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Le gouvernement assure que le système à point sera "plus juste et plus solide" mais il va occasionner des pertes de recettes (cotisations) qui se comptent en dizaine de milliards et on ne sait pas encore comment il compte les compenser.

Retraite à points : le point sur les chiffres

3 min
À retrouver dans l'émission

Deux mois que les retraites sont au centre du débat, et le gouvernement n'a toujours pas présenté d'étude sur l'impact de sa réforme. Il devra le faire lors de la présentation du projet de loi, c'est une obligation constitutionnelle, mais y verra-t-on vraiment plus clair ?

Le gouvernement assure que le système à point sera "plus juste et plus solide" mais il va occasionner des pertes de recettes (cotisations) qui se comptent en dizaine de milliards et on ne sait pas encore comment il compte les compenser.
Le gouvernement assure que le système à point sera "plus juste et plus solide" mais il va occasionner des pertes de recettes (cotisations) qui se comptent en dizaine de milliards et on ne sait pas encore comment il compte les compenser. Crédits : Thomas SAMSON - AFP

Juste, équilibré, universel, solide, ainsi le gouvernement qualifie son projet de réforme systémique des retraites. 

En face, ceux et celles qui s’y opposent le disent non redistributif, dangereux, et pas nécessaire… 

Qui croire ? 

Il est encore trop tôt pour faire cette analyse, car les paramètres les plus importants du Système de retraite universel SRU, retenez cet acronyme, ne sont pas encore sur la table. Certains seront fixés par ordonnances et décrets, d’autres par les parlementaires, d’autres font l’objet de  négociations avec les partenaires sociaux. 

Ce qui est clair…. c’est qu’il faudra que la valeur du point, si centrale dans le nouveau système, soit décidée avant le 30 juin 2021, c’est dans le projet de loi. 

Ce qui l’est moins, ce sont les chiffres qui circulent…  alors faisons le point sur quelques uns. 

Le système actuel est-il en déficit ? 

OUI, il l’est. En 2018, le régime général fonds de solidarité vieillesse sont dans le rouge pour un milliard 800 millions d’euros. En 2019, ce devrait être 4 milliard 400 millions… mais là, le gouvernement est en partie responsable, car il n’a pas compensé auprès de la sécurité sociale une partie des coûts des mesures prises pour répondre à la crise des gilets jaunes. S’il l’avait fait, le déficit serait comme en 2018. Il serait donc moindre, mais il serait toujours là. 

Ce déficit sera-t-il de 12 milliards en 2027 ? 

12 milliards d’euros en 2027, c'est le chiffre avancé par le gouvernement. Il faut rentrer dans les détails pour répondre. 

D’où vient ce chiffre? Du rapport du COR, le conseil d’orientation des retraites, rendu en novembre, sauf que le COR n’a pas donné un chiffre de déficit mais DES chiffres. 

La fourchette qu’il met lui en avant dans son rapport, c’est 7 à 17 milliards de déficit en 2025. 

Si la fourchette est si large, c’est parce que diverses prévisions de croissance, de chômage et de productivité ont été prise en compte. 

C’est aussi parce qu’il a trois modes de calcul différent. TCC, EPR, et EEC. Pour chacun, en gros, la contribution de l’Etat en tant qu’employeur, et en tant que garant de la solidarité vieillesse diffèrent… et cela joue sur l’ampleur du déficit. 

Ajout depuis la diffusion de la chronique radio : 

Pour son évaluation de 12 milliards en 2027, le gouvernement a retenu une hypothèse moyenne entre ces trois mode de calculs. "Les 3 conventions du COR retiennent des hypothèses différentes sur la manière de projeter les dotations d’équilibre de l’Etat au régime de la FPE et aux régimes spéciaux. Il est proposé de retenir une trajectoire intermédiaire entre la convention basse et la convention médiane. Le déficit du système de retraite serait alors de 10 Md€ en 2025 et 12 Md€ en 2027" m'a répondu le secrétariat d'état aux retraites.

Depuis la diffusion de cette chronique, un article du Monde intitulé : "Ces économistes proches de Macron qui conseillent la CFDT", cite Philippe Aghion, l'un de ces économistes, critique ce chiffre de 12 Mds utilisé par le gouvernement et le qualifie de non sérieux. 

"Ce montant a été calculé « en faisant la moyenne entre la projection la plus optimiste du Conseil d’orientation des retraites pour 2025 et sa projection la plus pessimiste, sans discuter des hypothèses sous-jacentes », remarque Philippe Aghion dans l'article du Monde cité ci-dessus, en concluant : « _Ce n’est simplement pas sérieux_. Plus généralement, je suis frappé par le manque d’informations, il est temps d’y mettre fin. »

Selon la convention choisie, et les taux de croissance, le solde du régime général diffère fortement.
Selon la convention choisie, et les taux de croissance, le solde du régime général diffère fortement. Crédits : COR

Ce qu’on l’on sait en revanche, c’est que pour ce rapport de novembre, le gouvernement a fixé au COR des hypothèses nouvelles, qui relèvent non pas de la macroéconomie, mais de choix politiques. 

Jusqu’à maintenant, le COR considérait que la masse salariale des agents de la fonction publique augmentait autant que celle du privé. Pour le rapport de novembre, changement de braquet, le gouvernement lui demande de faire ses calculs avec une masse salariale des fonctionnaires quasi stagnante, ce qui va entre parenthèse à l’encontre des engagements qu’il vient de prendre pour les salaires des enseignants. 

En tout cas, pour la calculette du COR, qui dit moins de masse salariale dans la fonction publique, dit moins de cotisation retraite, dit moins de recette, dit… aggravation du déficit. Cela conduit à relativiser la signification de ce déficit, (ou indicateur de solde dans le jargon), c’est le Comité de Suivi des Retraites qui l’explique dans le rapport qu’il avait lui rendu en juin 2019. 

Une diminution de la masse salariale du secteur public (point d’indice, nombre d’agents publics, etc.), pour laquelle le taux de cotisation retraite est plus important que celui des régimes du secteur privé, conduit ainsi à projeter une baisse de ressources significative pour le système de retraite. Alors que le bilan est au total bénéficiaire pour le budget de l’État et des collectivités, qui financent ces cotisations, cette convention fait apparaître un besoin de financement accru pour le système de retraites. Cette propriété conduit à relativiser la signification de cet indicateur de solde. Comité de suivi des retraites. Rapport rendu en juin 2019.

Autre recette en moins, le manque à gagner des mesures gilets jaunes non compensées à la sécurité sociale cumulées sur plusieurs années. 

En clair, une partie du déficit annoncé par le gouvernement est lié à ses propres décisions. Ce n’est pas une analyse partisane, plusieurs économistes ayant participé au programme d’Emmanuel Macron, y compris son projet de retraite à point l’ont écrit dans une tribune publiée par le Monde en décembre

Il faut souligner que le rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) ne sonne pas l’alarme sur l’équilibre de la répartition : les dépenses sont stabilisées autour de 14 % de PIB. Le COR projette certes des recettes moins dynamiques et donc un déficit mais, dit-il, c’est largement en raison d’une hypothèse de freinage des rémunérations et de baisse de l’emploi dans la fonction publique. Il est aussi absurde de justifier la nécessité de mesures d’âge par la baisse du nombre de fonctionnaires que de prétendre qu’il suffit à l’Etat d’en embaucher pour financer les pensions. Tribune dans Le Monde de Philippe Aghion, Jean Pisani-Ferry et Antoine Bozio.

Combien va coûter le passage au système universel ? 

Même les syndicats patronaux, partisans du régime à point, regrettent qu’aucun chiffre n’ait été mis sur la table

Ce que l’on sait déjà, c’est que la réduction de cotisation pour les salaires de plus de 10 000 euros par mois va représenter 67 milliards d’euros de recette en moins sur 15 ans. C’est l’agirc arco, la caisse des cadres et des salariés du privé qui a fait ce calcul qui n’est pas démenti par le gouvernement et fait même l’objet d’une concertation avec les partenaires sociaux. 

Autre sujet à plusieurs milliards, il y a aujourd’hui 1,7 actifs pour un retraité, mais dans la fonction publique, on est quasiment à un pour un. Actuellement, c’est l’Etat, et donc le contribuable, qui équilibre le système, mais dans un régime universel, ce sera la caisse de retraite universelle, autrement dit tous les actifs, privé et public compris. A quel rythme ce transfert de charge va-t-il se faire ? 

Combien va coûter la fusion des systèmes informatiques des 42 caisses complémentaires? Pour réunir l’agirc et l’arco, cela couté 300 millions d’euros, et pris 6 ans. Et que vont devenir les milliers de salariés des 42 caisses complémentaires devenus obsolètes? 

A toutes ces questions, les syndicats disent que le haut commissariat au retraite leur répond “on réfléchit”. 

Pour le moment, c’est le flou complet, estime Antoine Bozio (que j'ai interrogé), un économiste qui défend pourtant le bienfait d’un régime à point, c’est à se demander si eux même ne sont pas dans le flou.

L’étude d’impact que le gouvernement est obligé de publier pour la présentation de son projet de loi répondra peut être à ces questions. 

Et votre retraite à vous, qu'est-ce qui va changer ? 

Si vous vous demandez vous ce que cela va changer pour vous, le gouvernement promet un simulateur d'ici fin 2020… Il le dit dans l'ITV ci-dessous. A 9 minutes, la journaliste demande justement "combien va coûter cette réforme ? ". 

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Sachez cependant que la valeur du point étant amenée à évoluer régulièrement, plus vous êtes loin de la retraite, moins vous aurez une vision claire de ce qui vous attend. 

Comme aujourd’hui en fait, car un simulateur existe déjà pour le système actuel. 

Moralité, plus on est proche de la retraite, plus les comptes sont…. BONS. 

Ancien ou nouveau système, cela ne changera pas. 

Marie Viennot

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