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Les compléments alimentaires

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S’agissant des hôpitaux, mais pas que, je voulais vous parler de tas de petites gélules, pilules, cachets et poudres de toutes les couleurs, dont certaines définitivement de perlinpinpin, classées sous le générique de « compléments alimentaires ».

Crédits : Blend Images - Tanya Constantine - Getty

Depuis une dizaine d’années, nous avons constaté que le mètre linéaire consacré à la chose a sérieusement augmenté. En effet, ces compléments continuent années après années de séduire de plus en plus de Français avec un marché qui a représenté 1,9 milliard d’euros en 2018, soit plus du double de ce qu’il représentait en 2011.

Alors de quoi s’agit-il ? Je me suis d’abord penché sur la définition légale contrôlée à la fois par la Direction des fraudes et par l’Agence nationale de sécurité sanitaire et qui est la suivante : ce sont, je cite : « des denrées alimentaires dont le but est de compléter le régime alimentaire normal et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d'autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique.» Autant dire que tant que vous ne vendez aucun poison mortel, tout est à peu près possible.

Voici encore quelques années les meilleures ventes étaient très largement les produits dits « minceur » en l’occurrence fort peu usités dans les hôpitaux. Mais depuis quelques années, les réseaux sociaux étant devenus plus forts que le matraquage publicitaire, les effets de ces « denrées alimentaires » n’ont visiblement pas fait exploser le nombre de vues d’amincis avérés sur Instagram et le marché est sérieusement en chute. Alors quels sont les produits phares d’aujourd’hui ? Et bien on peut les classer en trois grandes familles qui cette fois-ci sont adaptées au marché des hôpitaux : le stress et ses conséquences sur le sommeil, la digestion et la vitalité.

Que pensent les scientifiques sur l’efficacité de ces « denrées alimentaires » ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que leur scepticisme est immense et on les comprend. Car si aucun d’entre eux ne conteste par exemple que les personnes âgées ont un déficit en vitamine D que nombre de gériatres prescrivent, le marché semble assez peu regardant. Tiens, par exemple, amis sportifs, qu’est-ce qui vous pousse à acheter des produits qui vous annoncent être à base de « protéines de bœuf » ? Vous pensez devenir forts comme un bœuf ? Et bien sachez qu’il n’y a pas le moindre muscle dans vos gélules majoritairement produites à partir des résidus de l’industrie de la viande, notamment du collagène. Et les pilules à base de gelée royale, qui sont à peu près bonnes pour tout ? En réalité, plus de 90% d’entre-elles sont importées d’Asie. Congelées, puis décongelées à chaque transport, les molécules de ce produit se voient donc modifiées, sans parler du sucre qui y est ajouté. Et amis insomniaques, sachez que la mélatonine, censée faciliter votre vie nocturne, comporte des risques d’effets secondaires qui peuvent rendre votre vie diurne très sympa aussi, avec vertiges, irritabilité, tremblements, migraines et nausées.

Bref, disons que dans compléments alimentaires il y a « compléments » et que le plus grand ennemi du complément reste ici « l’essentiel », soit une nourriture saine et équilibrée qui, c’est vrai, ne produit pas de juteux marchés commerciaux complémentaires.

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