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Jeunes filles en cuisine préparant une recette

La gastronomie, les femmes, le monde

3 min
À retrouver dans l'émission

Ambiance polémique sur la scène gastronomique, lundi 16 septembre 2019, au colloque du "50 Best" (The World’s 50 Best Restaurants). Vous connaissez le 50 Best ? C'est le classement des "cinquante meilleurs restaurants du monde" lancé en 2002 en Angleterre, concurrent du Michelin...

Jeunes filles en cuisine préparant une recette
Jeunes filles en cuisine préparant une recette Crédits : Keystone-France - Getty

Ambiance polémique sur la scène gastronomique lundi dernier. Vous connaissez le 50 Best ? C’est un classement des "cinquante meilleurs restaurants du monde" lancé en 2002 en Angleterre, concurrent du Michelin, et qui a sérieusement dépoussiéré le genre. En ce début de semaine, le 50 Best organisait son premier événement en France : un colloque, suivi d’un "cocktail déjeunatoire".  J’avoue, j’ai failli ne pas y aller. Je n’ai jamais été très fan de ces raouts gloutons, où le petit monde enfariné de la gastronomie vient s’auto-congratuler en sirotant un breuvage sponsor. Mais là, je me suis dit, "allons voir où en est". Et puis, on m’avait soufflé qu’il aurait les cookies de ma pâtissière préférée, et ça, je n’y résiste pas. 

J’enfourche donc mon vélo jusqu’au Musée du Quai Branly à Paris. Tout le monde est là, ou presque. Chefs, journalistes, pas mal d’étrangers, des plumes et des couteaux belges, scandinaves, italiens, sud-américains. Le colloque s’ouvre avec Mauro Colagreco, la star du moment, chef du Mirazur, qui a raflé cette année trois macarons Michelin et la première place au 50 Best. Après un joli discours autour du métissage culinaire, on passe à la table ronde sur l’évolution de la cuisine française, avec Colagreco toujours, Alain Passard, Yannick Alleno, Bertrand Grébaut du Septime et Romain Meder du Plaza Athénée. Et pour ambiancer tout ça, l’animateur de RMC Eric Brunet. Frémissement dans l’assemblée. Mais que vient faire ce polémiste ici ? Un confrère tweete : "sacrée faute de goût". Le présentateur donne le ton en s’étonnant que l’on dise "journaliste gastronomique" pour les hommes et "journaliste culinaire" pour les femmes. S’en suivent des échanges polis, jusqu’à ce que, devant ce panel 100% masculin, quelqu’un lance : "Vous parlez de dépasser les frontières et les clivages, mais où sont les femmes ?". Yannick Alléno prend le micro, et là, ça dérape. "Il y a des freins structurels et sociétaux", assure-t-il. Il évoque la "difficulté" pour les femmes de travailler le soir car "elles doivent s’occuper des enfants". Et le pompon : "Nous les hommes on a de la chance : l’ADN des femmes est d’enfanter". Hurlements dans la salle. Hélène Pietrini, la présidente du 50 Best, tente de rattraper le coup : "les femmes sont bien là, dit-elle, mais on ne les voit pas encore assez", et s’enfonce en précisant que ce sont, pour moitié, des femmes qui préparent le déjeuner, là, derrière la cloison. 

Furieux, Bertrand Grébaut se tortille et finit par arracher le micro. Fraîchement papa d’un deuxième enfant, il parle de sa conjointe, Tatiana Levha, cheffe également. De leur équilibre, du fait qu’ils n’ont pas "attendu la société pour avancer". On aimerait l’entendre plus, mais Brunet décide de changer de sujet. Questionne Passard sur les jardins, qui bredouille une platitude. L’animateur évoque alors la France, ce pays où l’on mange « tout même le mieux ». Brouhaha dans l’assemblée très cosmopolite. Un chroniqueur surnommé Gros Mangeur vocifère « Fuck les frontières, le meilleur bœuf de ma vie, je l’ai mangé à Ouagadougou ! ». Hélène Pietrini court sur scène pour éteindre l’incendie. L’assemblée est sous le choc, au point que l’on écoutera à peine les deux interventions finales, de la cheffe brésilienne Manuela Buffara (ouf, une femme !) et du New-yorkais Dan Barber. « Pantalonnade », « guet-apens », « préhistoire » conclura-t-on autour du buffet.

Ce n’est pas la première fois que l’on parle de sexisme et de parité en cuisine, mais le sujet a, ce jour là, atteint des sommets d’absurde. Les femmes sont bien là (deux consoeurs en ont recensées 500 rien qu’en France) or elles ne sont que cinq au 50 Best, qui continue par ailleurs de décerner chaque année un prix de la « Meilleure femme cheffe », comme un lot de consolation... Quand les femmes seront-elles considérées au même titre que les hommes ? Une chose est sûre, pour une vision saine de la question, il y a encore du pain sur la planche.

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