LE DIRECT
Manifestation des salariés de Ford Blanquefort en octobre 2018 à Bordeaux. L'usine avait aussi été menacé de fermeture en 2008. 850 emplois sont menacés.

Pourquoi Ford refuse de céder l'usine de Blanquefort

3 min
À retrouver dans l'émission

État, salariés, collectivités locales sont tous unies contre Ford qui préfère licencier 847 salariés plutôt que de céder l'usine de Blanquefort à un repreneur. Mais Ford a ses raisons, dicibles et moins dicibles.

Manifestation des salariés de Ford Blanquefort en octobre 2018 à Bordeaux. L'usine avait aussi été menacé de fermeture en 2008. 850 emplois sont menacés.
Manifestation des salariés de Ford Blanquefort en octobre 2018 à Bordeaux. L'usine avait aussi été menacé de fermeture en 2008. 850 emplois sont menacés. Crédits : GEORGES GOBET - AFP

Juin 2011. Débrayage  à l'usine de Blanquefort. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Philippe Poutou (dans l'extrait retenu dans la bulle parlée) est au micro. Il n'a pas encore été candidat à la présidentielle. Représentant syndical CGT, il anime une opération usine morte à Blanquefort; les salariés du site ne sont alors pas employés par Ford mais par First Aquitaine.   

Ce qu'ils demandent c'est le retour de Ford. Un an auparavant, le constructeur américain a cédé l'usine à un conglomérat allemand, mais déjà la reprise ne fonctionne pas, les investissements promis pour produire des pièces d'éoliennes n'ont pas été fait, et Ford est appelé à la rescousse pour reprendre l'usine dont il pensait pouvoir se débarrasser.   

Chat échaudé craint l'eau froide... Ainsi peut-on expliquer d'abord les réticences de Ford à céder de nouveau l'usine de Blanquefort au groupe Flamand Punch qui veut la reprendre.   

Mais dans ce dossier on ne peut faire que des suppositions.   

Céder coute plus cher que licencier

Le contrat de cession d'un actif industriel est un contrat privé, et on ne sait pas précisément ce que Punch a demandé à Ford pour reprendre l'usine de Blanquefort.   

Ce qui est sûr, c'est que cette cession ne rapportera pas d'argent à Ford, mais qu'elle lui en coutera. Céder serait même plus couteux que licencier les 850 salariés de l'usine estime Bercy qui suit le dossier de près. Première raison possible donc, le cout de l'opération.   

Deuxième raison, Ford serait obligé de garder un pied en Aquitaine. Pour assurer la transition, le constructeur américain devrait continuer à acheter des boitiers automatiques made in Blanquefort jusqu'en 2021, alors que son désir est de rapatrier la production aux États Unis.   

Le marché européen est de moins en moins rentable se justifie la firme de Détroit pour ne plus produire en France. Quant au projet de reprise, il n'est selon elle pas viable, Punch n'ayant présenté aucune lettre de commande ferme. En décembre, donc, Ford a refusé de céder à Punch, ce qui a conduit le ministre de l'économie et des finances à prononcer un discours à l'assemblée nationale d'une tonalité très NPA.    

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Aujourd'hui, Bercy reconnait que Punch doit donner des signes tangibles qu'il y a des clients intéressés par les boites de vitesse qui sortiront de l'usine de Blanquefort.  Mais il ne peut pas obliger Ford à vendre à un repreneur. Quand ils ont voté la loi Florange en 2014, les socialistes avaient prévu cette obligation, mais le conseil constitutionnel a retoqué cette disposition qui portait atteinte au droit de propriété et à la liberté d'entreprendre.    

Chercher un repreneur, c'est obligatoire, trouver non, vendre encore moins. Que peut faire l'Etat pour contraindre Ford? Pas grand chose reconnaissait déjà en mars Jean Pierre Floris, le délégué aux restructurations d'entreprise lors d'une audition au parlement sur les décisions de l'Etat en matière de politique industrielle.   

Nos moyens de pression sur Ford sont assez limités sauf à les emmerder, excusez moi; sur d’éventuels PSE. Jean Pierre Floris, délégué interministériel.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Retoquer le plan de sauvegarde de l'emploi présenté par Ford, c'est justement ce qu'a fait l’État cette semaine, ce qui donne un peu de temps au repreneur pour trouver des clients.   

Comme ils l'avaient fait il y a 5 ans pour que Ford relance la production dans l'usine de Blanquefort, les pouvoirs publics sont également prêts à donner plusieurs millions d'euros au nouveau projet. 5 millions d'euros a dit le ministre de l'économie qui estime le projet viable depuis le début. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Les syndicats de salariés ont eux consenti à rogner sur leur salaire, leur RTT, et la moitié des emplois, Punch ne souhaitant reprendre que 400 salariés.   État, collectivités locales, syndicats de salariés : tous sont d'accords pour la reprise, mais c'est Ford qui décide. 

Que se passera-t-il si Ford cède, et que ça ne marche pas? La crainte de Ford de ne jamais pouvoir partir du site de Blanquefort parait en effet fondée.  Rien dans la loi n'oblige son retour, mais deux jurisprudences ont ouvert une brèche. L'entreprise qui cède n'est pas dégagée de ses responsabilités vis à vis des salariés, et elle peut avoir à payer les indemnités de licenciements en cas de faillite du repreneur.    

Voilà pourquoi l’État Français envisage de nationaliser temporairement l'usine de Blanquefort pour ensuite la céder lui même à Punch.   La proposition est sur la table, mais le doute juridique plane malgré tout.  Plane aussi l'idée que Ford refuse le projet du repreneur, pour ne pas financer une usine qui à terme lui ferait indirectement concurrence...   

La réalité rejoint la fiction que décrit le film "En guerre", de Stéphane Brizé... mais la fin de l'histoire de l'usine de Blanquefort reste heureusement encore à écrire.   

Marie Viennot

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......