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Manifestants contre la réforme des retraites 5 décembre 2019

Mobilisation sociale : de 1995 à 2019

3 min
À retrouver dans l'émission

Comparer les grèves de 1995 et la mobilisation qui a commencé jeudi, c'est faire le jeu des différences plutôt que celui des ressemblances.

Manifestants contre la réforme des retraites 5 décembre 2019
Manifestants contre la réforme des retraites 5 décembre 2019 Crédits : PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXPPP - Maxppp

En 1995 comme en 2019,  il est question de régime spéciaux de retraite et d'entreprises publiques de transport. Ceux de la  SNCF et la RATP, dont les salariés grévistes sont comme en 1995, les premiers acteurs du mouvement actuel et qui seront, si celui ci venait à durer, les plus influents en terme de "blocage". Mais en 1995 ce n'était pas l'ensemble des systèmes de retraites qu'il s'agissait de réformer. Et c'est presque en passant d'ailleurs, qu'Alain Juppé, qui souhaitait remanier le financement de l'Assurance Maladie avait intégré à un programme de réforme plus vaste les deux régimes spéciaux en vigueur dans les deux entreprises publiques de transport. Avec le résultat que l'on sait : une France bloquée pendant plusieurs semaines entre novembre et décembre, et une opinion soutenant majoritairement le mouvement.

Différences politiques et syndicales

Si l'Assurance Maladie a bien été réformée, le gouvernement Juppé avait jugé plus prudent d'abandonner la réforme des régimes spéciaux. Et c'est par une suite de mesures (impopulaires, on se souvient des manifestations de 2010, mais fractionnées) que l'âge de départ à la retraite a été repoussé et les régimes spéciaux petit à petit réformés. Politiquement, les conditions étaient également différentes : les grèves de 1995 se sont déroulées 6 mois après l'arrivée de la droite au gouvernement : Jacques Chirac venait d’être élu après une campagne menée, faut-il le rappeler, sur le thème de la fracture sociale. Il proposait ensuite une réforme dont il n'avait pas été question pendant la campagne. En 2019 au contraire, une réforme systémique des retraites figurait bien au programme d'Emmanuel Macron.

Syndicalement par ailleurs, ces vingt dernières années ont été marquées par l'affaiblissement continu des syndicats et des corps intermédiaires. Un point commun cependant : dans les deux cas la CFDT n'appelle pas aux blocages mais des branches locales du syndicat, celle des transports notamment, sont entrés dans le mouvement.. Mais aujourd'hui le paysage syndical est plus morcelé, plus éclaté, les organisations syndicales comptent moins d'adhérents. Et surtout ces syndicats ne sont plus écoutés, ou si peu, par le gouvernement. 

Ressemblances sociales

Les ressemblances entre 1995 et 2019 sont plutôt à chercher dans le mécontentement de l'opinion qui accompagne ces deux mouvements à 24 ans d'écart : en 1995 la grève se tient en temps de récession économique. Avant la SNCF et la RATP, les étudiants avaient déjà pris la rue et les cheminots essuyaient une première réforme de l'entreprise publique. En 2019, le mécontentement social et politique est encore plus fort. Avec une crise de la représentativité politique à son comble, en témoigne le mouvement des gilets jaunes qui signe aussi un changement des formes de mobilisation. Mobilisations qui se heurtent aujourd'hui à un maintien de l'ordre beaucoup plus brutal.

Comme en 2015, la mobilisation a  le soutien de l'opinion et_ c'est peut-être là la principale différence avec 1995, mais seule la suite du mouvement pourra le confirmer_  elle bénéficie d'un engagement des salariés du privé. 

Si cet engagement confirme, ce sera sans doute à l'aune des conditions de travail qu'il faudra envisager cette contestation qui commence : ils étaient nombreux en effet jeudi, dans les cortèges à admettre qu'ils n'avaient pas d'idée précise de la façon dont leurs pensions de retraite seront finalement calculées. Et pour cause, la réforme n'en dit pas grand chose à ce stade.  Mais la perte de sens au travail, le sentiment de la dévalorisation de leur mission, le constat de devoir faire plus ou autant avec moins, la modestie des salaires, la dégradation des conditions de travail, le management plus tendu : sur  tous ces sujets, les manifestants avaient des choses très précises à revendiquer. 

Le malaise social est sans doute aussi profond, voire plus qu'en 1995. Mais surtout il tourne, plus qu'avant, autour du travail. Et de ce travail, les manifestant demandaient ce 5 décembre à pouvoir en vivre décemment. Car, comme le brandissait un panneau repéré dans le cortège parisien, "Vivre bien...c'est mieux".

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