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L'Union Européenne applique des sanctions économiques à de très nombreux pays

Syrie, Russie, Cuba... efficaces, les sanctions économiques ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Sanctionner économiquement un pays ou un groupe permet de ne pas lui faire la guerre, tout en montrant les dents. Le volume de ces sanctions s’accroît, mais elles ne seraient efficaces que dans 13% des cas. Explications.

L'Union Européenne applique des sanctions économiques à de très nombreux pays
L'Union Européenne applique des sanctions économiques à de très nombreux pays Crédits : Site du Conseil Européen

Les sanctions économiques à visées politiques ne sont pas une invention récente, mais elles font flores depuis une vingtaine d'années. Elles tiennent sur 180 pages pour l'ONU (plus accessibles au moment de mettre en ligne, mais ici un résumé), concernent 27 pays pour l'Union Européenne et plus de 6 300 personnes interdites de faire des affaires en dollars et avec les Etats Unis.  Ici un FAQ sur les sanctions américaines.   

Il y a quatre types de sanctions :  

  • sanctions individuelles (l'interdiction de voyager, le gel des avoirs et des transferts financiers)
  • sanctions sectorielles (embargo sur les armes ou l'agroalimentaire, etc.) 
  • sanctions sur les marchandises (diamants, pétrole, bois, produits de luxe, charbon) 
  • sanctions financières (embargo sur les investissements, sur les services financiers, etc.)

Ceci est une version très "augmentée" par rapport à la chronique radio limitée par le temps. Au moins 6 minutes de lecture et de très nombreuses ressources documentaires si vous voulez aller plus loin sur ce sujet. 

Pour mesurer l'efficacité de ces sanctions, il faudrait que leurs objectifs soient clairs, or c'est rarement le cas, et souvent les objectifs politiques changent avec le temps.   Néanmoins, des chercheurs américains ont tenté une réponse en partant des sanctions de l'ONU. Pour eux, elles ont abouti au changement de comportement visé dans 13% des cas.   

13%, cela peut paraître minime, mais il n'y a que deux alternatives aux sanctions économiques : l'inaction ou l'entrée en guerre. Dans les années 30, Keynes voyait dans la sanction économique un potentiel pacificateur.   

Aujourd'hui, l'arme économique est devenue une façon de dire : "nous réprouvons ce que vous faites, vous ne serez pas impuni.... "tout en évitant le conflit, la guerre, ou les interventions militaires qui contrairement aux sanctions économiques font beaucoup plus polémiques, coûtent cher, et sont beaucoup plus risquées.   

Fini l'embargo total, place aux sanctions ciblées

Dans la salsa portoricaine dont on entend un extrait dans la version audio, le chanteur fait la liste des produits qu'on ne trouvait plus à Cuba du temps de Fidel Castro...  

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Contrairement à l'embargo américain sur Cuba qui dure depuis 50 ans et ne s'est que récemment assoupli, qui dit sanctions ne dit plus maintenant rupture totale des relations économiques.   

Aujourd'hui, les sanctions économiques, sont dites ciblées, smart, intelligentes. Elles visent des secteurs, des entreprises, des individus, plus rarement toutes les relations. 

En décembre, le ministre des Finances, Bruno Lemaire, a plaidé depuis Moscou pour plus d'échange avec les Russes. En dépit des sanctions européennes décrétées depuis 2014, le rattachement de la Crimée à la Russie et la déstabilisation de l'Ukraine.   

De son côté, la Russie a décrété un embargo sur l'agroalimentaire européen mais elle n'a jamais remis en cause ses exportations de gaz envers l’Europe, alors que Gazprom compte pour 20 à 80% des importations de gaz selon les pays européens. Si Vladimir Poutine avait voulu asphyxier nos économies, il aurait pu, mais il ne l'a pas fait, car lui non plus n'y a pas intérêt.   

Ci dessous, une infographie très parlante du Financial Times, issue de cet article qui évoque la compétition entre Américains et Russes pour approvisionner l'Europe en gaz.      

Dépendance des Etats Européens au gaz fourni par Gazprom, par le Financial Times
Dépendance des Etats Européens au gaz fourni par Gazprom, par le Financial Times Crédits : Financial Times

Voilà pourquoi on considère que les sanctions économiques relèvent du hard power, mais avec des softs means : pouvoir fort, moyen souples. La plus ou moins grande souplesse offrant aux diplomates des marges de négociations.  C'est aussi l'intérêt de ce type de sanctions... mais elles ne sont pas sans effet secondaire.   

Les (mauvais) effets secondaires

Voilà pourquoi l'Iris, l'Institut des relations internationales et stratégiques s'intéresse dans une longue recherche publiée il y a un an (c'est très clair, historique, et agréable à lire, je recommande si vous voulez en savoir plus sur ce sujet) non pas à l'efficacité, mais à la performance des sanctions économiques.  Cela permet de tenir compte des possibles effets contre productifs 

  • renforcement du pouvoir en place  
  • affaiblissement des opposants
  • corruption
  • développement de l'économie parallèle
  • conséquences sociales

Et cela permet aussi de tenir compte des effets économiques sur les pays qui sanctionnent.    

En 2014 et 2015, l'Union Européenne a perdu 40 milliards de dollars d'exportation potentielle vers la Russie selon une étude menée par deux économistes français (ici en français, ici en anglais). 

Au total, la baisse des exportations vers la Russie est de 14% en moyenne pour les pays européens "sanctionneurs", 12.5% pour la France, 23.69% pour la Grande Bretagne, 21% pour l'Allemagne, et 17% pour la Pologne. La Russie, elle a perdu 69 milliards d'exportations.   

Le plus gros de la perte européenne n'est pas liée aux représailles russes, et à l'embargo sur l'agroalimentaire, explique l'un des économistes qui a mené ses recherches, mais aux sanctions décrétées par l'Union Européenne elle même. Les restrictions financières ont bloqué tout un tas d'intervenants qui fournissaient des lettres de crédits servant de garantie aux exportations. Matthieu Crozet, économiste au CEPII.

L'effet boomerang des sanctions

6 avril 2018, les Etats-Unis ont ciblé 38 personnes et entreprises Russes qui ne peuvent plus faire affaire avec les Américains, pour sanctionner je cite, les "activités malveillantes de Moscou pour déstabiliser les démocraties occidentales".   

L'effet a été immédiat. La valeur en bourse de très nombreuses entreprises russes a chuté immédiatement. Selon un quotidien russe, les 50 hommes d'affaires les plus riches de Russie ont perdu 12 milliards de dollars en une journée.   

Ces entreprises russes ne sont pas déconnectées du monde. Parmi elles, Rusal, l'un des premiers producteurs mondial d'aluminium, détenus par un des oligarches sanctionnés. Cette entreprise, du fait de sa production qui représente 7% de la production mondiale, pèse sur le cours mondial de l'aluminium. Et déjà on a vu le prix de l'aluminium grimper. Or l'aluminium est une matière première essentielle aux secteurs automobile, des chantiers navals, du bâtiment et de l'emballage.  

Les sanctions américaines sur la Russie vont donc impacter tous les pays, et pas seulement les Russes et les Américains. La chambre de commerce Germano-Russe a estimé l'impact des mesures américaines sur les relations entre les deux pays à plusieurs centaines de millions d'euros à court terme, et milliards à long terme...   

Dans une économie mondialisée, les sanctions contre un pays, peuvent toucher par ricochet tous les autres, surtout si ce pays est intégré dans la chaine de valeur et de sous traitance mondiale. A l'instar des frappes que l'on dit chirurgicales, les sanctions ciblées ont leurs dommages collatéraux. Quand le pays ne représente pas grand chose économiquement (cas typique du Soudan), elles sont beaucoup plus indolores.   

La plus grande difficulté avec les sanctions économiques, c'est qu'on a du mal à les lever. Les Russes ne quitteront peut être jamais la Crimée, estime Sylvie Matelly, directrice adjointe de l'Iris. Va-t-on laisser les sanctions s'appliquer pour toujours ? Mais si on les lève, cela n'aura servi à rien...

La question va en tout cas de nouveau se poser dans l'Union européenne ce printemps. La décision de renouveler ou pas les sanctions envers la Russie devra être prise à l'unanimité. Plusieurs pays européens y sont de moins en moins favorables, notamment pour des raisons économiques.    

Et la finance de l'ombre dans tout ça ?

Ce qui limite, et même sape, l'efficacité des sanctions, c'est aussi l'opacité des circuits financiers internationaux.     

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Comme l'explique cette vidéo mise en ligne par le consortium des journalistes d'investigation au moment des Panama papers, des entreprises syriennes dont les avoirs avaient été gelé par les américains n'ont eu aucun mal à poursuivre leurs activités en passant par des sociétés écrans aux Seychelles. On trouve plus de 200 intermédiaires syriens dans les panama papers.    

A l'heure où l'on parle de nouvelles sanctions ciblées envers la Syrie, l'opacité financière a trop peu régressé pour ces sanctions soient très efficaces, mais on peut toujours en parler...  

Marie Viennot

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