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2640 festivals ont été annulé cet été, dont le festival d'Avignon qui a proposé des visionnages des pièces qui ont fait son histoire. Ici un spectateur dans la Cour d'honneur

Plan de relance pour la culture : le grand flou

4 min
À retrouver dans l'émission

La culture est l'un des secteurs les plus affectés par la crise du covid. Le plan de relance lui consacre deux milliards d'euros, mais peut-on parler de relance ?

2640 festivals ont été annulé cet été, dont le festival d'Avignon qui a proposé des visionnages des pièces qui ont fait son histoire. Ici un spectateur dans la Cour d'honneur
2640 festivals ont été annulé cet été, dont le festival d'Avignon qui a proposé des visionnages des pièces qui ont fait son histoire. Ici un spectateur dans la Cour d'honneur Crédits : CLEMENT MAHOUDEAU - AFP

Le monde du spectacle, de la culture traverse un véritable désastre. C'est un secteur économique qui représente sept fois l'industrie automobile, on ne l'imagine pas. C'est un secteur sinistré. Roselyne Bachelot, le 31 août sur France Musique.

La ministre de la Culture, Roselyne Bachelot était sur France Musique pour sa rentrée médiatique, chaîne sur laquelle elle a tenu pendant quatre ans une chronique musicale hebdomadaire.   

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7 fois l'industrie automobile, la culture ? Ce chiffre a vraisemblablement été extrait d'un rapport rédigé en 2013 par l'Inspection Générale des Finances et l'Inspection des affaires culturelles, rapport qui cherchait à établir la contribution économique de la culture dans le PIB Français.   

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. Crédits : Inspection Générale des Finances et des Affaires Culturelles

Revenus des spectacles, des musées, vente de livres, places de cinéma, mais aussi activité indirectement culturelle, comme les chantiers de réhabilitation des monuments historiques... : mis bout à bout, ce PIB culturel, comme certains l'ont appelé s'élevaient à 3% du PIB total, soit 57 milliards 800 millions d'euros en 2011. Et c'était sans compter les effets induits des activités culturelles sur le logement, la restauration, les transports, et le tourisme international.   57.8 milliards, autant que l'agriculture et les industries alimentaires soulignaient les auteurs du rapport, quatre fois plus que l'industrie chimique, et sept fois plus que l'industrie automobile.   

Les activités indirectement culturelles comprennent par exemple le secteur du bâtiment spécialisé dans la rénovation des monuments historiques
Les activités indirectement culturelles comprennent par exemple le secteur du bâtiment spécialisé dans la rénovation des monuments historiques Crédits : Inspection générale des Finances et Inspection des Affaires culurelles

Depuis les chiffres ont évolué. La dernière étude du ministère de la Culture considère que le secteur culturel pèse 2.3% du PIB, et l'écart est moins flagrant avec l'automobile, qui selon d'autres calculs rapporte deux fois moins que la culture à l'économie et pas 7 fois moins.    

La culture, pas oubliée mais toujours parent pauvre

La culture c'est bien sûr bien plus que du PIB. Son apport est pour l'essentiel inestimable, mais si on s'en tient à son seul apport économique et mesurable, on constate que l'effort financier que la Nation est prête à lui consacrer est en proportion bien inférieur à celui qui sera mobilisé pour le secteur automobile qui a eu son propre plan spécifique à 8 milliards d'euros avant l'été et va bénéficier à plein de la baisse des impôts de production décidée dans le plan de relance.  

Cette fois, le premier ministre n'a pas oublié le secteur culturel (qui représente plus de 600 000 emplois directs) contrairement à Edouard Philippe qui dans son discours du 19 avril n'avait pas eu un mot pour le secteur culturel mis à l'arrêt quasi total par les mesures de confinement (ce qui avait poussé des dizaines d'artistes à signer une tribune publiée dans le Monde intitulée : « Monsieur le Président, cet oubli de l’art et de la culture, réparez-le ! » ) mais la culture reste le parent pauvre des plans d'urgence aux secteurs sinistrés, même si Jean Castex s'en défend auprès des journalistes.   

On est en France, donc le compte n'y est jamais, mais là nous avons fait, et je le revendique, des efforts substantiels. Jean Castex, lors de la conférence de presse sur le plan de relance.

Des efforts que les professionnels du secteur reconnaissent.  Pendant le confinement, ils n'auraient pas survécu sans le chômage partiel, les prêts garantis par l'Etat, les exonérations de cotisations : aides qui concernent tous les secteurs et qui pour la culture ont été accentué ce qui a coûté 4 milliards d'euros selon le ministère de la Culture.    

La prolongation jusqu'en août 2021 des droits au chômage pour les intermittents et intermittentes du spectacle, c'est un milliard d'euros en plus. 100 millions iront aux salles de spectacles dont les entrées sont limitées, mesures de distanciation oblige. 

Et à cela s'ajoutent les 2 milliards du plan de relance. Ou plutôt s'ajouteront peut être... car même si ces deux milliards ont déjà été fléchés entre les monuments historiques, le spectacle vivant, la presse, le livre, le cinéma, et même l'audiovisuel public (voir les détails ici), ils ne sont pas acquis.   

Si la ministre de la Culture, qui est parfaitement servie dans ce plan, ne l'exécute pas complètement, on lui dira, eh bien on va ré-allouer les crédits à la ministre de la transition écologique. Jean Castex lors de la présentation du plan de relance.

C'est l'une des originalité du plan de relance, les ministères, et pas seulement celui de la culture, n'ont pas la main sur l'argent, c'est Bercy qui débloque les fonds directement aux bénéficiaires.   

2 milliards pour la culture, ce n'est pas acquis

Quel sera le droit de regard du ministre de l'économie et de la relance Bruno Le Maire sur les attributions au secteur culturel ? Fera t-il siens les critères définis par la rue de Valois ? En aura-t-il d'autres ? Pour le moment, c'est encore très flou (malgré mes demandes insistantes de clarification auprès du ministère de la Culture).   

Un flou aussi grand que le flou sanitaire qui empêche le spectacle vivant, le plus affecté par la crise, de se projeter dans l'avenir : pas de spectateur debout, un siège sur deux en zones rouges, des zones vertes qui peuvent changer de couleur du jour au lendemain. Avec ces contraintes, planifier des tournées relève du casse tête et c'est risqué financièrement, les représentants de la scène privée et publique en témoignent.   

Un spectacle ça se prépare, ça se répète, ça se monte, ça se travaille... Comment voulez vous qu'à ce jour on puisse décider qu'à partir du mois de janvier février ou mars de l'année prochaine on va lancer des centaines de milliers de billets à la vente ? Ce n'est pas réaliste, et c'est donc impossible d'envisager 2021 sereinement. Pour le moment aucun de nos adhérent n'a fait faillite, c'est à partir de maintenant que ça va arriver, septembre octobre et surtout en début d'année prochaine. Jules Frectos co gérant d'une société de production de spectacle Alias, et membre du bureau du Prodis, le syndicat national des salles, des producteurs, des diffuseurs et des festivals.

Pourquoi faudrait-il un siège sur deux en zone rouge dans les salles de spectacle, alors que dans les transports collectifs cette règle n'existe pas ? C'est la question qui taraude les professionnels. Ce à quoi la ministre de la Culture répond que si les règles sont plus strictes pour les salles de spectacle qu'ailleurs, c'est pour susciter la confiance et faire revenir les spectateurs et spectatrices. Aujourd'hui, ils sont réticents atteste Frédéric Maurin, du SNSP. 

Le SNSP, Syndicat national des Scènes publiques, a envoyé une lettre à la ministre de la Culture à l'issue de la réunion avec le Premier Ministre et les acteurs de la filière du spectacle vivant fin août pour demander plus de clarté sur les critères d'attribution des 200 millions prévus pour la scène publique dans le plan de relance. 

Nous sommes inquiets pour les théâtres de ville qui ne sont pas subventionnés par l'Etat mais par les collectivités territoriales. Auront-elles les moyens de renouveler leurs dotations l'an prochain? Le sort de plus de 2000 salles et festivals est en jeu, Frédéric Maurin, co-président du SNSP qui représentent la scène publique.

"Arrêtons de croire que la situation dramatique que nous connaissons va changer, ça va durer", craint pour sa part Denis Gravouil de la CGT Spectacle qui regrette que pour la culture, comme pour les autres secteurs, le plan de relance n'envisage pas de demander des contreparties en terme d'emplois pour les aides touchées.   

Pour le spectacle vivant la saison 2021 devrait se programmer dès aujourd'hui, ce qui est encore impossible. Pour ce secteur, et la culture dans son ensemble, il n'est donc pas encore question de relance, mais de survie.

Marie Viennot

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