LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Comment lutter efficacement contre le fascisme ?

Comment lutter efficacement contre le fascisme ?

3 min

Pourrait-on craindre que les images se rattachant à l'esthétique fasciste soient plus puissantes que celles d'une esthétique démocratique, et que le fascisme, comme lassé de sa propre esthétique, s’essaie au cool, au lol, au pop, pour s’infuser autrement dans nos imaginaires ?

Comment lutter efficacement contre le fascisme ?
Comment lutter efficacement contre le fascisme ? Crédits : CSA Images

En lui reconnaissant une certaine efficacité peut-être, une efficacité dans l’ordre du spectaculaire : le fascisme, avant d’être un mode de gouvernement, c’est une esthétique.
Ainsi de la fameuse scène du balcon de Donald Trump. Quand de retour de l'hôpital où il avait frôlé la réanimation, il a lentement enlevé son masque et respiré à nouveau, devant nous,  comme un chanteur d’opéra, un chanteur d’opéra terrifiant et muet.
Ce n’était pas mal joué. En tout cas, la chose, bizarrement, n’était pas sans beauté. 

Pourrait-on craindre que les images se rattachant à l'esthétique fascistes soient plus puissantes que celles qui se rattachent à ce qu’on pourrait appeler l’esthétique démocratique ?
Cela n’a pas toujours été le cas. Leni Riefenstahl, la scénographe d’Hitler, a trouvé en face d’elle Charlie Chaplin. Et je suis certain que même Hitler a vu plus souvent Le dictateur que Le triomphe de la volonté.
Et quand j’étais enfant, et que triomphaient les Stars Wars, on savait que si joliment ordonnés que soient les Stormtrooper, c’était eux qui perdaient à la fin, et que si implacable, si wagnérienne que soit La marche impériale, ce n’était pas là tout l’art de John Williams, ni le dernier mot de Georges Lucas.
Le fascisme, dans Star Wars, n’était jamais, au pire, que le second terme d’une trilogie qui conduisait toujours à son anéantissement. 

Sauf, qu’à l’heure actuelle, le sentiment esthétique c’est que cette dialectique optimiste était un peu une arnaque et que la contre attaque de l’Empire s’éternise un peu.
Quittons justement notre balcon pour aller explorer les hauteurs patriotiques du site d’Alésia...

Le côté obscur de la force 

On sait, au moins depuis César, que la guerre des Gaules relève au moins autant de la guerre culturelle autant de l’histoire militaire.
Et j’ai découvert, justement, cette ahurissante bande-annonce pour le lancement d’un livre nommé Eloge de la force, un livre qui pourrait figurer dans toutes les bibliothèques impériales. Son auteur prend la pose, sans rire, à côté de la statue géante de Vercingétorix. Je dis sans rire car tout ça fait plus penser à une bande annonce de Fort Boyard. Je ne sais pas pour vous, mais à ce stade, j’ai été déçu de ne pas voir surgir Les inconnus dans l’image.

Ça ne me fait pas tant rire que ça, en fait. Du balcon, j’avais plutôt l’impression qu’on était passé à la fenêtre. La fameuse fenêtre d’Overton — soit, à une lettre près, le pseudonyme de Laurent Obertone, notre gaulois fanatisé.
La fenêtre d’Overton qui définit les limites de l’acceptabilité d’une idée, dans le champ démocratique. Est fasciste, classiquement, quiconque essaie d'agrandir la fenêtre de la décence commune.
Est-ce ici le projet ? Je n’en sais rien. Mais il y a cette phrase, énigmatique, à la fin : “Bienvenue dans le champ de force, bienvenue dans le camp des forts”.

Le paradoxe, soudain, pour nous qui avons toujours cru que George Lucas avait trouvé l’antidote absolue à Leni Riefenstahl, c’est que cette phrase, toute l’histoire du XXe siècle nous dit qu’elle est fasciste. Mais qu’elle a, pour s’en défendre, trois trilogie Star Wars d’avance sur nous — qui n’a jamais rêvé, sous la domination impériale, du retour de la force ? 

Alors Star Wars aurait-il perdu ses vertus antifascistes ?
Le retour de la force, c’est en tout cas le titre du premier volet de la troisième trilogie, sous le règne de laquelle nous vivons, et dans laquelle l’empereur Palpatine, qu’on avait laissé pour mort, retrouve un second souffle. Tandis que le fascisme, comme lassé de sa propre esthétique, s’essaie au cool, au lol, au pop pour s’infuser autrement dans nos imaginaires.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......