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Le ministre des finances Bruno Le Maire à la sortie du conseil des ministres où il a présenté le 4ème projet de loi de finances rectificatif de l'année. Un record inégalité depuis 2011

Quoi qu’il en coûte : à qui, combien et quand ?

4 min
À retrouver dans l'émission

186 milliards d’euros, c’est pour le moment le coût estimé de la crise sanitaire pour les finances publiques. Un coût à minima, financé par la dette, "qu’il faudra rembourser". Comment ? Une commission va y réfléchir. Sa composition sera cruciale.

Le ministre des finances Bruno Le Maire à la sortie du conseil des ministres où il a présenté le 4ème projet de loi de finances rectificatif de l'année. Un record inégalité depuis 2011
Le ministre des finances Bruno Le Maire à la sortie du conseil des ministres où il a présenté le 4ème projet de loi de finances rectificatif de l'année. Un record inégalité depuis 2011 Crédits : Julien Mattia - Maxppp

Tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés, et pour protéger nos entreprises, quoi qu’il en coûte, là aussi. Emmanuel Macron, le 12 mars 2020.

C’était le 12 mars à l’annonce du premier confinement. Quoi qu’il en coûte : la formule empruntée par le Président de la République à Mario Draghi lorsqu’il était président de la Banque centrale européenne devint pendant quelques semaines un mantra repris par tous les membres du gouvernement. 

A lire : Coronavirus : le Quoi qu’il en coûte en six questions

'Quoi qu'il en coûte", on entend plus beaucoup cette formule, et on est toujours dans le flou quant au coût final de la crise sanitaire pour l'Etat et la Sécurité sociale.  L’incertitude est trop grande, radicale disent les économistes, non probabilisable, autrement dit imprévisible par les modèles actuels. 

A lire / écouter : Crise sanitaire versus prévisions budgétaires

Pour l’année 2020, ce quoi qu’il en coûte, on le connaîtra l’été prochain, quand la loi de règlement clôturera les comptes. C’est là qu’on pourra voir ce qui a été réellement dépensé en 2020 suite à la crise sanitaire.  Ici un article qui explique la différence entre les PLF (Projets de loi de finances), les PLFR (Projet de loi de finance rectificatif), et les LR (Loi de Réglement). 

Une chose est claire, plus l’année avance, plus le "quoi qu’il en coûte", coûte. 

Entre le premier budget rectificatif présenté en mars, et le quatrième qui vient de l’être, on est passé d’un coût annoncé de 15 milliards d’euros à 186 milliards. 

Baisse des recettes, liée à la baisse de l’activité économique, augmentation des dépenses, liée au soutien de cette activité et aux dépenses de santé, on appelle ça l’effet ciseau. 

186 milliards : un coût à minima

Mais 186 milliards, c’est un chiffre à minima parce qu’il ne tient pas compte des prêts que l’Etat a garanti pour les entreprises. Garanti par l’Etat, cela veut dire que si l’entreprise ne peut pas rembourser son prêt à la banque, c’est l’Etat, donc le ou la contribuable, qui le fera. 

Suivi des Prêts Garantis par l'Etat par la Banque de France
Suivi des Prêts Garantis par l'Etat par la Banque de France Crédits : Banque de France

Or l’Etat avait garanti, avant le 2ème confinement, 122 milliards de prêts, dont 40% aux Très Petites entreprises, les plus fragilisées. Pour le moment, il n’a pas intégré les pertes potentielles de ces garanties dans le budget, mais il les a estimé à 3,6 milliards d’euros. Chiffre contesté par des experts cités par le journal le Monde, qui jugent que 10 à 20% de ces prêts pourraient faire défaut (estimation faite avant le deuxième confinement). 

"Quoi qu’il en coûte", en 2020, ce sera plus que 186 milliards, on peut l’affirmer sans prendre trop de risque. 

Plus difficile est d’estimer ce que cette crise va coûter financièrement aux agents privés, car malgré les aides de l’Etat, il y aura des faillites. "100 000 à 150 000 chefs d’entreprise, au premier rang desquels les dirigeants de très petites entreprises vont disparaître" s’alarme dans une Tribune au Monde, Anthony Streicher, le président de la garantie sociale des chefs d’entreprise or seulement 1% d’entre eux ont un filet de sécurité. 

Restauration et services aux particuliers (pour le ménage, l’aide à domicile, les devoirs aux enfants) devraient voir leur activité chuter de plus de 60, voire 80% lors de ce deuxième confinement prévoit la Direction du Trésor. La construction serait moins touchée qu’au premier,  le commerce quasi autant avec une baisse d’activité prévue de 30%. 

Lecture : l'impact du 1er et du 2ème confinement sera le même pour la restauration, mais pas pour la construction (60% de baisse d'activité au 1er, et 20% estimés au second)au premier et deuxième confinement
Lecture : l'impact du 1er et du 2ème confinement sera le même pour la restauration, mais pas pour la construction (60% de baisse d'activité au 1er, et 20% estimés au second)au premier et deuxième confinement Crédits : Direction du Trésor

Comment chiffrer aussi les pertes de revenus pour les chômeurs, chômeuses, précaires, étudiants, pour qui les perspectives d’embauche sont quasi nulles dans les mois prochain ? 

Et comment chiffrer enfin, tout ce qui est non quantifiable : la détresse sociale, psychique, physique liée aux restrictions des rapports humains, et la fermeture des lieux où le corps exulte... ou plutôt exultait.

A écouter : Le monde de la nuit éteint par le Covid

130 milliards de dette en plus

Ce qui est bien quantifiable, en revanche, c’est la dette qui va résulter de ce "quoi qu’il en coûte", car il est intégralement financé par des emprunts. Avant la crise sanitaire, la France avait prévu en 2020 d’emprunter 230 milliards pour boucler son budget, on passe à 360 milliards d’euros dans le 4ème projet de budget. 

360 milliards qui vont donc s’ajouter aux 1800 milliards de dettes qu’avait la France fin 2019. 

Aucun stress à avoir, la Banque centrale européenne en rachète une bonne partie, et la France passe toujours pour un investissement sûr, peu risqué, aux yeux des marchés financiers. Mais il faut quand même les rassurer. 

D’où le discours très contrasté de Bruno Le Maire selon ses interlocuteurs. Aux entrepreneurs lors du Big2020, un événement organisé par la Banque Publique d’investissement début octobre, le ministre exhorte les entreprises à profiter autant que possible de l’argent public.

C’est dans ces moments de crise qu’il faut profiter de l’argent de l’Etat. Croyez moi, c’est pas tous les jours qu’un ministre des finances vous dira : vous avez besoin d’argent ? Je vous en donne !! (applaudissements). Profitez-en ! Profitez en pour investir ! Profitez en pour vous interroger sur la raison d’être de votre entreprise. Profitez en pour associer vos salariés davantage à votre processus de production. Bruno Le Maire, au Big 2020 le 1er octobre.

Mais quand il parle du "quoi qu’il en coûte" dans l’hémicycle à l’occasion des projets de budgets rectificatifs, le ministre des finances martèle. 

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Cette dette, je tiens à le redire, il faudra la rembourser le moment venu. Bruno Le Maire, le 4 novembre, devant la commission des finances de l’Assemblée réunis pour l’examen du 4ème PLFR.

Deux discours pour deux objectifs : d’un côté il faut que les entreprises fassent appel au plan de relance pour qu’il ait une chance de faire repartir la croissance, de l’autre, il faut quand même rassurer ceux qui prêtent à la France. 

Le risque de l’austérité après la crise, comme en 2008 ?

Quand viendra ce moment… nul ne sait encore. Une fois que la reprise sera bien engagée, conseille le FMI dans un rapport sur la France

En attendant, Bercy va créer un groupe de travail d’experts chargé de réfléchir à des scénarios pour reconstruire la trajectoire des finances publiques sur 5 à 10 ans. Un moyen habile de dépolitiser la question alors qu’elle sera sans doute l’un des enjeux de la campagne présidentielle de 2022. 

Le choix des personnalités qualifiées de ce groupe de travail (qui n'est pas encore arrêté à l'heure de publier cette chronique) sera  extrêmement politique, même s’il se fera, on peut s'y attendre, sous le sceau de la neutralité revendiquée. 

Les économistes opposés au retour de l’austérité en feront-ils partie ne serait-ce que pour animer le débat ? Ce serait une vraie surprise quand on voit la liste des économistes consultés régulièrement par Bercy depuis le début de la crise en mars. Ci-dessous la liste des économistes consultés mardi 3 novembre par Bruno Le Maire. 

Jean-Luc TAVERNIER, Philippe MARTIN, Olivier GARNIER, Philippe AGHION, Patrick ARTUS, Xavier RAGOT, Jean PISANY-FERRY, Mathilde LEMOINE, Michel DIDIER, Daniel COHEN, Benoit COEURE, Christophe BARRAUD, Ludovic SUBRAN, Alexis GARATTI, Jean Hervé LORENZI, Laurence BOONE, Agnès BÉNASSY-QUÉRÉ. 

On y trouve aucun membre de l’économie hétérodoxe ou de l’Afep (l’Association française d’économie politique), aucun spécialiste des liens entre écologie et économie, aucun économiste atterrés, et bien sûr aucun de ceux et celles qui plaident pour l’annulation d’une partie des dettes publiques. Pour un éclairage sur cette proposition, les pour, et les contres, chronique ci-dessous. 

A lire/ écouter : Annuler les dettes : un choix politique, pas magique

Si le "quoi qu'il en coûte" fut une brèche dans la doxa du gouvernement attaché jusque-là à réduire les déficits, ouvrir les vannes de la dépense publique lui est semble-t-il plus facile que d'ouvrir le débat à des avis divergents. 

Pourtant cette ouverture ne coûterait rien, elle n’endetterait personne. Possible que les investisseurs que rencontre l’Agence France Trésor régulièrement pour placer la dette française verraient cette ouverture d’un mauvais œil, et c’est peut être ce qui retient le gouvernement, mais les efforts consentis "quoi qu'il en coûte" par chacune et chacun pendant les confinements seraient peut être plus supportables s'il y avait un tout petit peu plus de pluralisme dans les réflexions. 

L’extrait musical de la bulle audio ci-dessous. 

Et pour comprendre pourquoi ce choix, la réponse est dans ce tweet.  

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Marie Viennot

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