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Un petit bateau de pêcheurs qui part en mer pour une journée de pêche à False Bay, Cape Town

ABALOBI, au secours des poissons et des petits pêcheurs

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En Afrique du Sud, la majorité des petits pêcheurs n’ont pas de permis de pêche pour pouvoir travailler légalement et nourrir leurs familles. Quant aux restaurants, c’est bien souvent du cabillaud ou du saumon de Norvège que l’on trouve dans les assiettes.Mais ça, c’était avant Abalobi....

Un petit bateau de pêcheurs qui part en mer pour une journée de pêche à False Bay, Cape Town
Un petit bateau de pêcheurs qui part en mer pour une journée de pêche à False Bay, Cape Town Crédits : NIC BOTHMA/EPA/Newscom - Maxppp

J’ai eu la chance d’aller récemment en reportage en Afrique du Sud - ce grand beau pays des antipodes, dont le paysage, surtout dans la région du Cap, évoque les régions méditerranéennes avec ses vignes, ses pins, ses oliviers… 

La mer elle, est très différente, immense, froide, agitée… c’est là où l’océan atlantique rejoint l’océan indien et où souvent, les baleines font halte pour se régaler de krill, ce plancton de crevettes qui abonde et dont elles raffolent. Le pays compte près de 2800 km de côtes, les eaux y sont bien plus pures et riches en vie marine que nos rivages européens, et pourtant, la gastronomie sud-africaine ne compte quasiment que des spécialités carnées : biltong (le fameux boeuf séché), curries, « bobotie » (sorte de flan parmentier), sans oublier le très populaire « braai » ou barbecue ultra viandard … mais nul plat aux saveurs marines. 

En réalité, même au Cap qui est ouvert sur la mer, l’essentiel du poisson est capturé par des pêcheries industrielles et exporté. Comme dans tout pays côtier, il existe pourtant une forte tradition de pêche artisanale, mais qui a été particulièrement fragilisée par des décennies de colonisation et d’apartheid, puis par des réformes post-apartheid favorisant les pêcheries commerciales de grande taille. Conséquence : la majorité des petits pêcheurs n’ont même pas de permis de pêche pour pouvoir travailler légalement et nourrir leurs familles. Quant aux restaurants, c’est bien souvent du cabillaud ou du saumon de Norvège que l’on trouve dans les assiettes.

Mais ça, c’était avant Abalobi. Abalobi, cela signifie « petit pêcheur » en xhosa, l’un des principaux dialectes sud-africain. C’est un projet né dans la tête du chercheur en biologie marine Serge Raemaekers. Arrivé de Belgique il y a une quinzaine d’années, ce scientifique étudiait les ressources marines et les pêcheries locales, quand il a rencontré Nico Waaldek, un sud-africain engagé auprès d’ONG pour défendre les droits des petits pêcheurs de son pays. Les deux imaginent une manière de combiner science, tradition et technologie qui bénéficie à la fois aux communautés, aux ressources marines et aux restaurateurs et consommateurs en quête d’authenticité. 

Le résultat : une application mobile qui permet aux pêcheurs artisanaux de vendre directement leurs captures du jour aux restaurants, sans intermédiaire. Les chefs (qui eux paient pour accéder à la plateforme Abalobi) reçoivent en direct les données des bateaux, accompagnées des profils des pêcheurs et informations sur les poissons, que les marins veillent à ponctionner et sélectionner en fonction de l’état des stocks. Si ce sont des poissons que les chefs ne connaissent pas, les pêcheurs peuvent même suggérer des idées de recette. Abalobi forme aussi les pêcheurs à l’usage de l’appli et les aide à obtenir leurs permis, de sorte qu’ils soient enfin dignement rémunérés. 

Lancée en décembre 2017, l’appli Abalobi est aujourd’hui utilisée par près d’un millier de pêcheurs et 350 restaurateurs en Afrique du sud. Ses fondateurs sont en lien avec le WWF, Slow Fish, ou l’alliance flamande des North Sea Chefs. Ils espèrent pouvoir essaimer leur modèle dans le monde entier. Une formidable idée pour préserver les communautés locales autant que les océans, tout en nous permettant de manger du bon poisson, vraiment durable. 

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