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Napoléon Ier peint par François Gérard en 1805

Napoléon est-il notre prophète ?

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Pour Aurélien Bellanger, l'événement le plus important de l'histoire religieuse moderne n’est pas la loi de 1905, mais le sacre de l’empereur Napoléon en 1804. Pourquoi ?

Napoléon Ier peint par François Gérard en 1805
Napoléon Ier peint par François Gérard en 1805 Crédits : wikicommons

Alors que le débat politique tourne, de façon maniaque, autour de la loi de 1905 sur la laïcité, et qu’un groupuscule de terroristes intellectuels, mêlant universitaires ratés, comiques reconvertis dans la peur et essayistes médiocres, mais dangereusement ministrables,  semblent en passe de prendre le contrôle de la République, il est peut-être temps d’interroger, à nouveau, l’une des grandes mythologies religieuses de la France : l’empereur Napoléon.
Le plus important événement de l'histoire religieuse moderne, ce n’est pas la loi de 1905, c’est le sacre de 1804.

Napoléon, héros de la laïcité ?

La chose serait tentante : voilà un vrai enfant des Lumières, un bon élève de la méritocratie à la française. Si j’appartenais au Printemps républicain, je serais bonapartiste.
Mais Napoléon n’est pas Manuel Valls et sa stature déborderait un peu trop mon idéal-type de l’homme d’état providentiel.
En réalité, les rapports entre l’église et l’état ont atteint en Napoléon leur dimension critique et l’homme est sur ce point largement irrécupérable.
Pourquoi séparer l’église de l’état quand on peut tout simplement kidnapper le pape, pour le convier à son sacre, avant, in extremis, de lui retirer la vieille couronne impériale des mains pour se couronner soi-même ?
À se demander s’il n’est pas là, le véritable 18 brumaire de Bonaparte, et qu’aveuglés par sa carrière militaire et son oeuvre politique, on n’a pas su voir que ses principaux coups d’éclats étaient religieux.
Le plus spectaculaire, bien avant celui du sacre, c’est quand après les pyramides, et empêché de rentrer en France par la flotte anglaise, Bonaparte se rend en Palestine, et envisage de continuer vers l’est, peut-être jusqu’à l’Inde — comme s’il avait un instant hésité entre deux  destins, celui de César, le conquérant de la Gaule, et celui d’Alexandre.
Mais ce que racontent aussi certains de ses biographes, c’est qu’il se serait alors converti à l’Islam — et c’est soudain un troisième conquérant qui surgit, inattendu et ommeyade, venu par le sud de Méditerranée pour prendre l’Europe à revers.
Le 18 brumaire,  à nouveau, peut nous paraître un peu fade.

Le Napoléon que nous connaissons serait-il une reconstruction républicaine ?

Je crois en tout cas qu’il faut suivre Léon Bloy, quand il fait de Napoléon une figure majeure de l’histoire providentielle.
Si l’histoire providentielle existe… Mais elle existe presque pour moi, grâce à Napoléon. Je vais vous raconter comment. Je faisais l’autre jour, en courant, le tour des églises parisiennes. Il y en a qui sont célèbres, comme le Val-de-Grâce, d’autres que personne ne connaît, comme celle des Franciscains du quatorzième, des grandes bourgeoises, comme Saint-Augustin, et des prolétariennes, comme Notre-Dame-du-travail.

Mais la seule devant laquelle j’ai ressenti une expérience véritablement religieuse, c’était celle des Invalides.
Et précisément  à cause de Napoléon.
J’étais au kilomètre 17, dans un certain état de lâcher-prise, et disposé à croire que le paradis existait. Et aussitôt je me suis demandé ce que ça ferait, après ma mort, de rencontrer l’empereur.

Napoléon ira-t-il au paradis ? C’est une question difficile. Mais admettons que oui, et admettons aussi que j’aille au paradis moi-même. Devrai-je témoigner là-bas de la déférence à l’empereur ? Mais un monde, avec de la déférence, n’a plus rien de paradisiaque, il y aurait eu quelque chose de guindé et d’inégalitaire au paradis. La communion des âmes serait empêchée. 

C’est là que j’ai réalisé que je prenais la question à l’envers, et que pour vraiment comprendre le concept de paradis, il était nécessaire d’y admettre l’âme de Napoléon. Et non pas comme un quelconque prophète, mais comme une âme aussi banalement accessible que les  autres : le paradis c’est l’unique lieu au monde où le concept d’empereur, ou de prophète, ne tient plus. 

Et c’est comme si soudain j’avais traversé tous les pseudo-mysticismes de la République, pour contempler directement le concept brûlant et religieux de démocratie.

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