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Dewayne Johnson a gagné son procès contre Monsanto, dont l'herbicide Roundup est soupçonné de causer le cancer

Le procès Monsanto : un tournant pour les rapports entre droit et vérité scientifique

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Les avocats de Dewayne Johnson ont produit au procès les « Monsanto papers », documents internes révélés par plusieurs organes de presse et qui ont introduit le doute auprès des jurés sur les vérités scientifiques version Bayer-Monsanto.

Dewayne Johnson a gagné son procès contre Monsanto, dont l'herbicide Roundup est soupçonné de causer le cancer
Dewayne Johnson a gagné son procès contre Monsanto, dont l'herbicide Roundup est soupçonné de causer le cancer Crédits : JOSH EDELSON - AFP

On sait bien que grand bruit médiatique, surtout pendant l’été, n’équivaut pas toujours à événement historique. Mais dans le cas du procès Monsanto, on a tous les éléments d’un tournant de l’histoire majeur. Pour plusieurs raisons qui ont à voir avec l’ébranlement de l’économie de tout un système mais aussi avec la recherche de la vérité scientifique par les citoyens et les juges ou les citoyens avec les juges.

Que s’est-il donc passé le 10 août dernier au tribunal de San Francisco pour que l’on puisse retenir le nom de Dewayne Johnson, un modeste jardinier de 46 ans ayant abondamment utilisé le Roundup, désherbant vedette de Monsanto, pendant deux ans, et qui est aujourd’hui atteint d’un cancer incurable du système lymphatique ?

290 millions de dollars

Il s’est d’abord passé que ce monsieur a fait condamner Monsanto, à 290 millions de dollars de dommages. Vous me direz, c’est finalement peu de choses pour une multinationale qui vient de se vendre plus de 60 milliards de dollars au géant allemand de la chimie Bayer. Ce n'est pourtant pas ce que pensent les actionnaires de Bayer qui savent que avant même le procès, 8.000 plaintes étaient déjà déposées au États-Unis et qui ont constaté le lendemain du procès que l’action Bayer perdait plus de 10%.

Mais le vrai tournant historique ne vient pas à mon sens que de l’économique, mais bien du rapport entre le juridique et le scientifique.

En effet, il s’agit d’un procès avec des jurés tirés au sort. Ceux-ci ont siégé pendant plus d’un mois pour au fond, un seul objectif : déterminer le caractère possiblement cancérigène des produits au glyphosate de Bayer-Monsanto. Et tout est dans ce « possiblement ». 

Les "Monsanto papers"

Les avocats de Bayer-Monsanto étaient pourtant armés jusqu’aux dents avec, excusez du peu, 800 études scientifiques auxquelles on peut ajouter les conclusions de la très sérieuse agence américaine de la protection de l'environnement, celle de la tout aussi réputée Autorité Européenne de Sécurité des Aliments qui, toutes, soutiennent que le glyphosate ne cause pas de cancer.

Mais les avocats de Dewayne Johnson ont produit au procès ce qu’il convient d’appeler les « Monsanto papers », documents internes révélés par plusieurs organes de presse, dont le quotidien Le Monde pour la France. Et ces documents décrivent une activité fort méconnue jusque là de Monsanto : le ghostwriting – littéralement « écriture fantôme ». C’est une pratique qui consiste, pour une entreprise, à faire rédiger par ses propres employés des textes et des études, endossés ensuite par des scientifiques sans lien de subordination avec elle, souvent célèbres et, évidemment, plutôt bien payés. 

Ainsi, le doute s’est introduit chez les citoyens, et pour longtemps me semble-t-il, sur les vérités scientifiques version Bayer-Monsanto ou demain version d’une autre grande multinationale qui se préoccuperait plus de ses actionnaires que de notre santé. Doute qui a permis à Nicolas Hulot, désormais ex- Ministre de la Transition écologique et solidaire, de qualifier l’affaire Monsanto de, je cite, «cas d’école du principe de précaution».

En partenariat avec Alimentation Générale 

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