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La productivité du capital humain et du capital physique ralentit, ce qui est un mauvais indicateur pour la croissance d'après demain.

Si on vous dit que la reprise est là...

4 min
À retrouver dans l'émission

Prévisions de croissance à la hausse généralisée sur la planète. Tout va mieux, la reprise est là... Certes, mais attention à la productivité flobale des facteurs. Explication.

La productivité du capital humain et du capital physique ralentit, ce qui est un mauvais indicateur pour la croissance d'après demain.
La productivité du capital humain et du capital physique ralentit, ce qui est un mauvais indicateur pour la croissance d'après demain. Crédits : Vincent Isore - Maxppp

En ce début d'année, la petite musique que l'on entend beaucoup, c'est... ça repart, ça va mieux, 10 ans après la crise financière, ses effets néfastes sont derrière nous.   

Mais qu'en est-il vraiment? Et comment savoir?  

Pour dire que ça va mieux aujourd'hui, et mieux encore demain, on s'appuie généralement sur les tendances macro-économiques, et notamment les prévisions de croissance. Or pour 2018, elles sont revues à la hausse, et c'est une tendance générale.  

Cette semaine, la banque de France a relevé sa prévision de croissance du PIB pour la France: ce devrait être 1.9% au lieu d'1.8% en 2018.  

Au niveau planétaire, la Banque Mondiale voit la production mondiale croitre de 3.1% en 2018. 2.3% dans les économies avancées, et 4.3% dans les économies émergentes.  

Pour la première fois depuis la crise financière mondiale, dit l'épais rapport de la Banque Mondiale publié cette semaine, toutes les régions du monde sont en croissance. L'investissement, les échanges mondiaux, la production de biens et service:  tout repart à la hausse. Pour une fois même, l'Europe ne fait pas exception. Le chômage est en train de revenir doucement à son niveau d'avant crise (en moyenne).    

Taux de chômage dans la zone euro et l'UE 28
Taux de chômage dans la zone euro et l'UE 28 Crédits : Eurostat

La crise est finie?

Dans le préambule de son rapport intitulé "Reprise généralisée. Pour combien de temps?", la Banque Mondiale cite Martin Scorsese. Le cinéma c'est une question de cadre, dit-il, ce qui est dedans, ce qui n'y est pas.  La croissance, c'est la même chose nous dit la Banque Mondiale. 

Dans le cadre, il y a le chiffre de croissance du Produit intérieur Brut, x%, et en dehors du cadre, il y a les composantes de ce chiffre.  

Le PIB, c'est la somme de tous les biens et services produits dans une zone géographique. Pour cette production, il faut :  

  • du travail, du capital humain,  
  • des machines, des bureaux, des usines des ordinateurs des logiciels, du capital physique.   

Le PIB augmente si capital humain et physique font de même, mais cela dépend aussi de la productivité. Si autant d'humains produisent plus de biens, c'est que la productivité est en hausse, et au final, le PIB est tiré vers le haut. 

La productivité c'est la troisième composante hors cadre, avec le capital physique et le capital humain. Celle dont on vous parle le moins.  

Or que se passe t-il de ce côté là? Et bien ça ne va pas fort... la  productivité des facteurs globaux, total productivity factor en anglais, TPF pour les initiés,  augmente moins qu'auparavant. 1% par an, entre 2000 et 2007, 0.3% entre 2011 et 2016, dans les économies avancées. 2.8 à 1.3% dans les pays émergents.   

La banque mondiale s'en inquiète. Un papier publié cette semaine notamment par l'économiste en chef du FMI s'en inquiète aussi.  

Une croissance de la productivité faible aurait des effets tangibles, la progression du niveau de vie s'en trouverait alterée, ainsi que la soutenabilité des dettes publiques et privées, et la possibilité de mener des politiques macro-économiques en cas de choc.  Maurice Obstfeld et Romain Duval, FMI.

Moins de productivité, c'est aussi moins de croissance, selon Maurice Obstfeld et Romain Duval, et dans un monde où les revenus sont inégalement répartis, moins de croissance, c'est moins de cohésion sociale, plus de risques politiques, des crises à venir, pas forcément financières, mais des crises, notamment politiques.   

Evolution de la productivité en Europe, comparée aux Etats Unis. On voit sur ce graphique que la forte croissance des années 70 n'est plus là
Evolution de la productivité en Europe, comparée aux Etats Unis. On voit sur ce graphique que la forte croissance des années 70 n'est plus là Crédits : France Stratégie

Pourquoi la productivité n'augmente plus autant?

La question agite et divise les économistes. Pour compliquer les choses cette baisse de la productivité des facteurs a commencé avant la crise de 2008, mais la crise l'a amplifié.  

  • Est-ce parce que les mesures actuelles ne sont pas adaptées aux récentes innovations technologiques?  
  • Est-ce parce que les politiques des banques centrales pour contrecarrer la crise, l'injection massive de liquidités dans le système financier (les politiques de Quantitative Easing), ont contribué à mal allouer le capital?  
  • La crise a-t-elle échaudé les investisseurs, les poussant à investir dans des entreprises moins risquées, mais moins innovantes?   

Vous vous sentez loin de ces questions académiques, vous le serez moins de celles qui suivent car elles concernent le capital humain.  

  • Ce ralentissement de la productivité, et si c'était la conséquence d'un manque d'investissement dans le capital humain, un système de formation défaillant? 
  • Le résultat d'une politique qui pousse les chômeurs à accepter des emplois sous-qualifiés pour eux, et donc moins productifs?  
  • Est-ce lié à une démotivation du capital humain, de plus en plus précaire, et donc moins porté vers l'augmentation de sa productivité?   
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A lire/ écouter: Fin du travail et/ou explosion de la précarité. Ancien billet économique sur l'augmentation de la précarité en France 

Dans Alternatives Economiques, Lucas Chancel, co-ordinateur du Laboratoire sur les inégalités mondiales qui a dernièrement sorti un rapport très fourni, des études comportementales "démontrent qu'un haut niveau d'inégalités représente une démotivation qui réduit la productivité".  

Bien sûr, tous les économistes ne sont pas d'accord, et nos gouvernants ne lisent pas toutes ces études. On remarquera cependant que la volonté de l'actuel gouvernement Français de réformer la formation cherche à répondre à ce problème de ralentissement de la productivité (à l'opposé de ces velléités sur le contrôle des chômeurs qui contribueront peut être à l'aggraver). 

Quoi qu'il en soit, tenir compte de cet élément hors cadre, la croissance de la productivité, et constater qu'il y a un problème, permet d'établir un lien salutaire -selon moi, entre des comportements humains et des données macro-économiques.  

Alors si on vous dit: "En 2018, la reprise est là", ne dites pas, comme dans le Loup de Wall Street, de Martin Scorsese, "tout cela n'est que du vent, fugazzi pfuitttttt".   

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Corrigez plutôt votre interlocuteur en précisant: "cette reprise n'est peut être pas durable vue l'évolution préoccupante de la productivité totale des facteurs"

Et assénez pour finir, qu'il faut trouver d'autres raisons pour dire "Nous nageons dans le bonheur".   

Marie Viennot  

Ci-dessous la chanson que l'on entend dans la version audio.   

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