LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Vaches à Saint Saturnin sur Loire (Maine et Loire), février 2020

Nouvelle PAC : tout changer pour ne rien changer ?

4 min
À retrouver dans l'émission

En apparence, la future PAC est très différente de l'actuelle : plus verte, plus respectueuse de la souveraineté des Etats membres. Mais il faut se méfier des apparences.

Vaches à Saint Saturnin sur Loire (Maine et Loire), février 2020
Vaches à Saint Saturnin sur Loire (Maine et Loire), février 2020 Crédits : Josselin Clair - Maxppp

Le texte de la nouvelle PAC, qui ne sera effective qu'en 2023, entame la dernière étape de sa validation  à Bruxelles. Après avoir été adoptée en octobre par le parlement européen , sur proposition du Conseil des Etats membres, c'est désormais l'étape du Trilogue, ces discussions serrées entre le Conseil Européen, les représentants du Parlement et la Commission. Qui vont avaliser une PAC verdie pour les uns, un "retour à l'agriculture d'avant" pour les autres.

Une PAC qui laisse plus de marge aux Etats.

C'est effectivement le grand changement de cette politique commune de l'agriculture, une marge de manœuvre bien plus large sera laissée désormais aux Etats. Ces derniers doivent d'ailleurs transmettre d'ici le mois  de juin, leur Plan Stratégique National, qui dira comment ils comptent utiliser le budget qui leur est alloué. Leur feuille de route sera évaluée à l'aune de leur compatibilité avec les objectifs du Green deal européen, mais sans contrainte. Et c'est bien cela qui fait peur aux ONG et syndicats agricoles qui travaillent depuis des mois à un verdissement effectif de la PAC. Leur interlocuteur, désormais, c'est donc le ministère de l'agriculture, qui va décider des grandes orientations de l'allocation des 10 milliards d'euros dévolus à la France dans le budget de la PAC. Il pourra aller plus loin que les préconisations du texte européen. Ou s'y conformer strictement. Ce PSN PAC sera établi pour 7 ans, et axé autour de 9 objectifs spécifiques et un objectif transversal. Et surtout il couvrira les aides des des deux piliers : aides directes aux agriculteurs d'une part (premier pilier) et les aides au développement rural, notamment l’Indemnité compensatoire de handicap naturel, les soutiens à l’agriculture biologique  etc. d'autre part. L'idée, c'était de simplifier les allocations de ces aides, en en laissant la manœuvre aux Etats. le ministre de l'agriculture français y voit "plus de souveraineté dans nos actions au quotidien". 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Une PAC plus verte ? 

C'est ce que veut croire également le ministre de l'agriculture, en mentionnant l'"éco-régime", autre nouveauté de cette nouvelle PAC. Il a été obtenu de haute lutte par les négociateurs français et allemands, et il stipule donc 20% à 30% des aides dites du premiers pilier (aides directes allouées aux agriculteurs en fonctions de leur surface) seront distribuées sous forme de primes , mais seulement aux agriculteurs engagés dans des programmes environnementaux. Les ONG environnementales auraient souhaité 40% et surtout, elles se désolent que le principe de base des aides PAC, les aides à l'hectare, ne soit pas remis en cause. On rappelle que dans la PAC actuelle ce principe conduit à ce que  80% des aides ne bénéficient qu'à 20% des exploitants. "Sans changer ce système qui est au cœur du réacteur de la PAC, inutile d'essayer de verdir quoi que ce soit",  c'est ce que pense par exemple le paysan et écologistes européens Benoit Biteau, qui souligne par ailleurs que rien dans la PAC actuelle ne permet d'arriver à un autre objectif, européen lui aussi : réduire de 50 % les pesticides, de 20 % l’usage des engrais de synthèse et de porter à 25 % les surfaces en agriculture biologique d’ici à 2030.

Mais tout n'est pas perdu, puisqu'on l'a vu, chaque pays pourra décider du degrés de verdissement de ses aides PAC, grâce au PSN, le plan Stratégique National. En France un grand débat citoyen sur ce PSN a mis l'accent sur le fait que les français s'intéressent de façon détaillée à la façon dont sont produits leurs aliments,et qu'ils réclament eux aussi un verdissement accéléré et efficace. D'ailleurs plusieurs mesures issues de ce débat ont été soumises au ministre, qui doit s'exprimer sur le sujet au mois d'avril. 

D'ici là se sera t-il positionné sur la façon dont la France va distribuer ses aides ? C'est en attendant ce moment que les ONG font pression. Elles ne sont pas les seules bien sûr. Officiellement le ministère est encore en phase d'écoute.. Mais, et c'est un mauvais signe, selon le collectif "Pour une autre PAC" qui regroupe 45 associations, ONG et syndicats : depuis son arrivée au ministère Julien Denormandie n'a pas daigné recevoir en personne des représentants du collectif ou d'autres associations de consommateurs sur le sujet. Son cabinet l'a fait, mais lui non, malgré les demandes répétées. De là à imaginer que le ministre a choisi son camp, il n'y a qu'un pas.

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......