LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Télévision

D’où vient cette irrépressible envie de regarder C News ?

5 min

Information ? Opinion ? Intox ?

Télévision
Télévision Crédits : Getty

L'opinion : une information comme les autres

On reconnait les vieux hommes politiques, tous bords confondus, qu’ils sont restés, de façon anachronique, en guerre contre l’anonymat sur les réseaux sociaux et contre la dictature de l’actualité fomentées, à coup de faits-divers et de petites phrases, par BFM TV, chaîne d’info en continue parti à l’assaut sinon de la démocratie elle-même, sinon du temps long, du fameux temps long nécessaire à son exercice serein. On en oublierait, à les écouter, que BFM TV fait depuis quelque temps plutôt penser à un temple de la raison : qu’on l’allume, et on verra que l’actualité y est traitée, par le majestueux Bruce Toussaint, à un rythme sénatorial. Cela, on le sait, est du à la montée en puissance de C-News, prétendue concurrente, mais qui est tout, sauf une chaine d’information en continue.

C’est une chaîne d’opinion, un Fox News à la française. Ou pour le dire de façon expéditive, une chaîne qui ne traite pas de l’actualité, mais qui la fait. Et la chose, à un an de la prochaine présidentielle, s’est encore intensifiée : il n’y a plus un jour sans que C News ne lance dans l’espace médiatique un seul ou deux sujets polémiques. Et quand des personnalités tentent, rationnellement, de venir expliquer à son antenne, qu’à ce rythme c’est le pays entier qui va devenir fou, qu’on ne peut, à point, en intensifier les fractures, sans qu’à la fin, il casse, ces personnalités s’y font proprement engueuler. Ainsi récemment d’Audrey Pulvar venue rappeler à Laurence Ferrari que, peut-être, les violences policières avaient atteint dans notre pays un niveau systématique : cela m’a rappelé d’anciennes convocations dans le bureau du procureur. Non, monsieur Bellanger, vous n’avez pas le droit d’être de gauche, cela est impossible, cela sera même, on l’espère, bientôt interdit. Ou bien vous pouvez-être de gauche selon les normes de notre nouveau règlement intérieur, par exemple en manifestant, avec l’extrême droite, pour soutenir la police. Ou bien en rejoignant un stage de citoyenneté façon survivaliste organisé par le printemps républicain. J’étais à Berlin, l’autre jour — j’ai même écrit cette chronique, pour tout vous dire, devant la grotte de Neptune, dans le parc du château de Sans-Souci, en contrebas de l’avenue Voltaire. 

Pas pas si vite, Papacito

Et je n’arrivais pas à comprendre comment on avait pu associer autrefois la France à des valeurs de calme et de douceur de vivre. Tous les jours, je passais devant le Reichstag, maintenant le plus paisible des bâtiments de la terre, et je n’avais qu’à allumer mon twitter une seconde pour avoir l’impression que la France était entrée, sinon en guerre civile, sinon dans l’ultime étape de sa déliquescence fasciste — et je me disais, chaque jour, qu’on n’était plus qu’à un jour ou deux d’un attentat fasciste à la Papacito — et qu’on verrait, sur C News, tel ou tel éditorialiste, savoureux et bien connu, jugé l’acte atroce, mais relativement truculent, quand même. Alors j’ai compris ce que c’était, C News, dans notre démocratie fragilisée : c’était tous les jours l’incendie du Reichstag. Voilà le spectacle auquel nous étions quotidiennement convié. 

Je ressens presque le besoin, vital, de me retourner sans cesse pour savoir à quel distance l’adversaire est de moi. Un intellectuel qu’on ne peut pas soupçonner de fascisme, Walter Benjamin, et que l’exil parisien avait excessivement prévenu du péril fasciste, ne pouvait s’empêcher, à Paris, de lire quotidiennement L’action française, qu’il jugeait le mieux informé des journaux parisiens — sans doute car il était en capacité, en cette toute fin des années 30, d’informer directement le réel. C’est un peu le rapport que j’entretenais à C News depuis l’indolent Berlin. Le pire, c’est que j’y suis allé, sur le plateau de C News. Et qu’il est ridiculement petit — sinon prenable. Sauf je crois que depuis, ils ont déménagé.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......