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Migrants, Porte de la Chapelle

Les pauvres ont besoin...d'argent

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Lutter contre la pauvreté : avec quels moyens, et quelle philosophie sous tend son action ? Des études menées ces dernières années tendent à prouver qu'en matière de lutte contre la pauvreté, le moyen le plus efficace reste le don direct d'argent. Par Anne-Laure Chouin.

Migrants, Porte de la Chapelle
Migrants, Porte de la Chapelle Crédits : Arnaud Dumontier - Maxppp

Est-il vraiment possible de rendre les pauvres moins pauvres ? 

Des politiques publiques pas si coûteuses, mais complexes

En France, les politiques de lutte contre la pauvreté se sont généralisées dans les années 1980, lorsqu'on a commencé à se rendre compte que croissance économique ne rimait pas forcement avec éradication de la pauvreté… Et même que cette croissance entraînait de nouvelles formes de pauvreté. Ces politiques se sont appuyées sur 3 piliers : l'aide à l'accès au travail, l'aide aux revenus, et l'aide à l'accès aux droits fondamentaux, comme le logement ou la santé.

Avec plusieurs limites : par exemple, l'aide à l'accès au travail, comme via les contrats aidés par exemple : sans une formation, cela marche moins bien. Et sans une aide à l'insertion sociale, cela marche encore moins bien. D'autant que, comme le précise cette petite vidéo de France Télévisions intitulée "qui sont les pauvres" :

Ces derniers jours, plusieurs médias se sont fait l'écho d'études menées, il y a déjà quelques années, par des chercheurs du Poverty Action Lab, un réseau affilié à une cinquantaine d’universités dans le monde. Leurs résultats stipulent en résumé que ce dont les pauvres ont besoin c'est…d'argent. Et puis c'est tout. Ou presque.

Chris Blattman, par exemple, professeur de politique publique à l'université de Chicago, raconte, dans un article du New York Times intitulé "Let Them Eat Cash"", comment, en Ouganda, on a donné, tout simplement donné, 400 dollars à une groupe de jeunes pauvres : soit l'équivalent de leur revenu annuel.

Au bout de 2 puis de 4 années, on s'est aperçu que la moitié d'entre eux avaient une activité professionnelle, et que leurs revenus étaient en moyenne 38% plus élevés que ceux d'un groupe de contrôle qui n'avait rien reçu au départ.

Les mêmes expérimentations ont été menées avec des familles mexicaines, des villageois kényans, des étudiantes du Malawi, etc. Avec les mêmes résultats : souvent les bénéficiaires montent une entreprise, créent leur emploi et finissent par sortir de la pauvreté.

Le don victime du préjugé

Pourtant, les différents programmes d'aide au développement et de lutte contre la pauvreté partent souvent du principe que l'aide financière allouée doit l'être en échange de quelque chose, ou sous conditions. Alors qu'il est, selon ces expérimentations, plus efficace de donner l'argent directement aux pauvres, sans lier ce don à quoi que ce soit.

Pourquoi, mais pourquoi, ne pas y avoir pensé plus tôt ? Peut être parce que, comme le chantait ironiquement Coluche en son temps, nous pensons que :

Nous pensons, en effet, que ce dont les pauvres manquent, ce n'est pas d'argent, mais d'autre chose qui serait l'explication de leur incapacité à gagner de l'argent. C'est ainsi que nous préférerons donner un sandwich à la personne qui vit dans la rue, plutôt que des euros, persuadés que nous sommes qu'elle préférera dépenser ces euros dans de l'alcool ou de la drogue. Or il s'avère, dans d'autres expérimentations, que de l'argent distribué, y compris à des populations comportant de nombreux toxicomanes, est souvent correctement utilisé. Ce biais est très humain, et il porte un nom : l'erreur fondamentale d'attribution. En gros, cela signifie que nous préférerons toujours penser que la situation d'une personne est due à la personne elle même, et non pas à des causes extérieures.

Ce dont manqueraient d'abord et avant tout les pauvres, c'est d'un capital. Or ce que proposent la plupart des programmes publics de lutte contre la pauvreté ce sont les outils pour utiliser ce capital. Comme si on donnait à un marcheur des lacets. En oubliant de lui fournir des chaussures.

Par Anne-Laure Chouin

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