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7% des jouets consommés en France sont "Made in France".

Made in France, nos emplettes font-elles nos emplois ?

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À retrouver dans l'émission

Depuis dix ans que l'on parle de l’engouement des Français.es pour le Made In France, on délocalise bien plus qu’on ne relocalise les emplois industriels dans notre pays. Que se passe-t-il ?

7% des jouets consommés en France sont "Made in France".
7% des jouets consommés en France sont "Made in France". Crédits : Aurelien Morissard - Maxppp

De la campagne de publicité "Nos emplettes sont nos emplois" de 1993 à Arnaud Montebourg, un temps ministre du redressement productif, déclarant pendant la primaire socialiste il y a trois ans, "le made in France, c'est la possibilité pour les français de voter avec leur carte bleue", même message : consommer français, c’est maintenir l’emploi en France.   

Selon l’Insee, le made in France représente 81% de la consommation totale des ménages en 2015.  81%? Je vous imagine bondir. Oui, 81% mais c'est en tenant compte des services.   

Si on s’en tient aux biens manufacturés aujourd'hui 36% de la consommation nationale est made in france.  

Cela varie énormément d’un produit à un autre. L’électroménager, l’électronique, plus grand chose, le textile… 87% importés, dont un tiers de Chine. Les denrées alimentaires, c’est 40% importé.   

Découpage de la part des importations dans la consommation des ménages français par secteur
Découpage de la part des importations dans la consommation des ménages français par secteur Crédits : Insee

Combien ces importations représentent-elles d'emplois en moins en France ?

On ne peut pas précisément le chiffrer. 500 000 emplois industriels ont disparu en France en 10 ans, mais les importations n'expliquent pas tout. Il faut tenir compte des gains de productivité, et des externalisations qui ont conduit à transférer des emplois de service maison vers l'extérieur. Cas typique, le nettoyage.  

Des économistes ont bien essayé d'estimer le cout en emploi de la mondialisation, mais ces résultats, o combien sensibles politiquement sont controversés depuis qu'ils existent. 

Ce que l'on peut estimer en revanche, c'est le nombre d'emplois qui ont disparu du fait du déclin industriel. Les entreprises qui font le pari de produire en France, ou relocalisent ne créent pas que des emplois pour leurs usines, elles font appel à des avocats, des graphistes, des comptables... leurs salariés se nourrissent, se logent, vont chez le médecin. Pour un emploi industriel, il y a deux à quatre emplois induits selon les secteurs.    

Si on reprend le chiffre de 500 000 emplois industriels disparus en France, et qu'on multiplie par deux, trois ou quatre, on mesure l'ampleur de l'hécatombe en emploi qui a résulté du déclin industriel et donc du "made in ailleurs".   

Peut-on inverser la vapeur ? Si nous consommons des biens fabriqués en France, la dynamique peut-elle redevenir positive ?   Oui mais à condition d'être conscients de quelques limites.

Méfiez vous des contrefaçons ! 

Premier écueil : votre produit made in France est-il bien fait en France ?   Le marquage de l'origine des biens non alimentaires est facultatif dans l’Union Européenne, mais si un fabricant veut apposer la mention Made In France, il doit respecter des règles. Qui contrôle? Les douanes et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. A partir d'échantillons. La fraude est-elle massive ? Elle n'est en tout cas pas anecdotique. L'an passé, la DGCCRF a contrôle 20 000 établissements de l'alimentaire, un quart des indication made in france ou origine protégée étaient fausses.   

Autre écueil, vous pensez que c’est Made in France parce qu’il y a un drapeau, détrompez vous. Le marquage n'étant pas obligatoire, sa forme est très peu encadrée... si vous voyez du bleu blanc rouge, doutez... ou chaussez vos lunettes loupes !    

Doutez aussi quand vous achetez des marques françaises, mais qui font produire ailleurs. Plus l'entreprise est grosse, plus elle a créée des emplois dans les pays émergents et réduit ses effectifs en France. L'hebdomadaire Marianne a fait les comptes pour le CAC 40 sur les 10 dernières années. Si on prend Renault, 10 000 postes en moins dans l'hexagone, 52 000 en plus dans les pays émergents.  

Dernier écueil : que veut dire au 21ème siècle Fabriqué en France ? Les matières premières viennent d'un bout à l'autre de la planète, les processus industriels sont intégrés mondialement. Dire qu'un produit a une nationalité n'a pas beaucoup de sens. Comme le Made In France existe, et que c'est un argument de vente, on a définit des critères, des seuils des pourcentages. Ils sont différents d'un produit à un autre et remplissent des dizaines de pages d'annexes et de règlement. Il est question de valeur ajoutée, de dernier lieu d'assemblage. Une étiquette peut donc garantir qu'une partie du travail a été réalisé en France, mais cette part est la plupart du temps inférieure à 50% de la valeur ajoutée.   

De plus, l'étiquette ne vous dit rien de la forme légale du travail effectué. Si c'est du travail détaché, les emplois créés sont temporaires et ils ne bénéficient pas à ceux et celles qui cherchent du travail depuis la France. Il y a 50 000 salariés détachés dans l'industrie en France, bien plus que les 9000 créations nettes d'emplois industriels annoncés cette année par le cabinet trendeo.  

Le made in France a beau être en vogue, et les Français dire enquête après enquête qu'ils sont prêts à payer plus cher un produit fabriqué dans l'hexagone, il a beau créer des emplois ici ou là, l'impact macro-économique n'est toujours pas là. La preuve, la part du made in France dans la consommation totale (industrie et service compris) ne fait que diminuer depuis 2005....

Marie Viennot 

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