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Le studio de création du plasticien Jeff Koons a reçu entre 1 et 2 millions de dollars du programme pour les PME. Il est l’artiste vivant le plus coté au monde, sa sculpture lapin s’est vendue 91 millions aux enchères.

Plan de soutien américain : des millions à des milliardaires (et ce n’est pas le pire)

3 min
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Où vont les 669 milliards de dollars du plan américain pour aider les PME ? A Kanye West, Jeff Koons, 600 gestionnaires d’actifs, des députés... entre autres. Au centre de ce dispositif, les banques. JP Morgan reconnaît cette semaine enquêter sur des fraudes en son sein.

Le studio de création du plasticien Jeff Koons a reçu entre 1 et 2 millions de dollars du programme pour les PME. Il est l’artiste vivant le plus coté au monde, sa sculpture lapin s’est vendue 91 millions aux enchères.
Le studio de création du plasticien Jeff Koons a reçu entre 1 et 2 millions de dollars du programme pour les PME. Il est l’artiste vivant le plus coté au monde, sa sculpture lapin s’est vendue 91 millions aux enchères. Crédits : DANIEL DEME - Maxppp

Kanye West, le rappeur, Jeff Koons, le plasticien, Joe Farrel, un promoteur immobilier des Hamptons, qu’ont-ils en commun à part leur richesse personnelle ? 

Tous ont fait appel au dispositif d’aide aux PME lancé par le gouvernement américain en avril et reçu des sommes supérieures à 1 million de dollars. 

On trouve aussi parmi la liste des bénéficiaires de ce plan (liste officielle mais incomplète publiée début juillet par la Small and Business Administration) : 400 country clubs et golfs, 600 sociétés financières dont des hedge funds, ou encore Soho House, un club réservé aux ultra riches. 

Ci dessous une vidéo qui décortique ce fichier. 

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Que des milliardaires fassent appel à l’Etat pour leurs entreprises, de vêtements, d’art, de finance, qu’ils auraient pu peut être aider eux même, c’est choquant, mais légal.

Cette aide, ils y ont droit. Elle est destinée aux entreprises de moins de 500 salariés qui déclarent sur leur bonne foi en avoir besoin pour faire face aux difficultés économiques. Elle est octroyée par les banques sous forme de prêts, qui deviendront des subventions si l’argent a bien été utilisé pour maintenir les emplois. 

Car c’est le but de cette aide : éviter les licenciements. Comme chez nous avec le chômage partiel, sauf qu’aux Etats Unis, cet argent public transite par les banques. C'est d'abord un prêt, qui peut devenir une subvention sur simple demande

On peut s’étonner de ce choix dans un pays où les banques s’illustrent régulièrement par leur manque de probité, mais l’administration américaine l’a justifié ainsi : passer par les banques c’était le moyen le plus rapide de faire parvenir l’argent aux entreprises proches de la faillite. 

Mais qu’ont fait les banques ? Elles ont profité de ce rôle central pour développer un nouveau business, commissions à la clef, et proposer à leurs bons clients, dont des députés élus au Congrès, ces prêts peu chers. 

Ont-elle reçu et aidé les entreprises au bord du gouffre à qui elles ne prêtaient pas auparavant ? Très peu d’après les témoignages recueillis par les médias américains, ce qui a exclu du programme, beaucoup de commerces noirs ou hispaniques. L'aide à donc en partie raté sa cible. 

1,6 millions d'argent public pour... une Rolex, un pick up, etc.

Les banques ont-elles vérifié, comme elles étaient censées le faire, que tel candidat à l’aide avait bien 200 emplois à sauver ? Que sa société existait même réellement? Visiblement, pas toujours. 

Cette semaine, la plus grande banque des Etats Unis, JP Morgan, a reconnu avoir repéré des agissements potentiellement délictueux parmi ses clients et ses employés. Elle dit mener l’enquête. 

Les cas d’abus et de fraudes au sujet de ce programme PPP (Paycheck Protection programme) remontent à la surface depuis plusieurs semaines. 

Cet été, un Texan qui avait utilisé son prêt pour s’acheter une Rolex, une Lamborghini, un pick up et des biens immobiliers a été arrêté. Il avait réussi à obtenir un million 600 000 dollars du plan PME. 

Une anecdote parmi d’autres… le plus inquiétant est ailleurs. 

D’abord, la liste transmise par l’administration chargée des PME est incomplète, elle ne concerne que 14% des bénéficiaires des prêts, tous ceux qui sont en dessous de 150 000 dollars passent sous les radars. A quelques semaines des élections présidentielles, c’est fâcheux. 

Ensuite, elle est truffée d’erreurs. Sur les 4 millions 900 000 prêts accordés, 873 000 l’ont été sans qu’aucun emploi n’ai été déclaré par leurs bénéficiaires. Le Washington Post a constaté aussi que le nombre d’emplois dits “à sauver” peut être trois fois supérieur aux nombres d’employés total du secteur dans le pays. Le journal cite une église texane, qui a rempli une demande pour 500 salariés, alors qu’elle n’en a que 12 etc etc. 

La gestion de cette aide aux PME, c’est une histoire d’horreur à venir, titre un éditorialiste du Washington Post, mais le président Américain n'a qu'une chose à dire à ce sujet.

Grace au plan d'aide que j’ai signé, nous avons sauvé 50 millions d'emplois américains. Donald Trump le 15 août lors d’une conférence de presse.

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Un chiffre aussi faux que les erreurs du fichier publié par son administration. 

Pour le moment, les prêts ne se sont pas encore devenus des subventions, l’entreprise doit le demander, preuve du maintien de l'emploi à l’appui. Le problème c’est qu’aucun contrôle systématique n’est prévu au dessous de 2 millions de dollars de prêts, ce qui représente 0,6% des prêts potentiellement accordés s’inquiète la commission bi partisane (mais majoritairement démocrate), chargée au Congrès de suivre la crise du Coronavirus. 

Les fraudeurs sont bien conscients de ce plan d'audit limité et de la surveillance limitée du programme. Selon les experts en fraude, les criminels considèrent le PPP comme un «terrain fertile» pour les escroqueries. Memorandum du sous comité chargé du suivi de la crise du Coronavirus.

Autant dire, par ici l'argent est gratuit. Merci le contribuable et merci la pandémie !

Marie Viennot

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