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Manifestation le 15 décembre 2020 devant le ministère de la Santé pour demander l'extension de la revalorisation mensuelle de 183 euros/mois au personnel du médico-social. Ce qui a depuis été accordé et sera financé par le déficit de la Sécu

"Quoi qu’il en coûte" : une menace à moyen terme pour la protection sociale

3 min
À retrouver dans l'émission

Dans sa gestion des surcoûts liés à l’épidémie de Covid-19, l’exécutif a réparti les efforts financiers entre Etat, Unedic et Sécurité sociale. Que restera-t-il du discours du 12 mars 2020 quand viendra l'heure de combler les trous ? Qui l'assumera alors ?

Manifestation le 15 décembre 2020 devant le ministère de la Santé pour demander l'extension de la revalorisation mensuelle de 183 euros/mois au personnel du médico-social. Ce qui a depuis été accordé et sera financé par le déficit de la Sécu
Manifestation le 15 décembre 2020 devant le ministère de la Santé pour demander l'extension de la revalorisation mensuelle de 183 euros/mois au personnel du médico-social. Ce qui a depuis été accordé et sera financé par le déficit de la Sécu Crédits : Ludovic Marin - AFP

La santé n'a pas de prix. Le Gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires... quoi qu'il en coûte.  Emmanuel Macron, le 12 mars 2020. 

C’est le premier des "quoi qu’il en coûte" prononcé par Emmanuel Macron le 12 mars 2020. Un quoi qu’il en coûte pour prendre en charge les malades, sauver des vies. 

Le deuxième, fut pour les salariés et les entreprises… pour compenser le confinement. Quoi qu’il en coûte la aussi. 

Avant de faire les comptes, cette citation que l’on trouve en préambule du livre d’Alain Supiot "La gouvernance par les nombres": 

Ce qui manque ne peut pas être compté. L’ecclésiaste. 

Le coût de la pandémie est inestimable. 

Si on essaie néanmoins d'évaluer son coût financier, il est crucial de distinguer le "quoi qu'il en coûte" pour l'Etat, l'Unedic et la Sécurité sociale et de le faire dans la durée. 

L'Etat est celui qui a le plus dépensé pour le moment. Entre ses pertes de recettes, et ses dépenses en plus, il a dû trouver 186 milliards d’euros en 2020. Il a transféré des milliards aux collectivités locales, financé une partie des dépenses de l’assurance maladie, mais il n’a pas tout pris en charge. 

Un tiers du financement de l’activité partielle est payé par le budget de l’assurance chômage, l’Unedic, soit 9 milliards d’euros en 2020.

NB : Pour une revue complète du Quoi qu'il en coûte sur toute l'année, les différents projets de loi de finance rectificatif, l'origine de cette formule "magique", et ce qui permet de la financer : Le "quoi qu'il en coûte" en six questions. 

Un tiers de l'activité partielle payée par l'assurance chômage

360 000 emplois dans le privé ont été détruits l’an dernier selon l'Insee qui s'attendait à bien pire. Moins d’emplois, c'est moins de recettes pour l’Unedic, et plus de dépenses. 

Effet ciseau classique, au final, le déficit atteint 17 milliards d’euros, contre un milliards de perte anticipées auparavant. 

Le surcoût de la crise du covid-19 pour l’assurance chômage, c’est donc 16 milliards en 2020, 8 milliards prévus en 2021, et encore 10 milliards en 2022... si on tient compte des excédents que l'Unedic était censé faire à partir de cette année. 

Soldes financiers estimés par l'Unedic en février 2021
Soldes financiers estimés par l'Unedic en février 2021 Crédits : Unedic

L’Unedic prévoit une dette de 70 milliards d'euros en 2022, deux fois plus qu’avant la pandémie. Or cette dette est gérée à part de la dette de l’Etat, elle ne bénéficie pas des mêmes conditions de financement, et elle pourrait très bien être agitée comme un chiffon rouge par la suite pour justifier de nouvelles réformes de l’assurance chômage. 

Nous souviendrons nous alors que la moitié de cette dette Unedic vient du "quoi qu’il en coûte" de mars 2020 ? 

En 2020 #onapplaudit, mais pas en 2021

#Onapplaudit, ce fut un hashtag viral il y a un an… Plus aujourd’hui. 

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Le personnel de santé n’est pas moins mobilisé.  Il ne part plus au front sans masque, mais il est amer. 

L’Etat n’a pas lésiné sur les dépenses de santé liées au covid_19. Il a pris en charge à 100% tous les tests, payé les heures supplémentaires des soignants, les primes, l’achat de masques et respirateurs… pour autant, la même logique d’économie reste à l’œuvre. 

A lire/ écouter : Assurance maladie : pendant la pandémie, les économies continuent

4 milliards d’euros de "mesures de régulation", c’est le jargon, ont été prévues pour le budget de l’assurance maladie en 2021. Ce fut voté en pleine seconde vague. 

Les mesures de régulation (comprenez économies) planifiées en octobre 2020 pour l'année 2021 par le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale présenté par le gouvernement
Les mesures de régulation (comprenez économies) planifiées en octobre 2020 pour l'année 2021 par le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale présenté par le gouvernement Crédits : Bercy, Santé

On transfère en ce moment des malades d’une région à l’autre, mais les fermetures de lits par centaines n’ont été remises en cause qu’à la marge. 

Cette semaine, le Premier ministre annonce en grande pompe 19 milliards sur 10 ans pour l'Hôpital public, mais plus de la moitié de cette somme avait déjà été promise il y a 18 mois. 

  • Hôpital, Ondam et PLFSS sont dans un bateau..., chronique écrite en novembre 2019, quand Edouard Philippe a annoncé des moyens "considérables" pour l'hôpital public (dont 10 milliards que l'on retrouve dans les 19 annoncés par le Premier ministre Jean Castex)
  • Où trouver "du fric pour l’hôpital public" ?chronique écrite en juin 2020 qui évoque diverses pistes de financement possible et la frontière de plus en plus perméable entre budget de l'Etat et budget de la Sécurité sociale. 

"Après des années de sous financement chronique, on prend, c'est positif", réagit la Fédération Hospitalière de France, avant d'ajouter qu'il serait bien de cesser de présenter toujours les mêmes milliards. 

Pour le Collectif Inter-hôpital, Anne Gervais considère aussi que "cet argent est bienvenu" mais s'inquiète des conditions qui seront soumises aux hôpitaux pour en bénéficier (notamment pour la reprise de dette). "Il faudrait pas qu'on nous la fasse "à la Grecque", et de toutes façons, cela ne réglera pas le problème de sous financement chronique du fonctionnement de l'hôpital public, puisqu'on nous demande encore aujourd'hui de faire des économies". 

De l'argent pour l'hôpital public ? Oui, le gouvernement en a trouvé pour augmenter le salaire des infirmières et des soignantes en Ehpad, mais il n'a rien prévu pour financer cette augmentation. 

Des revalorisations salariales pas financées sur le moyen terme 

183 euros en plus par mois, pour plus d’un million 600 000 salariés, c'est 8 milliards d'euros par an. Or ce n'est pas une dépense exceptionnelle, comme les mesures de soutiens aux secteurs sinistrés que finance l'Etat et qui prendront fin, 8 milliards, c'est une somme qui augmentera chaque année. 

Cette hausse de salaire n’aurait sans doute jamais été accordée sans la crise du covid, elle est justifiée, ce n’est pas la question (et elle est sans doute encore insuffisante vue la pénurie chronique d’infirmières) mais elle va creuser le trou de la sécu... trou qui servira aussi sans doute à justifier ensuite des économies sur la Sécu, comme pour l'assurance chômage. 

En 2020, les comptes de la Sécu sont moins dans le rouge qu'imaginé au départ car l'activité économique a moins plongé que prévu, et c’est tant mieux. Mais 39 milliards d'euros de déficit quand même, ce sera plus de 20 milliards en 2021, et encore en 2022, et 2023, et 2024… 

Estimation du déficit de la Sécurité sociale lors du PLFSS 2021
Estimation du déficit de la Sécurité sociale lors du PLFSS 2021 Crédits : Bercy Santé

La encore, ce déficit ne vient pas abonder le budget de l'Etat (qui se finance sur les marchés grâce au soutien massif de la Banque Centrale Européenne), il alimente une dette séparée. Le gouvernement a été prévoyant, il a déjà transféré au printemps 92 milliards de dette "présente et à venir" à la Cades. Pour plus d'explication sur cet épisode important et peu connu, c'est ci-dessous. 

A lire / écouter : Avenir de la Sécurité sociale : les arbitrages se font dès maintenant

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Le Quoi qu'il en coûte va durer des années. Faire les comptes aujourd'hui n'a pas de sens. 

Et dans un an ? Qu'en dira-t-on quand la campagne présidentielle battra son plein ? Se rappellera-t-on des efforts consentis par les budgets sociaux (chômage et Secu) au plus fort de la crise ? Ou deviendront-ils des trous à combler ?

Qui assumera sur le long terme cette phrase prononcée un soir de mars 2020 ? 

Celui qui l'a prononcé ? Ou ses adversaires ? 

Marie Viennot

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