est un objectif du G20, mais c'est loin d'être une réalité alors que les "sur-profits" s'envolent.

Atelier de confection au Bangladesh: Le textile est l'un des secteurs le plus surveillé pour les conditions de travail et pourtant il ne coche pas les cases du travail décent.
Atelier de confection au Bangladesh: Le textile est l'un des secteurs le plus surveillé pour les conditions de travail et pourtant il ne coche pas les cases du travail décent. Crédits : Benjamin Chauvin - Radio France

Aujourd'hui nous partons d'abord pour une usine au Bangladesh. Le son que vous entendrez si vous écoutez la chronique parlée, c'est celui des boutonnières que l'on coud, et au loin du tricotage. Ce travail est-il décent?

Le concept de travail décent est apparu en 1999. C'est l'organisation internationale du travail qui y a fait référence en premier.

Le but fondamental de l’OIT aujourd’hui est que chaque femme et chaque homme puissent accéder à un travail décent et productif dans des conditions de liberté, d’équité, de sécurité et de dignité (BIT, 1999).

Si on prend la définition de l'OIT, non, le travail dans les usines de textile est rarement décent, mais le textile n'est pas, et de loin, le pire des secteurs.

  • Non, ce n'est pas un travail décent, car il est rare que l'on y trouve des organisations syndicales, et que les salariés aient le droit de s'organiser pour revendiquer leur droit.
  • Non encore parce que la sécurité des travailleurs n'est pas toujours garantie, même si dans le textile au Bangladesh, il y a eu des améliorations depuis l'effondrement du Rana Plaza en 2013.
  • Non toujours parce que rarement ce travail donnera accès à une réelle protection sociale.
  • Non enfin et avant tout parce que le revenu qu'en tirent ceux et celles qui y travaillent n'est, dans la plupart des cas, pas suffisant pour vivre décemment.

Ci-dessous une vidéo issue d'un reportage au Bangladesh en 2013.

Revenu décent, le compte n'y est pas

Qu'est ce que vivre décemment? Rien à avoir avec les mœurs, là encore la notion de décence est très bien définie. Un revenu décent, c'est un revenu qui permet de manger à sa faim, de loger sa famille, de se soigner, de se vêtir de s'éduquer, de se divertir, un peu, et d'épargner un peu aussi pour préparer les coups durs. La vidéo ci-dessous détaille tout cela (en anglais).

Bien sur cela dépend des pays. Une coalition de syndicat et d'ONG a donc fait les calculs pour les pays d'Asie, là où les multinationales ont massivement implantées leurs chaines d'approvisionnement. Cette coalition qui s'appelle l'Asia Floor Wage a calculé ce que serait un revenu décent pour sept pays et l'a comparé avec le revenu minimum en vigueur.

Comparaison entre le revenu décent et le salaire minimum dans sept pays d'Asie (données 2014)
Comparaison entre le revenu décent et le salaire minimum dans sept pays d'Asie (données 2014) Crédits : Asia Floor Wage

Pour tous, le salaire minimum n'est qu'une fraction de ce qu'il devrait être pour assurer une vie décente. Au Bangladesh et au Sri Lanka, c'est un cinquième, en Inde et au Cambodge un quart, en Chine et en Malaisie, pays les plus proche du salaire minimum décent selon cette étude, c'est la moitié. Être sous payé, ce n'est donc pas illégal, c'est la norme dans de très nombreux pays.

Le travail décent a sa chanson (vidéo en bas de page) et depuis neuf ans, il a aussi journée. La confédération syndicale internationale qui l'a lancé, a un mot d'ordre en 2017: Halte à la cupidité des entreprises, le monde a besoin d'une augmentation salariale. Tout le monde, pays riches compris.

A l'appui de sa demande, la confédération a calculé dans quelle mesure les profits de 10 multinationales seraient réduits si les salaires étaient augmenté de 50 dollars par mois dans les chaines d'approvisionnement d'Asie. Pour Apple ils passeraient de 84 à 83 milliards, pour Nestlé de 46 à 44, pour Ikea de 18 à 17 milliards… Les profits ne sont donc pas incompatibles avec la dignité humaine, c'est déjà ça de pris.

Pour la journée mondiale du travail décent, la CSI a estimé l'impact sur les profits des multinationales d'une augmentation de salaires de 50 dollars par mois pour les salariés sous traitants d'ASIE
Pour la journée mondiale du travail décent, la CSI a estimé l'impact sur les profits des multinationales d'une augmentation de salaires de 50 dollars par mois pour les salariés sous traitants d'ASIE Crédits : Confédération Syndicale Internationale

Et si le problème, ce n'était pas plutôt les "sur-profits"? Dans son dernier rapport, intitulé: Rapport sur le commerce et le développement, 2017 : Au-delà de l’austérité − vers une nouvelle donne mondiale, la CNUCED, fait le même constat très critique vis à vis des multinationales et leurs profits.

En analysant des données concernant les sociétés non financières de 56 pays développés et pays en développement, la CNUCED montre dans le rapport que les principales entreprises obtiennent des gains démesurés.

Travail décent, un concept en vogue

Alors, qu'est-ce qu'on attend pour agir? Rassurez vous, les grands de ce monde sont en train de s'emparer du sujet. Les ministres du travail du G7, les 7 pays les plus riches du globe, se sont engagés cette semaine à promouvoir le travail décent.

Mieux encore, le G20, qui regroupe aussi les pays émergents, la Chine, le Brésil, la Turquie, l'Indonésie, a le même agenda. L'objectif commun de tous ces pays est de promouvoir le travail décent, et de réduire les inégalités.

"C'est une très grande avancée"… m'a assuré le directeur des droits humains de la confédération syndicale internationale. "Pourtant lui rétorquais-je, la plupart des pays riches ne participent pas aux discussions en cours à l'ONU pour encadrer les multinationales, n'y a-t-il pas une contradiction?"

A ECOUTER/ LIRE: Les combats de l'ONU sur le terrain économique

Je comprends votre scepticisme, m'a rétorqué le Directeur des droits Humains et syndicaux de la CSI, mais imaginez ce que ce serait si le travail décent n'était même pas un objectif du G20?

C'est ce qu'on appelle voir le verre à moitié plein.! "En même temps", si vous écoutez en entier la chanson sur le travail décent, vous entendrez que le travail décent est aussi présenté comme une condition de la réussite des entreprises.

Marie Viennot

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