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L'attente, nouvelle marotte des parisiens branchés

Poiroiter, la nouvelle marotte

3 min
À retrouver dans l'émission

Nous parlons aujourd'hui de la queue, mais qui n’est ni celle de la lotte, encore moins celle du bœuf : la queue consentante.

L'attente, nouvelle marotte des parisiens branchés
L'attente, nouvelle marotte des parisiens branchés Crédits : Hinterhaus Productions - Getty

Comme vous avez pu le lire dans le dernier numéro de Vanity Fair, je suis allé à la Grenouillère, à Montreuil sur mer, en Picardie. A l’invitation de la maison de champagne Ruinart, le chef étoilé Alexandre Gauthier a imaginé avec l’artiste David Shrigley un menu « inconventionnel » qui chatouille les papilles autant que la curiosité. Expérience superlative en plein déconfinement, comme dans ses autres adresses, et ses nouvelles chambres d’hôtes sises dans la ville de Jean Valjean : c’est super. 

Et donc, je suis rentré à Paris. Et dans cette période malgré tout étrange, j’ai redécouvert une habitude qui m’avait marqué avant le confinement. Laquelle ? La queue. Faire la queue, attendre, patienter, poiroter, appelez-ça comme vous voulez. A croire que c’est la marotte des jeunes parisiens branchés. La queue partout : devant les restaurants à ramen de la rue Sainte Anne, au Bouillon Pigalle – qui a offert l’un des plus imbattables menus à emporter alors que nous étions enfermés – ou devant les nouvelles boulangeries aménagés façon Arte Povera, je nomme Mamiche, par exemple : des pains géniaux dans une ambiance Allemagne de l’est. 

Au journal, une collègue me recommande Gros Bao, le nouveau hotspot du Canal Saint Martin. Naïf et intéressé, j’y file. Impossible d’y rentrer, à cause de quoi ? La queue. Enorme. On se croirait en 1942, j’ai eu la chance d’avoir une grand-mère qui me racontait la guerre et les heures à faire le plancton pour repartir sans rien. Avoir faim, c’est une expérience qui donne du sens au mot : manger. Les queues d’un autre genre – celle des restos du cœur, de la soupe populaire – savent aussi, et malheureusement, le prouver. 

Vous me direz : normes sanitaires, distanciation sociale, tout ça tout ça. J’entends. Mais déjà, dans le monde d’avant, j’avais repéré ces files patientes et dociles devant des échoppes à poiscaille maquillées en banc de poisson japonais, ou ces pseudos trattorias sur plusieurs étages où la mozzarella di buffala semblait peut -être, horreur, menacer de manquer. 

Le champion toutes catégories confondues, c’est Hollybelly, que j’ai le loisir d’observer d’un balcon situé en aplomb.  Spécialiste reconnu du petit déjeuner, les touristes y venaient en taxi, über, ce que vous voulez, se mêlant à une longue file de parisiens le nez planté dans leur smartphones. On attend. Immensément. Moi je finis par renoncer.

Et puis là, en face, ouvre « Immersion ». Symptôme du succès : la queue. Longue, immense. Immersion a bien sur des serveurs, de gens en cuisne, mais aussi, et c’est le nouveau truc, une direction artistique. C’est le cafetier du coin qui me l’a expliqué :  Laura, influenceuse, est là pour , je cite, « Ce coffee-shop pour bruncher tous les jours de la semaine ». Et le cafetier de rajouter : « la queue, ces clients- là s’en fichent, puisque’ils sont connectés ».

Je me suis pris à la fois d’un agacement extrême et d’une espèce de tendresse pour ces Milenials et Gen Z, (mais pas que) prêts à défier les éléments – canicule, pluie, poussière…. – pour un ratio temps d’attente / temps à table absolument délirant. Croisés derrière leurs masques au supermarché, je les ai vus bien plus énervés. Est-ce la magie du décor, poussé dans ses retranchements les plus kitsch,  la quête du post à succès sur les réseaux sociaux, le cluster de la branchitude numérique qui les pousse ainsi à s’agglomérer ?  

Peut-être qu’au fond, ils ne veulent en fait qu’appartenir à une « communauté ». Imaginaire, ridicule, authentique, là n’est pas la question. 

Dans ma quarantaine somme toute heureuse -  c’est parait-il dans les vieux pots qu’on fait les bonnes soupes -  j’ai comme cette envie de leur dire : quittez-là ville, allez ailleurs, posez vos téléphones et faite vous plaisir, chez Pierre Lefebvre à Caen, par exemple, et bien sûr chez Alexandre Gautier.

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