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La politique des contre-feux nous conduit-elle droit à l’embrasement généralisé ?

La politique des contre-feux nous conduit-elle droit à l’embrasement généralisé ?

3 min

Tout va bien mais le monde est en feu... Une grande partie de l’activisme contemporain tourne autour de cette question : si le feu couve tout autour de nous, et qu’il est peut-être trop tard pour le contenir, la seule chose à faire serait-elle d’allumer des contre-feux ? Lesquels ?

La politique des contre-feux nous conduit-elle droit à l’embrasement généralisé ?
La politique des contre-feux nous conduit-elle droit à l’embrasement généralisé ? Crédits : CSA Images - Getty

C’est peut-être devenu le dessin le plus célèbre du monde. On le doit au dessinateur K.C. Green. Il représente un chien jaune anthropomorphe, avec un chapeau sur la tête. Il est assis devant une table, il y a un mug devant lui. Il a l’air paisible. Mais tout autour de lui la pièce est en feu.
La seconde vignette, identique à la première, ajoute son commentaire à la situation : « this is fine ». Tout va bien.

Notre maison brûle

Tout va bien mais le monde est en feu.
Le dessin date de 2013 et l’histoire récente a été incroyablement généreuse avec lui : tout lui a donné raison. En un seul dessin K.C. Green a réussi à nous représenter presque aussi bien que Charles Shultz, le génial dessinateur de Snoopy, en près de 18 000 strips.
Incidemment le dessin arrive aussi à nous rappeler le plus grand traumatisme qu’aura connu le dessin de presse : comment ne pas penser, aussi, devant ces flammes, au célèbre dessin de Charb représentant l’invention de l’humour avec un homme préhistorique s’apprêtant à jeter de l’huile sur le feu. 

Un peu trop placide pour être Charlie, ce chien ?
Une grande partie de l’activisme contemporain tourne justement autour de cette question. Si le feu couve tout autour de nous, et qu’il est peut-être trop tard pour le contenir, la seule chose qui reste à faire serait d’allumer des contre-feux.
Ainsi des fusées d’Elon Musk, qui semble faire le pari d’un embrasement général de l’atmosphère, propice à la fuite sur mars.
Ou bien, autre manière de jeter un bien commun dans le feu, de ces incessantes querelles sur l’universalisme, dont on voudrait qu’il soit en même temps l’air le plus pur que l’on respire et une nuée ardente destinée à bruler tous les résidus résineux du communautarisme ou des politiques de l’identité. 

Les tenants les plus raisonnables de la douceur de vivre en république, des délices sécularisés de la conversation laïque se sont ainsi soudain enflammés, et des pétitions contre la cancel culture à la création d’un « observatoire du décolonialisme et des idéologues identitaires », on a l’impression, étrange, que ce sont les rationalistes, ou autoproclamés tels, qui viennent de découvrir qu’eux aussi, ils savaient allumer des bûchers. 

Et nous regardons ailleurs, alors que l’Amérique vit désormais sous la menace d’une insurrection fasciste, un journal prétendument modéré s’inquiète des ravages orwelliens de l’écriture inclusive : quelque chose, dans la science du contre-feu, m’échappe ici un peu. À moins que l’idée soit que tout soit toujours de la faute de la gauche — la gauche insupportablement prométhéenne remise au pas par la foudre de la droite jupiterienne : encore une histoire de contre-feux …

Pris entre un couvre-feu, à l’extérieur, et ces contre-feux incessants, on en vient bien à incarner ce chien, dont la placidité cacherait mal une certaine panique.
Même si Néron n’est plus sur son balcon, on n’a qu’à ouvrir son Twitter pour regarder Rome brûler.
C’est presque devenu notre loisir principal.
Passent dans la foule quantité de pompiers avec des amphores d’eau sur l’épaule.
Non, d’huile, puisque l’Aventin du débat serein, le Capitole du consensus républicain seraient déjà perdus : autant que le feu accélère, là-bas, pour sauver les collines qui restent.

Embrasement généralisé ?Longtemps, la radicalité politique était la spécialité des extrêmes. Mais c’est devenu, aujourd’hui, plutôt la spécialité du centre, qui tire, par LBD ou par tribunes interposées, sur tout ce qui s’oppose à sa bienveillante domination.
Et c’est comme si le coeur de notre appareil politique, de la ronronnante république, était soudain pris par des accès de rage. Le centre, maintenant qu’il a pris le pouvoir serait devenu incandescent, et c’est presque aux activistes des mouvement Me too ou de Black Lives Matter qu’on attend le plus un retour à la raison politique.

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