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L'émission "Touche pas à mon poste" est-il un humanisme ?

Peut-on considérer Cyril Hanouna comme un philosophe ?

4 min

La France vit, depuis une petite dizaine d’années, dans une utopie politique appelée Cyril Hanouna. Une utopie théologico-politique... L'émission "Touche pas à mon poste" est-il un humanisme ?

L'émission "Touche pas à mon poste" est-il un humanisme ?
L'émission "Touche pas à mon poste" est-il un humanisme ? Crédits : CSA-Images - Getty

Tout a été dit depuis une dizaine d’années sur Cyril Hanouna, la dernière star de la télévision française, sur sa supposée bêtise et son éventuel génie, sur les abîmes de vide de ses émissions et sur leurs pics d’audience.
Tout a été dit et au fond on n’y comprend pas grand chose. Sinon que la vérité du personnage pourrait être dans cet écartèlement, dans l’exploitation quotidienne de cet oxymore : Cyril Hanouna serait un personnage de Sartre, une machination de l’être et du néant. 

Touche pas à mon poste est-il un humanisme ? Bien plus que cela, en fait. Touche pas à mon poste est du côté de la transcendance.
Il faut déjà partir du fait que l’animateur occupe un temps quotidien d’antenne absolument record : il est a peu près tout le temps là, il vit à la télévision.
En cela sa chaîne, C8, ressemble à la chaîne d’un télé-évangéliste.
Une exception cependant : Hanouna n’est jamais là le vendredi. L’hypothèse évidente du week-end prolongé, soutenue, tous les jeudis, par les blagues de l'animateur, annonçant qu’il a poney, piscine ou ski nautique le lendemain, pourrait être en fait dissimuler une raison beaucoup plus évidente, et spectaculairement moins laïque : Cyril Hanouna ne serait pas là le vendredi soir car il est juif et qu’il ferait Shabbat.
Je crois que j’ai enfin compris le personnage quand un ami, fidèle téléspectateur, m’a fait part de cette hypothèse.
Nous venions justement de commenter l’une de ses dernières saillies, ses derniers propos polémiques, en direct, dans Balance ton post, sur les caricatures et le blasphème : « Est-ce qu’on a vraiment besoin aujourd’hui de dessins comme ceux de Charlie Hebdo qui mettent, mine de rien, de l’huile sur le feu ? »
De l’huile sur le feu, c’était la définition de l’humour qu’avait donnée Charb dans une célèbre couverture de Charlie.
Les champions de la laïcité sont sans cesse déçus par Cyril Hanouna.

La télégénie du monothéisme 

Les esprits religieux s’y retrouvent-ils ? C’est un peu mon hypothèse. Les appartenances religieuses, au sens large, ce n’est pas quelque chose dont on parle si facilement, en France. C’est un tabou républicain.
Sauf qu’il y a un endroit où ces appartenances font bien partie du paysage : c’est dans les émissions d’Hanouna. Il paraîtrait absurde, absolument, d’y faire profession d’athéisme.
La facilité serait d’en conclure au péril communautaire, et de ranger une nouvelle fois Hanouna dans la catégorie des idiots utiles de ce qu’on voudra.
Mais ce qui m’est apparu plutôt, avec une véritable clarté spinozienne, c’est le caractère oecumenique du personnage. Oecumenique, plutôt que populaire.
Et je me suis mis à regarder ces tumultueuses émissions comme l’un des endroits où parvenaient encore à dialoguer les religions du Livre, un espace où les trois monothéismes, invités par le premier d’entre eux — en cela le plus généreux des trois — parvenaient à coexister.
On m’objectera que la République en est un aussi, et autrement plus solide.
Mais je ne cherche pas ici à défendre l’idéal républicain, seulement à expliquer l’incroyable succès d’Hanouna. L’incroyable ferveur que son personnage nourrit — quand son concurrent principal, Yann Barthès, a fait le pari plus convenu, de l’ironie et de la neutralité. Il semble bien que cette fois-ci Voltaire soit condamné à perdre. 

Cyril Hanouna, l’anti-philosophe ? 

C’est un ennemi déclaré de Voltaire, c’est certain. Sauf que Voltaire n’est pas toute notre philosophie … C’est une philosophie qui nous va bien, qui nous arrange en ce qu’elle considère comme réglé le problème théologico-politique.
Et Hanouna, justement, nous dérange avec cette façon saugrenue, et particulièrement divertissante, qu’il aura eu de piétiner cette trop voltairienne évidence. La fille aînée de l’église s’émancipait à peine de sa mère écrasante que voilà que débarquent, du fond du temps ou de l’autre côté de la Méditerranée, quantité de cousines turbulentes et gouailleuses.
Et le monothéisme, au moment où on le pensait sur le point de disparaître, vient d’éclater, sur le plateau d’Hanouna, en trois branches concurrentes, farfelues et vivaces. 

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