LE DIRECT
Comme la vengeance, les graines se dégustent (souvent) froides, et on en redemande.

La vengeance de la vieille graine

3 min
À retrouver dans l'émission

Eloge de ces lentilles, riz, semoule et pois-chiche et de la seconde vie de ces vieilles graines.

Comme la vengeance, les graines se dégustent (souvent) froides, et on en redemande.
Comme la vengeance, les graines se dégustent (souvent) froides, et on en redemande. Crédits : Michèle Constantini - Maxppp

Elle revient. La voilà. C’est une vengeance au long court. C’est la revanche de la vieille graine. Celle qui fera la nique au chia, et au quinoa.

Cela fait longtemps que dans les quartiers d’affaires, les artères commerciales et les rues à bureau ont germé toute sortes d’enseignes réplicables à l’infini. A l’heure du déjeuner, de longues files d’employées attendent, dans une sorte d’hébétude pressée, de repartir avec un bol plein de précieuses graines post-contemporaines censées non seulement les nourrir mais sauver leur santé. Une dame pleine de bon sens a un jour lâché : on n’est pas des canaris. C’est vrai que ce n’est pas de la cuisine : plutôt de l’assemblage standardisé d’ingrédients. Venus d’où ? Cuits par qui ? Mystère. On attend encore le commissaire Maigret de ces pauses dej.

Et puis, près du canal Saint Martin, dans les 10ème arrondissement de Paris, j’ai découvert un restaurant végétarien, tendance macrobiotique, voire même végétalienne. C’est une adresse un peu à l’écart, avec de charmantes allures militantes, limite zadistes – mais zadiste branché. On y mange ses super-aliments et des légumes sauce spiruline, préparés sur place. Est-ce beau ? Honnêtement : non. Est-ce bon ? Carrément. J’y ai parlé riz, haricots et lentilles avec une voisine qui savait tout sur ces associations de céréales et de légumineuses qui nourrissent l’humanité depuis des milliers d’années.  Semoule et pois chiche en Afrique du Nord, riz et haricots en Asie, maïs et haricots en Amérique du Sud, ou encore la délicieuse pasta & faggioli clapotant dans les cuisines d’Italie. Ce fut une sorte de révélation, voire d’épiphanie. La graine, la vraie, la vieille, dans sa simplicité austère, s’était soudainement imposée.

Je me suis du coup souvenu d’une boutique qui, il y a vingt ans, existait encore rue des Abbesses, du côté du Sacré Cœur. Une boutique magnifique tenue par deux petits vieux, ratatinés comme des haricots secs. C’était le paradis de la graine. On y trouvait tout. Fèves, riz, pois cassés, lentilles vertes du Puy, haricots tarbais, mogettes vendéennes, cette adresse pratiquait aussi le vrac avant l’heure. La vieille dame n’était pas avare de conseils sur les temps de trempage, les feuilles de laurier et autres rondelles de carotte à ajouter dans la casserole, ni sur ces cuisson à commencer à froid dans une eau non salée. Aujourd’hui, on s’y précipiterait. Mais les petits vieux avaient trop d’avance, et la boutique a fermé, remplacée par une enseigne de prêt-à-porter.

Après le restaurant du Canal Saint Martin, j’ai retrouvé, ici et là, des salades de lentilles toutes simples, couronnées en version luxe de trois brins de ciboulette et même d’un œuf poché. Venu de sa Bretagne Nord, le coco de Paimpol, fondant et nacré, s’invite sur des tables étoilées.  Au supermarché du coin, un couple de petits jeunes demandait récemment où étaient les lentilles vertes du Puy, appellation AOC. J’ai repensé aux petits vieux de la rue des Abbesses, et je me suis dit que loin des mangeoires du midi et des fast-food autoproclamés healthy, la revanche de la vieille graine avait enfin sonné.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......