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Fils de...

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Je me suis inspiré par le roman de Jacky Durand, je voudrais vous parler des fils de, ou, dit autrement, de l’art de se faire un prénom en cuisine.

Crédits : Mint Images - Getty

Alors bien sûr il est d’abord tentant de faire un parallèle avec le monde culturel et de se demander si Guillaume Depardieu, Thomas Dutronc, Lola Dewaere, Mathieu Chédid, Nicolas Bedos, Louis Garrel, Chiara Mastroianni, Laura Smet, Charlotte Gainsbourg, Pierre Rochefort ou Arthur H ont reçu leur talent en héritage, en mode génétique, ou en mode « bourdieusien » dans une société française particulièrement douée pour reproduire ses élites. Tous ceux-là ont, de fait, baigné dans les mêmes milieux, souvent fréquenté les mêmes écoles et les producteurs de disque ou de cinéma n’avaient effectivement aucune campagne de notoriété à financer pour qu’ils se fassent un nom. Je ne vais évidemment pas jouer les critiques pour constater leur réussite ou leur échec à se faire un prénom, mais force est de constater que, au moins au niveau national, de fortes personnalités ont émergé. 

Alors, en serait-il de même pour Hugo Roellinger, Sébastien Bras, Pierre Meneau, Jacques Marcon, César Troisgros ou, moins médiatique, bien que triple étoilé, Maxime Meilleur ? Et bien, à mon sens, la réponse est non. Et chers auditeurs, à cette heure où vous vous affairez peut-être en cuisine, sachez que si une carrière d’acteur ou de chanteur vous paraît assez peu probable, une carrière de chef cuisinier se cache peut-être sous votre tablier ! Et intuitivement, vous le savez ! Car la recette que vous préfériez de votre grand-mère et dont vous avez patiemment retranscrit la composition et les temps de cuisson à l’instar des protagonistes du livre de Jacky, vous n’avez jamais réussi à la faire comme elle ! Il vous a manqué son corps, ses gestes et il vous a donc fallu vous résoudre à l’interpréter, que vous la fassiez vôtre avec les produits et le matériel dont vous disposez, ici et maintenant. Vous apportez ainsi votre pierre à la continuité d’une identité culinaire historique et à sa nécessaire évolution.

Ce qui vaut pour des amateurs prêts pour Top Chef est  bien différent de la transmission de grandes maisons étoilées ?

C’est vrai, et ce faisant vous mettez le doigt sur la dichotomie entre deux métiers, celui de cuisinier et celui de restaurateur ou celui de créateur et de chef d’entreprise. Hugo Roellinger à qui l’un de nos confrères demandait s’il était difficile de se faire un prénom avait répondu « Mais je ne cherche pas à me faire connaître ! ». Sébastien Bras, chef du restaurant 3 étoiles Le Suquet à Laguiole que l’on interrogeait l’année dernière pour comprendre pourquoi il avait exigé de ne plus figurer dans le Michelin avait répondu en commençant par cette citation : « Dans le silence et la solitude, on n'entend plus que l'essentiel ». C’est que les chefs sont aujourd’hui plus que jamais soumis à un marché de la restauration dont la surface médiatique s’est décuplée ces dernières années. Les chefs trentenaires sont devenus des Rock Stars et leur notoriété évolue au grès des modes et des passages à la télévision.

« Fils de » vous oblige aujourd’hui à d’autres obligations, plus politiques, plus sociétales. Et, de fait, on croise plus souvent César, Hugo ou Sébastien dans des manifestations sur la gastronomie responsable ou l’alimentation durable qu’à la remise de tel ou tel oscar, car aucun d’entre eux ne fait du cinéma avec ça.

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