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De Nantes à Rezé : le Marché d’Intérêt National déménage

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Dès le mois de février les nantais vont voir disparaître du centre ville le balais ultra matinal des camionnettes du Marché d’Intérêt National, le MIN, qui part s’installer à Rezé dans des locaux flambant neufs près du périphérique et des autoroutes.

Crédits : MARTIN BUREAU - AFP

À près de 150 millions d’euros le coût du transfert, aux frais exclusifs du contribuable métropolitain, avouez que l’opération, unique en son genre à ce jour sur le territoire français, mérite quelque attention.

Sans doute que peu de nos auditeurs savent précisément ce qu’un MIN a avoir avec leur assiette. En réalité, à peu près tout !

Nantes, deuxième après Rungis

Imaginez un instant que demain une catastrophe du type pénurie de pétrole supprime soudainement toute possibilité de circulation routière. Paris aurait alors en tout et pour tout 2 à 3 jours d’autonomie alimentaire ! Pourquoi ? Précisément à cause d’un MIN, plus connu que celui de Nantes : Rungis, désormais premier marché de gros de produits frais en Europe. C’est ainsi que les mangeurs que nous sommes dépendent d’un système d’approvisionnement qui visiblement a fait ses preuves au fil du temps. Parce que c’est le Général de Gaulle qui, en 1962, alors que la France ne comportait que 45 millions d’habitants a pensé que unité de lieux, de temps et de personnes, permettrait pour longtemps l’approvisionnement du commerce de proximité mais aussi l’allègement des frais matériels et la clarification des transactions des circuits de distribution. 19 MIN plus tard savamment répartis sur le territoire, Nantes est devenu le deuxième après Rungis et va se déployer désormais conjointement avec un pôle agroalimentaire sur plus de 55 hectares avec 2.000 emplois en jeu.

Un tel système et de tels investissements se justifiaient au sortir de la guerre, mais sont-ils encore vraiment pertinent aujourd’hui ?

Si les opérateurs nantais nous annoncent avoir construit un projet pour les 50 prochaines années, on peut effectivement se poser la question, au regard de l’accélération des changements dans les circuits de production et de distribution. Je prendrais pour seul prisme d’analyse celui, précisément, de l’autonomie alimentaire des villes qui, en moyenne, tenez vous bien, ne consomment que 2% de denrées locales. Notons d’ailleurs que Nantes avec 6,4% est la troisième aire la plus autosuffisante de France juste après les villes de taille plus modestes que sont Avignon et Valence. Ce qui est frappant à travers ces chiffres, c'est un circuit économique assez absurde. Ainsi, à l'échelle des aires urbaines, nous importons la quasi-totalité des produits agricoles qui entrent dans notre alimentation et exportons dans le même temps la quasi-totalité de ce que nous produisons dans nos champs ou nos fermes. Ce phénomène est essentiellement dû au fait que nos territoires se sont progressivement inscrits dans une économie mondialisée avec une ultra spécialisation de ses acteurs au détriment de la diversification. Or, tous les experts de l’environnement montrent à quel point il est devenu crucial de chercher à faire émerger localement des modèles économiques innovants : économie circulaire, démarches collaboratives dans la production ou la distribution, chantiers d'insertion, micro usines ou micro fermes... etc. 

Johanna Rolland, Maire de Nantes et Présidente de Nantes Métropole avait affirmé au moment de la pose de la première pierre du MIN qu’une place serait donnée aux circuits courts et à l'agriculture biologique qui incarnerait, je cite :  "l'alliance des territoires, urbains et périurbains". On ajouterait volontiers « ruraux » à la liste, en proposant de repenser le rôle des MIN en en faisant aussi et surtout des « MIT », Marchés d’Intérêt Territorial.

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