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Rungis au Grand Palais

RUNGIS AU GRAND PALAIS, débauche et débâcle

3 min
À retrouver dans l'émission

Le weekend dernier, je suis allée au marché de Rungis. Enfin, à Rungis au Grand Palais, c’est à dire pas du tout à Rungis, mais près des Champs Elysées, en plein Paris. Cela s’appelait "le Festival du Bien-Manger", pour célébrer les 50 ans de ce marché alimentaire, le plus grand du monde.

Rungis au Grand Palais
Rungis au Grand Palais Crédits : Bruno Levesque - Maxppp

Le weekend dernier, je suis allée au marché de Rungis. Enfin, à Rungis au Grand Palais, c’est à dire pas du tout à Rungis, mais près des Champs Elysées, en plein Paris. Cela s’appelait "le Festival du Bien-Manger", pour célébrer les 50 ans de ce marché alimentaire, le plus grand du monde. Car Rungis, c’est 12000 salariés, 3 millions de tonnes de produits qui transitent chaque année, et un chiffre d’affaires de près de 10 milliards d’euros. Bref, du lourd. Il y a cinquante ans pile, donc, l’historique « Ventre de Paris » était déménagé des Halles à la banlieue. Et depuis, c’est vers cette commune du Val de Marne, non loin d’Orly, que la majorité des professionnels de la restauration vont faire leurs emplettes – en plein milieu de la nuit. Là-bas, il y a le pire de l’agro-alimentaire comme le meilleur de la gastronomie, et c’est une aventure à vivre au moins une fois dans sa vie. Se lever vers 1h du matin, pour arriver à l’heure à la Marée, le quartier des produits de la mer, enchaîner par une virée dans le gigantesque département tripier (je vous épargne les détails) et celui non moins monstrueux des volailles, faire une pause cassoulet à 4h du matin, pour finir avant l’aube en buvant un café-calva avec les maraîchers… A Rungis, le droit d’entrée est 3,60€ pour les pros, 15€ pour les visiteurs lambda. Soit exactement le ticket d’entrée de l’évènement du weekend dernier. Mais autant vous dire que l’expérience était tout autre. Sous la nef du Grand Palais, l’ambiance était a mi-chemin entre le carnaval kitsch et le clinquant bas de gamme des fêtes commerciales de fin d’année. 

Pourtant le dossier de presse promettait de « rencontrer les hommes et les femmes qui œuvrent au quotidien pour garantir le bonheur dans nos assiettes », des « producteurs qui proposent les meilleurs produits frais », « des rencontres authentiques, une expérience gustative et humaine ». Et bien je n’ai rien vu de tout cela. Rencontré aucun producteur, et rien goûté de bien formidable non plus. Par contre, j’ai croisé une foule se pressant entre des montagnes de produits ultra-calibrés, brillants et pas bio pour un sou, une tour Eiffel en crevettes, des bananes et des ananas venus des antipodes, et beaucoup, beaucoup d’étiquettes, de marques et de bannières commerciales. Pas grand chose à voir avec, selon moi, le « Bien Manger ». 

Alors c’est vrai qu’il y a quelque chose de fascinant (et d’assez beau, ma foi) dans ces amoncellements de comestibles, ces empilements colorés, ces mets aux tailles démesurées, quelque chose qui rappelle les extravagances des tables royales, notamment. Mais aujourd’hui, à l’heure où l’on devrait tous tendre à une « frugalité joyeuse », selon le mot de Pierre Rabhi, à une certaine idée de la parcimonie, d’une cuisine simple et bonne, ce genre de débauche consumériste, où la quantité prime toujours sur la qualité, est de plus en plus mal venue. 

Mon confrère journaliste Hadrien Gonzales était là aussi, ce dimanche. Hadrien a déjà fait une fantastique enquête, sous forme de stories Instagram, sur le lancement il y a quelques mois des Galeries Lafayette Champs Elysées, de leur mortadelle d’une tonne et demi, leur tarte géante de framboises hors saison et leurs pyramides de langoustines. Il avait dénoncé, preuves à l’appui, le gâchis monumental de nourriture que généraient ces évènements. Cette fois, il a réalisé une interview désopilante du directeur de l’agence qui a orchestré les festivités du Grand Palais, qui parle de « transparence, de vérité sur les produits » et de l’occasion pour les Parisiens de « découvrir Rungis »… Or je doute qu’aucun visiteur n’ai vécu l’expérience Rungis ce weekend. D’ailleurs, à la sortie, on a entendu ceci : « Une seule chose à retenir de cet événement : on n’y reviendra jamais ». Sentiment partagé. On est quand même rassurés d’apprendre, toujours via l’ami Hadrien, que plusieurs tonnes de nourriture ont, cette fois, été récupérées et redistribuées à des associations caritatives. C’est toujours ça de pris. 

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