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"Tech for good" : que veulent les grandes entreprises du numérique ?

3 min
À retrouver dans l'émission

75 dirigeants d'entreprises du numérique se sont engagés dans un texte pour un Internet plus vertueux. Dans le même temps, ils tentent d’infléchir les futurs règlements européens qui réguleront les plateformes.

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. Crédits : Guillaume Payen - Getty

Mettre la technologie “au service du progrès humain”. Voilà l’engagement, sur papier , de 75 dirigeants d’entreprises mondiales. Elles ont signé cette semaine une tribune au côté d’Emmanuel Macron pour ce qu’ils nomment une “Tech for Good”. Un Internet, une technologie, qui participeraient à un monde meilleur, donc.
Parmi les signataires on trouve pêle-mêle des entreprises mondiales, comme Google Facebook Microsoft, IBM, Uber. Des groupes de l’économie traditionnelle ( Engie, BNP Paribas). Ou encore des licornes ou start-up françaises, OVH, Doctolib, Blablacar.

Tous s’engagent, mais de façon purement symbolique,  à lutter contre les contenus haineux, à une "juste contribution" fiscale, à défendre “les valeurs de liberté, d'ouverture, de transparence et de neutralité du net” ou encore à mieux protéger des données.
Depuis 2018, Emmanuel Macron organise à l’Elysée des rencontres avec les dirigeants autour de ce thème. Cette année, Covid oblige, cela prend la forme d’une déclaration commune de bonnes intentions.
Or cette dernière arrive en plein débat à l’échelle européenne sur la régulation du numérique. Mi-décembre, la Commission européenne doit présenter deux textes importants : le Digital Services Act (DSA) et le Digital Markets Act (DMA). Dont l’objectif est de mieux contrôler le pouvoir des grandes plateformes . Bruxelles veut leur imposer des interdictions, se donner les moyens de mieux lutter contre les abus. D’autant que les amendes infligées régulièrement à Google ne changent rien à ses pratiques. Les textes européens règlementeront également la lutte contre les contenus illégaux.

Or Google, signataire de cette tribune Tech for good donc, organise, comme d’autres, un lobbying puissant contre ces futurs règlements. C’ est ce qu’a encore montré un document interne sur sa stratégie d’influence, dévoilé en octobre par Le Point
Certains principes de cette déclaration d’intention sont au coeur même de leur bataille contre le texte. 

La première question donc, c’est quel sens donner à ces engagements quand ces mêmes entreprises ont actuellement des pratiques inverses, et ne les font pas évoluer.

Par exemple les plateformes types Uber ou Deliveroo sont connues pour mal rémunérer leurs travailleurs, ne pas respecter leurs droits sociaux. Et la France, elle, a pour l’heure choisi de ne pas légiférer sur d’éventuelles obligations, préférant des chartes non contraignantes.  

Ce texte peut jouer un rôle dans le rapport de force, avance l’Elysée, qui veut y voir des engagements opposables demain aux entreprises.
Or pour les géants du numériques au-delà des enjeux d’image, une telle tribune s’inscrit dans leur  stratégie de lobbying adoptée de longue date A savoir, ne pas seulement lutter contre telle ou telle législation, mais infléchir le cadre-même. En l’occurence, définir ce que serait un internet éthique, transparent, rendant le monde meilleur.
Car c’est l’autre question, de quoi ce “Tech for good” est-il  le nom” ?   L’expression a commencé à se déployer il y a une dizaine d’années, avec des événements comme  le Social Innovation Camp. Elle désigne plusieurs choses : les innovations numériques avec ce que beaucoup appellent désormais un “impact social positif” sur la société. Et plus largement les usages de la technologie au service de l’intérêt général ou des objectifs du développement durable de l’ONU. 

Seulement voilà, cela ne correspond à aucun statut, label, obligation juridique. Le good ne serait-il qu’un mood, un état d’esprit? 

Sinon, qui et sur quel critère peut décider de ce qui est bon pour tout ? Et quelle place doivent y avoir les intérêts particuliers des entreprises ? Bien sûr, ces initiatives privées répondent à une demande de plus en plus forte, citoyenne , d’un Internet plus éthique, et  transparent. Ils reposent sur l’idée sous-jacente, que la technologie pourrait, en elle-même être porteuse d’améliorations. Sans interroger la manière dont elle doit être conçue, déployée, utilisée. C’est peut-être là l’enjeu des régulations nationales et  européennes à venir. 

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