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Et si se passer aujourd'hui d'un smartphone, c'était passer complètement à côté de la réalité du monde ?

Est-ce que tout se passe aujourd’hui sur l’écran d’un smartphone ?

4 min

Et si se passer aujourd'hui d'un smartphone, c'était passer complètement à côté de la réalité du monde ? Comment Internet peut-il mettre en relation une vidéo d'influenceurs à la Fashion week et la guerre du Haut-Karabagh ?

Et si se passer aujourd'hui d'un smartphone, c'était passer complètement à côté de la réalité du monde ?
Et si se passer aujourd'hui d'un smartphone, c'était passer complètement à côté de la réalité du monde ? Crédits : Francesco Carta fotografo - Getty

Conseil pour plus tard : ne jamais écouter tous ceux qui déplorent qu’on regarde le monde à travers la meurtrière de nos smartphones, ne jamais faire confiance à ceux qui se sentent libres car ils se sont débarrassés de leur téléphone. 
Se passer de smartphone aujourd'hui, ce troisième oeil poussé sur notre front, ce don de double-vue accordé à chacun, c’est passer complètement à côté de la réalité du monde. 

Un monde mis à plat par les écrans de nos smartphones

Récemment j'ai vu un couple d’influenceurs qui marchait au ralenti sur la place de la Concorde, pendant la fashion week, et cet improbable clip de propagande de l’armée azérie.

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Péchu.

Ces deux événements, la Fashion week et la guerre du Haut-Karabagh, n’ont rien à voir, et il m’a fallu, pour les réunir, un troisième terme. J’ai suivi, sur Whatsapp, une représentation des Perses d’Eschyle par texto.
On s’éloigne encore un peu plus... D’autant que Les Perses s’éloignaient eux-même en devenant peu à peu, à mesure que le fil de discussion avançait, une sorte de space-opéra. 
Et je me suis dit qu’il était étrange qu’après tout ce temps, on s’imagine encore la guerre comme on se la représentait alors. Quelque chose comme un affrontement en ligne entre puissances opposées. En remplaçant au besoin les trirèmes par des vaisseaux spatiaux. Mais la guerre d'aujourd'hui, spécialement depuis la décomposition de l’URSS et l’apparition de conflits plus ou moins gelées à ses marges, ne ressemble définitivement plus à ça. On ne sait jamais trop qui se bat, ni sur quel théâtre. Et faire la guerre aujourd’hui, c’est assurément entretenir cette confusion. 
Et cela m’a ramené à mes influenceurs de la Concorde, qui marchaient d’un même pas, comme deux soldats du défilé 14 juillet oubliés là, avec leurs grands pulls Dior.

Soldats et influenceurs

Mais étaient-ils vraiment des soldats de la marque ? Probablement, dans la mesure où il devait s’agir, comme on dit, d’un “contenu sponsorisé”. Mais je suis certain que de leur point de vue, comme de celui des miliciens du Donbass, les choses n’étaient pas si tranchées. Ils devaient vraiment aimer Dior, d’un amour pur et patriotique. Aimer le bassin du Donets, indépendamment des velléités hégémonique de Vladimir Poutine. 
Et mes influenceurs auraient ainsi tout aussi pu marcher avec des pulls Chanel : ils ne devaient pas être tenus par un contrat d’exclusivité. Ce n’était pas des mannequins, mais des influenceurs.
A la fois agents et objets d’influence. C’était à la marque, toujours, de les convaincre de la suivre. 
Après les batailles bien rangées de l’ère classique, après le front fractal de la guerre asymétrique, on serait entré dans un troisième âge de la guerre : celui où les soldats ne sont pas certains qu’ils la font, et où ceux qui les commandent ne sont jamais assurés qu’ils seront obéis.
Au mieux, on peut les circonscrire à un certain terrain — un terrain qui serait à la fois le camp de recrutement et le champ de bataille. Un terrain exigu, mais si petit qu’on peut toujours l’emporter avec soi. Et qu’à tout moment on peut décider d’entrer, ou non, dans la bataille. D’y entrer presque distraitement. 

Tout se passe aujourd’hui sur l’écran d’un smartphone, même la guerre ?
C’est la conclusion à laquelle j’en suis arrivé. Et l'Azerbaïdjan avec moi, qui fit soudain surgir, dans son clip de propagande, en plein champ de bataille, la figure incongrue, trop maquillé et belle comme un like, d’une influenceuse...

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